Le Mans

Histoire : Les débuts du Diesel aux 24 Heures du Mans…

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Le Mans, ce sont des histoires légendaires, mais aussi des petites histoires incroyables et des héros oubliés. Endurance-Info a donc décidé de vous faire vivre ces petites et grandes histoires, plus ou moins connues, mais qui ont contibué à faire des 24 Heures du Mans la course la plus importante de l’histoire de l’Endurance.

 

Les fantasques débuts du diesel aux 24 Heures du Mans!

 

Depuis les 24 Heures du Mans 2006….

Juin 2006. Audi réalise un véritable exploit, en effet, le constructeur allemand est le premier à imposer une voiture diesel, la R10 TDI, aux 24 heures du Mans, course considérée comme l’une des plus dur au monde. La R10 TDI avait déjà été, début 2006, la première voiture diesel à s’imposer sur une course de niveau international, les 12 Heures de Sebring. Depuis, les voitures à moteur diesel sont invaincues dans la Sarthe et triomphent sur les plus grandes courses d’endurance, mais aussi dans le championnat du monde WTCC, ou bien au Paris-Dakar.

 

Toutefois, et contrairement à ce que l’on peut penser, la première apparition d’un véhicule diesel aux 24 heures du Mans n’est pas l’œuvre des Audi R10 TDI, pas non plus de la fantasque Lola à moteur Caterpillar de 2004, mais cela remonte bien plus tôt, dès la fin de la seconde guerre mondiale, grâce à des petits artisants français. C’est cette incroyable épopée que l’on va vous faire vivre, mais auparavant, un peu de technique.

 

La Technologie du moteur diesel…

Le diesel a été inventé par l’allemand Rudolf Diesel, entre 1893 et 1897. Comme le moteur essence, le moteur diesel est à combustion interne, mais la grosse différence est dû au fait que l’allumage de la combustion n’est pas commandé par des bougies, mais spontanement, grâce à un fort taux de compression permettant d’obtenir une très forte température. Pour permettre le démarrage à froid, le moteur est très souvent équipé d’un système de préchauffage qui permet d’augmenter la température de la chambre de combustion. Dès l’origine, le moteur diesel peut fonctionner avec différents carburants: fioul lourd (gazole), huiles végétales, et même charbon pulvérisé ! En 1900 à l’exposition universelle, Rudolf Diesel reçoit le Grand Prix de l’exposition pour son moteur fonctionnant à l’huile de cacahuètes ! C’est le français Lucien Eugène Inchauspé qui en 1924 inventa la pompe à injection et fit du moteur diesel, un moteur réellement performant et exploitable commercialement.

 

Le moteur diesel tourne moins vite qu’un moteur essence, consomme moins, par contre, il bénéficie d’un couple plus important, d’un meilleur rendement et la puissance comme le couple sont fournis à un régime moins élevé. Cependant, le diesel a été cantonné aux moteurs industriels et aux véhicules poids lourds jusque dans les années 1980, malgrès les essais notamment de Peugeot et de Mercedes de démocratiser ce type de moteur aux véhicules particulier dès la fin de la seconde guerre mondiale. C’est l’ajout d’un turbocompresseur et une politique fiscale indulgente qui permis au diesel au milieu des années 80 de sortir de l’ombre et de s’octroyer actuellement plus de 70% des ventes des voitures neuves en France ! L’arrivée de l’injection directe et de systèmes d’injection du carburant à très haute pression ont permis au diesel de véritables bonds en performance.

 

Ainsi, à l’origine, un moteur Diesel était de préférence utilisé pour un besoin d’un couple important ou d’un bon rendement : locomotives, bateaux, camions, tracteurs agricoles, groupes électrogènes, engins de travaux publics, etc. Bref, ce type de moteur est, peut-on penser, peu adapté à la course automobile et surtout en 1949. Et pourtant…

 

Le Mans 1949, les frères Delettrez font débuter la technologie Diesel.
Un documentaire est visible ici.

1949, le début d’une voiture diesel au Mans…

Après la seconde guerre mondiale, certains constructeurs comme Mercedes puis Peugeot essayent, avec relativement peu de succès, de développer les ventes de véhicule diesel sur des véhicules léger pour les particuliers, mais cela ne va pas empêcher une petite entreprise française de développer un véhicule diesel pour courrir aux 24 heures du Mans !

 

Cette idée téméraire est l’œuvre de Jean et Jacques Delettrez. Les deux frères ont couru ensemble trois fois au Mans, à chaque fois sur la voiture de leur conception. La famille Delettrez est une famille d’ingénieurs, inventeurs et créateurs ayant déposé nombre de brevets, battu des records et participé à de multiples expositions, salons, concours, courses et rallyes automobiles. La Delettrez était équipée de 6cylindres d’environ 4395 cm3 d’origine GMC donné pour 70cv avec une vitesse de pointe d’environ 170 km/h. En comparaison, la Ferrari 166MM de Chinetti, vainqueur la même année, était équipée d’un tout petit V12 de 1995cm3 donné à environ 150cv pour 800kg et 220Km/h. Le châssis était un Unic d’avant guerre, avec une carrosserie adaptée de Delage V12 et une boite de vitesse Cotal. Un étonnant montage, qui ne dénote pas pour cette première édition d’après-guerre. En effet, on compte énormement de véhicules d’avant guerre et dépassés techniquement. Le circuit partiellement détruit pendant la guerre, a été entièrement refait, on compte 49 engagés, une seule usine, Aston Martin, un petit nouveau, Ferrari avec des voitures engagées par des écuries privées.

 

Après les essais, les frères Delettrez s’élancent de la 45e position (le classement des essais se fait à l’époque de la plus petite à la plus grosse cylindrée). Les performances de la Delettrez n’étaient pas au rendez-vous, alors que la fiabilité semblait quant à elle correcte. Malheureusement, ils dûrent abandonner en course sur une simple panne de gazole après quand même 123 tours et près de 1660km parcourus ! En fait, Jacques Delettrez au volant et en panne de gasoil, parvient à rejoindre le stand à coup de démarreur. Malheureusement, arrivé au stand, la batterie totalement vidée empêcha toute remise en marche du moteur ! Les débuts étaient difficiles, comme on pouvait s’y attendre, mais la base semblait fiable et les frères Delettrez allaient persévérer l’année suivante, accompagné cette fois d’un autre concurrent… la Manufacture d’Armes de Paris !

 

1950, aux armes dieselistes!

Deuxième apparition de la Delettrez
en 1950…

1950, le plateau gagne en compétitivité avec 60 engagés, et de grandes marques telles qu’Aston Martin, Talbot, Ferrari, Cadillac, Jaguar… La Delettrez est toujours engagée : les modifications sur la voiture sont relativement mineures et l’objectif est clairement de finir avec une voiture maintenant fiable.

 

Face aux frères Delettrez, on retrouve une deuxième voiture française Diesel, la M.A.P! La Manufacture d’Arme de Paris est une société qui après la défaite de 1940, propose en plus des moteurs industriels, des tracteurs à moteur diesel deux temps. Plus de 15000 tracteurs ont étés produits entre 1945 et 1955. Quel rapport avec la course automobile ? MAP a développé un moteur très spécifique, le 2H88, un bicylindre horizontal et transversal avec un allumage central, sans culasse. Une version pour automobile a été développée, avec 4 cylindres (8 pistons!) de 4992 cm3 et suralimenté. C’est ce moteur extrêmement original, qui fut monté dans un véhicule crée pour battre des records de vitesse. Ce véhicule piloté par Fernand Lacour va battre plusieurs records de vitesse sur l’anneau de Montlhéry, atteindre pratiquement 200km/h et tourner à plus de 175km/h de moyenne sur 12 heures. L’aventure initiée par Delettrez va pousser MAP à concevoir une voiture pour participer aux 24 Heures du Mans. La voiture biplace sur châssis Delage V12, est aussi révolutionnaire que son moteur, puisque qu’elle sera la première voiture à moteur central aux 24 Heures du Mans. La ligne est également révolutionnaire et en plus de Fernand Lacour, MAP va engager le célèbre vainqueur de 1939 sur Bugatti, Pierre Veyron et arborera le Nr1. La MAP semble donc bien armée pour faire bonne figure aux 24Heures du Mans.

 

 

Aux essais, la réalité est dur pour nos deux artisans : Delettrez se classe 51e et la MAP 60e sur 60 ! Trop révolutionnaire peut être la MAP ? En tout cas, elle manque clairement de mise au point, de rapidité et de fiabilité. En course, les deux écuries visent avant tout l’arrivée. Malheureusement, la MAP dû abandonner au cours de la sixième heure, après 526km parcourus, suite à des fuites au niveau du système de refroidissement, conséquences d’un radiateur crevé. L’expérience restera sans suite : MAP renonça définitivement à la compétition automobile. La Delettrez est fiable quant à elle, et Jean et Jacques pensent pouvoir amener la première voiture diesel à l’arrivée d’une course internationale… mais c’est sans compter sur la malchance qui poursuit les Delettrez ! Dans la dernière heure, pour un des ultimes arrêt au stand, un mécanicien actionna par erreur le démarreur alors que le moteur tournait. Le démarreur explosa, Jean Delettrez coupa le contact pour éviter l’incendie mais sans démarreur la voiture ne put repartir. Loin de tous ces soucis, Louis Rosier imposa sa Talbot sur la plus haute marche du podium…

 

Dernière présence du Diesel avant…

… 2004 et la Lola Caterpillar !

1951, la fin de l’aventure…

MAP absent, les frères Delettrez sont les seuls représentants à moteur diesel. La voiture évolue avec une nouvelle culasse, une cylindré légèrement plus importante et une nouvelle calandre. En 1951, le plateau des 24 Heures continue à gagner en qualité, avec à coté des Talbot, l’engagement officiel des Jaguar, Ferrari et Cuningham. La Delettrez se classa 50e sur 60 aux essais. Malheureusement, la voiture dû abandonner dès la troisième heure, au 24e tour, sur bris de soupapes après avoir parcouru 323Km. A noter que le meilleur temps en course de la Delettrez fut de 6min56s, soit une moyenne de 116,7km/h. Jaguar avec la TypeC débute une longue série de victoires au Mans, avec un nouveau record de distance parcourus de 3611km. Cette apparition fut la dernière des frères Delettrez au Mans. Mais également la dernière participation d’un moteur diesel au Mans avant la Lola Caterpillar en 2004 avec le peu de succès que l’on sait.

 

L’endurance, c’est aussi cela, des petits artisants prêt à tout pour vivre leur rêve et des histoires fabuleuses à raconter. Prochaine opus, les débuts – à reculons – des constructeurs engagés dans la catégorie des Sport 3,5 aux 24 Heures du Mans 1991.

 

Remerciements à Thierry (www.les24heures.fr) pour son aide à la réalisation de cet article. (Photos “Tous droits réservés”)

 

Eric Rolling

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