Suite de notre entretien avec Jack Leconte, le patron de Larbre Compétition…
As-tu déjà des projets pour l’an prochain ?
« Pour le moment, je réfléchis à deux ou trois trucs sympas pour l’automne, quelques petites surprises. Petit Le Mans n’est pas d’actualité car c’est beaucoup trop cher si tu n’as pas de partenaire. Une course de 24 Heures, c’est à peu près un demi-million d’euros et Petit Le Mans, pas loin de 300 000 € avec les déplacements. Peut-être que Scott Atherton m’aiderait à payer le transport parce qu’il serait content de nous revoir, mais il faudrait trouver des partenaires. Mon partenaire chinois pour la course d’Asian Le Mans Series ne sera pas intéressé par la course de Petit Le Mans. Et puis, je dois préparer 2010 car les voitures que je fais courir actuellement s’arrêteront de tourner à la fin de l’année. Est-ce qu’on fait du national avec du GT3 ou de l’international avec du GT2, je ne sais pas encore. »
A ce propos, que penses-tu des FIA GT1 World Championship ?
« Sans arrière-pensée budgétaire et avec des partenaires, je partirais bien à l’attaque du championnat d’Europe en attendant de voir comment le plateau GT1 s’étoffe avec les marques. Nissan a un produit qui semble développé de manière professionnelle, tandis que la Ford est un tuning intéressant. Il y a aussi la Lamborghini, et à côté de cela, tu as les kits d’Aston Martin et de Corvette. De toute façon, je n’ai pas de Corvette et je n’ai plus d’Aston, donc payer un développement pour une année ne vaut pas le coup parce que je suis certain que si jamais Stéphane (Ratel) emmène l’engouement, on dira à Corvette et à Aston Martin à la fin de l’année que l’on a plus besoin d’eux. Si Ferrari, qui s’intéresse de plus en plus au GT, vient et que BMW, qui se retire de la Formule 1, dépense quelques millions pour coller à l’image de ses produits et faire rouler ses belles voitures de sport. Peut-être que Porsche, dont le président vient de changer, va décider de s’impliquer. Porsche baigne dans le GT depuis des années et pourrait envisager d’aller se battre pour le général avec la 998. »
Et le FIA GT2 European Championship ?
« Le GT2 me plairait assez bien, sauf deal en GT1 de dernière minute. Nous avons failli travailler avec Nissan sur le projet GT1, puisque nous n’étions plus que deux prétendants, mais finalement, le contrat n’a pas été signé et je ne suis pas intéressé pour être la deuxième écurie. Je suis en discussion avec deux ou trois constructeurs de GT2 et GT3 pour être prêt à prendre une décision en septembre. En effet, je dois commander la voiture très tôt si je veux être livré rapidement et commencer à préparer le matériel pour la saison prochaine. »
Après toutes ces années en GT, serais-tu tenté par le prototype ?
« Ce serait vraiment pour le faire à haut niveau. Nous avons eu une porte d’accès avec Porsche en LMP2, mais ça ne s’est pas fait. Maintenant, quand tu vois les moyens que déploient Oreca ou d’autres, à quoi ça sert ? En GT, on a l’opportunité de se battre de temps en temps pour la pole et essayer d’aller gagner. Oreca, si les équipes Audi ou Peugeot, voire Aston Martin, sont présentes, n’a quasiment aucune chance. Aston Martin Racing a montré qu’avec l’injection directe au Mans, on pouvait se rapprocher des diesels, en étant troisième à mi-course. En l’absence de cette injection directe ce weekend, je pense qu’Aston Martin va tout de même dominer. Prodrive a une équipe d’un autre statut que les autres. J’en ai eu la preuve en travaillant avec eux pendant deux ans.
« Pour moi, Pescarolo Sport et Larbre Compétition sont sur un même plan car lorsqu’aucun constructeur n’était présent en Le Mans Series, les victoires en LMP1 revenaient à Pescarolo Sport et en GT1 à Larbre Compétition. Nous avons exactement le même type de profil. En revanche, si General Motors ou même Prodrive s’alignent au départ, nous n’avons aucune chance. Pourtant, nous avons été les seuls à battre une écurie comme Vitaphone dans le championnat FIA-GT. Vitaphone est l’équipe dont j’aimerais être le dirigeant : elle a des moyens, elle travaille très bien. Je suis très admiratif de ce que fait Michael Bartels et si j’avais eu les mêmes possibilités avec des industriels français, je pense que j’aurais essayé de faire la même chose. Les solutions que nous avions trouvées pour leur faire face étaient de style “commando”. »
Le désintérêt des partenaires français pour le sport automobile obère-t-il l’avenir des écuries françaises ?
« La Formule 3 a quitté la France il y a maintenant cinq ans et elle tourne toujours en Allemagne, de même que le DTM alors que le championnat de voitures de tourisme en France a disparu. De plus, quand les gens qui ont de l’argent veulent se lancer dans le sport automobile, ils crééent leur propre écurie à partir de rien au lieu de prendre contact avec des équipes comme nous. Aujourd’hui, Larbre et JMB, qui semblent être sur des programmes modestes, travaillent « propre », de façon professionnelle alors que des écuries qui se sont créées de toute pièce n’aboutissent à rien alors qu’elles dépensent des fortunes. »
Tu parles de programme modeste, aujourd’hui est-il encore possible d’avoir un équipage 100% pro dans une GT ?
« Pour tous les championnats du type Le Mans Series ou FIA-GT avec une voiture GT, il faut compter avoir dans la poche 1,5 millions d’euros pour la saison et 2,2 millions pour deux voitures, y compris l’amortissement de la voiture que tu espères utiliser pendant environ trois ans. Quand tu n’as pas ce budget, tu intègres un tiers ou deux tiers de pilotes payants, voire trois tiers, selon ce dont tu as besoin. Tu ne joues pas dans la même cour que la Formule1, et tu peux monter un projet avec des gens que tu paies raisonnablement et à qui tu promets un bonus en cas de bons résultats, ainsi tout le monde joue le jeu et donne son maximum. »
Le lendemain de cet entretien, la Saleen de Larbre Compétition est parvenue à rallier l’arrivée en deuxième position de la catégorie GT1 après avoir connu quelques soucis mécaniques. De quoi conserver ses chances de décrocher une invitation pour les 24 Heures du Mans 2010…
Propos recueillis par Cécile Bonardel