13h30 : Bientôt La course…
Voilà la Morgan LMP2 aux couleurs de Total China qui arrive lentement sur la grille de départ. Elle avance jusqu’à son emplacement facilement repérable grâce à une charmante jeune fille (peu vêtue) tenant un panneau avec notre dossard 24 dans ses mains sur l’emplacement N°1 : Celui de la pole. À nos côtés, « notre meilleur ennemi » comme dirait Katsumoto à Tom Cruise dans le « Dernier Samouraï ».
On se croirait aux pieds de la Tour Eiffel au mois d’août. Nos invités japonais sont déjà là et bombardent la voiture de photos. Une cérémonie d’ouverture officielle à grand renfort de tambours japonais commence devant nos yeux et donne aux acteurs de cette course un stress supplémentaire. C’est beau et même émouvant. Dans quelques minutes, ce ne sera pas du cinéma mais la vraie vie.
Sur la grille, avantage au détenteur de la pole. Nous rencontrons beaucoup de beau monde. Des pilotes, des teams managers bien sûr mais aussi des organisateurs, des constructeurs et manufacturiers présents. Bandoh San Président du GTA vient nous saluer. J’ai un grand respect pour lui. Il y a un an, il avait assuré à l’ACO de venir avec ses GT300 afin d’aider la série à se lancer ici. Il a tenu parole. Tsuge San du circuit Fuji a réussi à mettre parfaitement sur place ce nouveau « rendez-vous Le Mans » un mois avant la course FIA WEC. Terada San, “Mr le Mans” au Japon, est venu donner une touche « vintage » à ce premier rendez-vous. Le professeur Hayashi de l’Université de Tokaï « Spirit of le Mans » converse déjà longuement (entre ingénieurs) avec Mathieu et Stan le motoriste. L’homme est incorrigible, un véritable et infatigable professeur Tournesol.
Il nous confirme que tous ses élèves de Tokai concurrents aux 24 Heures du Mans 2008 avec la Courage-NGK ont trouvé une place chez Honda, Nissan ou Toyota, certains dans les services compétitions, d’autres sur des projets futuristes (autre point à méditer peut être pour nos universités. Le sport automobile pourrait créer de l’emploi s’il était mieux considéré sur l’hôtel des « biens pensants »).
Pour détendre l’atmosphère et sûrement se “déstresser ” lui-même, Paul Ip fait des blagues sur la grille avec les grid-girls et les équipes. Nous simulons « un bras de fer » sur la ligne de départ et partons ensemble dans un grand éclat de rire … Loin des standards japonais ou européens. Mais la presse est contente. Ce n’est pas encore l’ambiance « bon enfant » du Petit le Mans mais on se rapproche !
Mathieu et Léo conversent par radio sur la procédure de départ. L’équipe rejoint le stand 15. Seul Léo reste aux côtés du pilote. Jeffrey est déjà solidement sanglé dans la Morgan LMP2 N°24, le japonais Koizumi à ses côtés. Devant son public, celui-ci semble impatient d’en découdre. Notre ami descendrait-il des kamikazes? Le temps semble « suspendu » à 5 mn du tour de formation. On dirait le départ de Steve McQueen dans le film « Le Mans » (mais sans la pendule des 24 Heures et le casque de Steve).
Le départ se passe sans encombre…
Koizumi San est plus rapide que Jeffrey et prend la poudre d’escampette ! Derrière les GT300 hybrides restent menaçantes dans les premiers tours pour notre P2 mais sans leurs pneus de qualification, elles rentrent rapidement dans le rang. Après 10 tours, Koizumi s’offre un tête à queue, sans dommage et nous offre la première place sur un plateau. Les 24 secondes de retard se transforment en 12 secondes d’avance et de répit.
Pas assez cependant pour empêcher le Japonais de repasser l’ami Jeffrey (à la peine en 1.40.50). Nous avions tablé pour un tour de retard. Nous serons un peu mieux quand Jeffrey rentrera au « Puit ». (Jacques Villeneuve au micro). Après 45 mn de course, (le règlement Asian Le Mans Series impose ce délai minimum de course aux pilotes Am), les chronos de l’ami Jeffrey commençaient à s’effondrer gentiment. Le physique est important en endurance, chose à ne surtout pas négliger.
David prend le relais (contrairement à la Corée) il est régulier en 1.39 certes mais constant. KCMG choisit, contrairement à nous, de mettre quatre pneus neufs dès le 1er changement de pilote et après seulement 55 mn de course. Résultat nous reprenons 38 secondes à la Morgan bleue et blanche. Nous voilà donc avec 42 secondes de retard après une heure de course. Il en reste 2 à parcourir. Rien n’est écrit d’avance. James Winslow qui a relayé Koizumi reste en permanence dans les 1.38 quelque fois même en dessous. Il Ne commet aucune faute si bien que l’écart reprend son mauvais chemin…41s, 43s, 50s, 58s… Les visages des membres de l’équipe restent de marbre, ils en ont vue d’autres aux quatre coins de la planète.
Nous avons encore 4 pneus neufs en attente et notre meilleur atout « le tigre » Frank Cong Fu Cheng en réserve prêt à bondir. Sans avoir fait « maths Sup ni maths Spé » il semble bien que KCMG soit sur la même tactique avec Bradley « en joker ». L’ami Paul est « un malin ». Sii KCMG devait remettre quatre pneus neufs dans 1 heure, rien ne serait perdu. Un tour avant le retour au stand de David, Léo rappelle au micro aux deux préposés au plein, de bien fermer les visières. David arrive aux stands comme prévu, s’arrête impeccablement et sort de la voiture comme une fusée.
Dès l’arrêt du moteur, face à moi JPé a déjà activé le tuyau d’essence, moi celui du refuiling-retour: « regarde-moi pour que nous soyons synchro ! » m’avait-il dit. « Regarde bien le retour d’essence pour décrocher aussi » !! Dans ma tête, je compte les secondes, comme lors des entraînements… Et soudain le précieux contenu arrive. Décollage sans éclaboussure et recul de 2 pas en tenant le tuyau bien-haut pour aider les autres à passer devant la voiture. Déjà Léo, Mendès et Yann commencent deux par deux (comme le veut le règlement) le formidable balai des changements des pneus. Les pistolets crépitent, les pneus volent, les gestes sont secs et précis. Léo devant la voiture fait déjà signe à Franky de démarrer (installé et ceinturé rapidement par Merlin entre temps) Cédric a retiré le câble de masse, tout le monde a les mains levées et la Morgan LMP2-Judd s’arrache de son stand après moins de 55 secondes.
D’entrée, Frank envoi du « lourd » 1.38, 1.37 ,1.36. Record du tour en dans la foulée : 1.35.800. Le tigre est motivé. Nous voilà en « chasse ». La course est belle parce qu’indécise. Il reste 1h25 de course. KCMG s’arrête enfin, presque à l’heure de course. Bradley repart avec le plein mais sans monter les pneus neufs pour ne pas être sous notre pression. Ont-ils regagné du temps ? Le verdict se fait attendre sur les écrans plats : Verdict « 12 secondes de mieux pas plus ». Suffisant pour nous rejeter à plus d’1mn10.
Frank revient sur Bradley 69s, 65s, 62s, 60s, 58 secondes… Au gré des retardataires dans leurs propres batailles en GT, l’écart remonte et redescend… Il s’arrêtera une dernière fois à 52 secondes d’écart à 30 mn de la fin de la course. Un dernier « splash » de quelques litres pour finir, suivi par la Morgan de KCMG dans la même tactique que nous. Rien ne bougera à dix minutes de la fin, il faut se faire une raison. Dur à avaler ! Mathieu demande sagement à la radio à Franky d’assurer maintenant les points de la 2ème place.” Good job Franky, good Job ” sans le voir nous imaginons « le Tigre » fermer les yeux sur son rêve d’un retour gagnant avec le team OAK. Rien de déshonorant à cela. Nous ne sommes qu’à mi championnat. Il reste Zhuhai et Sepang pour se refaire la cerise (et l’eau de vie qui va avec). Podium pour les deux teams roulant en Morgan. L’esprit sportif demeure intact. Les meilleurs ennemis sur la piste restent amis lorsque les moteurs se taisent.
Les supporters d’OAK Racing ont hâte de passer sur l’écran de la Web TV pour suivre le Championnat du Monde d’Endurance : (Avec les bières, mais sans les pizzas ). Pour cela il faudra attendre 1h30 du matin pour le retour à notre Hôtel de Gotemba après avoir chargé tout le matériel et la voiture dans le container pour la Chine. Toute l’équipe se regroupe autour du minuscule écran dans le hall de l’hôtel. L’équipe de l’Asian Le Mans Series est aussi sur les #24, #35 et #45 aux 24 Heures du Mans et en FIA WEC. Elle regarde et encourage leurs camarades au Texas. Le sommeil aura quand même raison des plus assidus vers 4h du matin…
Le lendemain direction Tokyo et le « GOKUGIKAN » Arena pour le plus grand tournoi de Sumo. Cela commence dès le matin par les jeunes puis les pros et enfin les stars! (des dieux vivants au Japon). Très impressionnant avec des coutumes calibrées au millimètre datant certaines de plus de 1000 ans! Des combats d’une intensité incroyable. En quelques secondes ces beaux bébés ” de presque 200 kg (oui, vous avez bien lu) souple comme des « gazelles du Maroc » se rencontrent à 200 à l’heure dans un choc de titans … Du jamais vu !
Inoubliable Japon…
Le stade se rempli au fil de la journée, si bien que nous quittons l’Arène pour l’aéroport de Narita et notre vol de nuit au moment où celui-ci est plein comme un œuf. Personne ne s’est ennuyé une minute.
Merci et à bientôt aux fidèles lecteurs de EI et rendez-vous à Zhuhai en Chine le 13 octobre prochain (prononcer bien Zhu et Haï séparément sinon vous ne passerez pas la frontière ni le bateau de Hong Kong et ce serait dommage si vous veniez nous encourager) nous avons une revanche à prendre dans trois semaines. Les esprits sont déjà tournés vers l’empire du milieu.