L’été est synonyme de mi-saison dans les différents championnats et il n’est pas question de parler de coupure puisque dès la fin de semaine, l’European Le Mans Series tiendra meeting en Autriche et la semaine suivante la Blancpain Endurance Series sera à Spa pour des 24 Heures indécises comme jamais. Pour nous, ces six premiers mois de l’année nous ont valu pas moins de 20 déplacements et nous n’en sommes qu’à la moitié. Il est temps de dresser un premier bilan mais aussi de regarder vers l’avenir car 2014 devrait être l’année de tous les changements du fait d’une nouvelle réglementation pour les LMP1 mais aussi les débuts du UnitedSports Car Racing aux Etats-Unis. Comment également ne pas revenir sur les tragiques accidents qui ont secoué la planète Endurance ces dernières semaines. Cette réflexion estivale est également faite pour remettre l’église au milieu du village (une expression que seuls les Français comprendront) dans plusieurs domaines. Première partie…
Des championnats qui se portent plutôt bien…
Cela n’aura échappé à personne que la conjoncture économique n’est pas encore au beau fixe mais l’Endurance semble tenir bon puisque les plateaux des différentes séries se stabilisent. On va attendre d’avoir la liste des engagés des 6 Heures de Sao Paulo pour voir si tout le monde répondra bien présent au Brésil en FIA WEC. Strakka Racing a jeté l’éponge et Toyota Racing ne devrait aligner qu’une seule TS030 HYBRID. De source sûre, il faut s’attendre à un nombre d’engagés qui devrait se situer autour de 25. Qui dit 25 ne dit pas plateau en berne car quantité ne rime pas systématiquement avec qualité. Le FIA WEC est dans une année de transition, du moins pour la catégorie LMP1. La nouvelle réglementation devrait faire venir plus de constructeurs ayant pignon sur rue tout comme des privés. Une chose est sûre, le Championnat du Monde d’Endurance est de plus en plus regardé au sein des différentes marques et nous n’avons pas peur de dire qu’après la F1, c’est certainement ce qui intéresse le plus compte tenu du nouveau challenge technologique. Ce n’est pas pour rien que les pilotes venant de la F1 n’hésitent plus à venir en Endurance, la discipline n’étant plus une « maison de retraite » depuis bien longtemps. Les grincheux diront que cela ne sert à rien d’aller rouler à Austin, Bahrain ou Shanghai, sous prétexte que ces circuits n’ont pas d’âme. Et alors où le problème ? On roule en Europe et on ne peut pas dire que le public réponde en masse, excepté aux 24 Heures du Mans. Le torchon brûle avec Spa et la caravane FIA WEC pourrait bien aller poser ses valises ailleurs. Il faudrait également que les détracteurs comprennent qu’il y a une logique économique derrière. Certes, on peut regretter que le championnat n’aille pas à Road Atlanta.
L’European Le Mans Series renaît de ses cendres après une mauvaise saison 2012. On y verra plus clair à l’issue du meeting du Red Bull Ring où le championnat sera en soutien des World Series by Renault. Sur le papier, l’idée est bonne. Il reste maintenant à organiser une course où les équipes devront composer avec des structures itinérantes par manque de place. Le plateau 2013 devrait être stable sur l’intégralité des cinq meetings mais il faudra confirmer en 2014. Rien à signaler du côté de la Blancpain Endurance Series qui fait le plein avec une moyenne de 60 GT3 par meeting. A Spa, on devrait avoir 24 500 000 euros sur la piste, ce qui en ces temps de disette économique relève du miracle. Le seul bémol du championnat reste paradoxalement le nombre d’autos compte tenu des stands disponibles sur les circuits. Avoir trop de voitures est tout de même un comble. Les championnats GT nationaux y retrouvent leur compte avec des équipes qui cumulent un championnat national et européen. Pas mieux pour amortir les autos… C’est également le cas de l’International GT Open qui parvient chaque année à garder ses équipes attitrées mais aussi du SUPER GT. Ce dernier aura d’ailleurs un règlement technique commun avec le DTM et le Grand-Am à l’horizon 2017. Autant dire que rien n’est fait quand on sait comment les choses bougent vite aussi bien dans le bon sens que dans le mauvais.
De l’autre côté de l’Atlantique, il va falloir s’attendre à un gros changement en 2014 avec la mise en place de l’USCR en remplacement de l’American Le Mans Series et du Grand-Am. Il est encore trop tôt pour savoir ce qui va se passer réellement. A l’heure actuelle, on ne sait pas quel va être l’équilibre entre P2 et DP. Qui aura le dessus ? Va-t-on assister à des P2 « dégradées » ou des DP « upgradés » ? On croit savoir que les équipes évoluant en DP ne veulent modifier que le strict minimum sur leurs montures. Ce serait donc au P2 de se mettre au niveau des DP. Mais de quelle façon ? Rappelons que fin 2014 il y aura un ticket d’entrée pour Le Mans sous réserve que l’équipe se mette en conformité avec la réglementation de l’ACO. C’est aussi un peu le flou en GT avec des GTLM et des GTD. Il va falloir harmoniser tout ce beau petit monde sachant que nous sommes à six mois du coup d’envoi. Virtuellement, ce championnat s’annonce grandiose. On croyait donc les P1 remisées mais l’idée d’un championnat réservé aux P1 ressurgit pour 2015. On avait entendu cette rumeur durant les 12 Heures de Sebring. A cette époque, on nous avait parlé d’un championnat plutôt vintage. On parle maintenant de l’arrivée de Penske, Ganassi, Toyota, Audi et Muscle Milk pour ne citer qu’eux, le tout avec des P1 plus modernes que jamais. Un tel championnat ne pourrait voir le jour que dans le giron de l’USCR si bien que l’on ne sait pas trop quel crédit apporter à cette rumeur surtout que l’on ne lance pas un championnat avec cinq autos. Même si l’ACO et l’IMSA sont toujours en étroite relation, on sent tout de même que les Américains veulent leur championnat national. On voit de même mal deux championnats mettant en avant des LMP1 surtout quand on en connaît le coût d’exploitation. Il n’existe qu’un seul championnat de Formule 1.
L’autre nouveauté est le lancement de l’Asian Le Mans Series. On ne sera pas aussi affirmatif que le communiqué de l’ACO qui indique « un plateau conséquent » puisque l’on devrait avoir de dix à quinze autos. Cependant, il faut laisser du temps au temps car lancer un championnat dans une région où le sport automobile ne demande qu’à grandir n’est pas une mince affaire. On suivra de près l’évolution de l’Asian Le Mans Series car l’un des axes de développement est la médiatisation. Lancer un nouveau championnat est culotté et on peut penser que d’autres vont suivre. Il serait étonnant de ne pas voir Stéphane Ratel aller exporter son concept gagnant du GT3 sur d’autres continents.
Le vintage à la mode…
Quel est le point commun entre Morgan, Alpine, Caterham et Lotus ? Ces quatre marques sont présentes en LMP2 sans aucune implication directe. Le gros buzz 2013 a sans conteste été le retour d’Alpine via un châssis ORECA pour une présence en European Le Mans Series sous la bannière Signatech. Si personne n’a trouvé à redire sur l’arrivée de Morgan, certains n’ont pas hésité à fustiger ce retour en grandes pompes de la marque dieppoise avec comme vrai retour un simple sticker sur une ORECA 03. Pourtant la LMP2 construite par Onroak Automotive n’a de Morgan que le nom. Si Alpine n’a pas gagné Le Mans cette année, ce come back est pour le moins réussi. Simple sticker ou pas, on ne peut que se féliciter de voir une « Alpine bleue » en piste. Arriver à faire la Une du Figaro avec une demi-page consacrée à ce retour n’est chose courante dans la discipline. Croyez-vous que Peugeot ait réussi à avoir autant de visibilité lors de la grande époque de la 908 ? Pas si sûr… On a vu Alpine sur tous les plateaux et dans beaucoup de magazines.
Lors de la présentation du programme, Carlos Tavares a bien précisé qu’Alpine n’a actuellement aucun produit à vendre et que les rentrées d’argent sont nulles. Cette réflexion est la même pour Caterham, Morgan et Lotus. Nous traversons actuellement une mode vintage. Peugeot l’a bien compris en remettant au goût du jour ses mythiques couleurs PTS sur la 208 T16 de Sébastien Loeb. D’ailleurs on ne parle pas de 208 RC mais bien de 208 GTi. Si la musique surfe sur la vague des années 80, il en est de même en sport automobile. Au lieu de critiquer un simple « badgage », on ferait mieux de se réjouir d’avoir un Philippe Sinault visionnaire sur ce coup. C’est aussi lui qui a cru en premier à mettre des gamers dans le baquet d’une LMP2 alors que le pari n’était pas gagné d’avance. On peut aussi se féliciter d’avoir un passionné de sport automobile à la tête d’un groupe Renault-Nissan. Alors que diable, arrêtons les critiques. Si on parle d’Alpine dans les médias généralistes, c’est toute l’Endurance qui y gagne.
La deuxième partie sera plus personnelle et certainement plus controversée…
Laurent Mercier