Avec 77 départs à son actif, Jan Magnussen est l’un des pilotes les plus capés de l’American Le Mans Series. Pilote éclectique, le Danois s’éclate aussi bien dans une GT que dans une voiture de tourisme après un début de carrière en monoplace, puis en prototype avec Panoz. Débutant dans la catégorie GT2 avec la Corvette C6.R, Jan est revenu sur la carrière de la GT1 avant de commenter les premiers pas de la GT2.
Jan, tout d’abord revenons sur la saison 2008, qui fut une saison de rêve pour toi…
« Je ne peux pas dire le contraire avec huit victoires ! Il est vrai qu’en GT1, nous n’avions pas de concurrence, mais la saison n’a pas été de tout repos pour autant. Je me battais contre des gars qui disposaient du même matériel que moi, par conséquent, je ne pouvais pas compter sur une différence de compétitivité de la voiture. En commettant une toute petite erreur, que ce soit sur la piste ou au niveau de la stratégie, j’étais sûr de perdre la course. Et je peux te dire que mes coéquipiers ne nous facilitaient pas la tâche : les courses ont toujours été très disputées. »
La victoire au Mans dans la catégorie GT1 en juin dernier a-t-elle été un aboutissement ?
« La course a été difficile pour moi car au cours de la nuit, j’ai commencé à être malade. Je ne sais toujours pas ce que j’ai eu, mais je n’ai pu conduire que six relais et mes équipiers ont dû se partager mes quatre derniers relais. Je rends d’ailleurs hommage au boulot qu’ils ont fait. Nous avons mené quasiment toute la course, donc nous étions vraiment très forts. Cette victoire était très importante pour nous car c’était la dernière course au Mans de la Corvette GT1, qui a eu une carrière fantastique. »
Crois-tu en tes chances l’an prochain au Mans ?
« Je pense que même si la voiture est nouvelle, Pratt & Miller a l’expérience, contrairement aux débuts de la GT1. L’an dernier, bien que seuls sur la piste, nous ne nous sommes pas endormis sur nos lauriers et nous avons continué à nous battre, ce qui nous a été utile pour les débuts de la GT2. L’écurie sait exactement ce qu’elle doit faire pour gagner car elle est présente depuis plus de dix ans dans les paddocks. Tout va dépendre de notre vitesse de pointe : si elle est bonne, nous avons toutes nos chances, même si nous avons déjà gagné la course alors que nous n’étions pas les plus rapides. »
Quel est ton sentiment sur la nouvelle GT2 ?
« Etant donné l’expérience de Pratt & Miller, je m’attendais à ce que la voiture soit rapide. Mais il est vrai que la victoire lors de la troisième course était inespérée. Trois podiums en trois courses montrent que la voiture est bien née. Pour le moment, nous ne sommes pas très rapides en qualifications, mais nous nous concentrons surtout sur la course. Néanmoins, nous allons travailler pour comprendre pourquoi nous manquons de vitesse en qualif car la catégorie est si relevée que deux ou trois dixièmes suffisent pour passer de la pole à la sixième place sur la grille. »
Qu’est-ce qui a changé avec l’arrivée en GT2 ?
« Tout d’abord une meilleure ambiance dans le team ! Ces derniers temps, avec la GT1, nous nous battions avec nos co-équipiers et même si tout s’est toujours passé dans une bonne ambiance, cette compétition n’était pas saine. Aujourd’hui, nos co-équipiers sont redevenus nos co-équipiers et non nos adversaires, par conséquent, nous sommes à nouveau une vraie équipe soudée qui se bat pour un objectif unique. De plus, la voiture est radicalement différente de la GT1 puisqu’elle est entièrement nouvelle. J’ai donc dû adapter mon style de pilotage à ma nouvelle monture qui a moins d’appui et ne possède pas de freins en carbone. Mais cette voiture correspond beaucoup plus à mon style et je l’adore ! »
Et au niveau de la compétitivité de la catégorie ?
« La catégorie est très relevée. Les différences de performance entre les voitures sont minimes et grâce à l’absence d’appendice aéro, nous pouvons plus jouer des coudes et monter sur les vibreurs ! La bagarre est vraiment âpre : je me régale ! »
Qu’attends-tu du Petit Le Mans ?
« Ce sera forcément difficile à cause du trafic, particulièrement sur ce circuit. La gestion du trafic est plus compliquée en GT2 car les prototypes arrivent beaucoup plus vite sur toi : tu as à peine le temps de les apercevoir dans les rétroviseurs qu’ils sont déjà derrière toi. Heureusement, chez Corvette, lorsque les concurrents nous rattrapent, on nous l’annonce à la radio. De toute façon, comme nous ne jouons pas le championnat, nous gérons les courses une par une, donc samedi, nous allons tout donner pour essayer de gagner, sans pression ! »
Connais-tu le programme pour 2010 ?
« Rien n’est encore sûr, mais ce sera vraisemblablement la saison en American Le Mans Series et les 24 Heures du Mans, comme chaque année. »
Il y a quelques années, tu pilotais un LMP1 avec la Panoz, cela ne te manque pas ?
« Un peu, mais seulement au niveau de la voiture. Il est vrai que les prototypes sont beaucoup plus excitants pour un pilote, mais en même temps, la compétition est bien plus féroce en GT2, donc les courses sont plus intéressantes. »
Tu participes aussi au championnat danois de voitures de tourisme…
« Oui, avec une BMW, ce qui me fait huit weekends de course en plus avec trois courses par weekend ! Sur une saison, je cumule à peu près 30 weekends de course, donc heureusement que ma famille me suit régulièrement. J’ai eu un second fils il y a un mois et dès qu’il pourra voyager, il m’accompagnera sur les circuits. Mon fils aîné, qui aura bientôt 17 ans, court en Formule Renault et je n’ai même pas pu aller le voir courir cette année ! »
La relève de la famille Magnussen semble donc assurée et pour un bon bout temps !
Propos recueillis par Cécile Bonardel