Le sport automobile fait partie de l’ADN de la famille Crubilé. Jacques, le père, a débuté en compétition sur des Renault Dauphine, R8 Gordini, Alpine A110 avant de jeter son dévolu sur la marque Porsche. C’est pourtant en agent BMW qu’il poursuit sa carrière professionnelle tout en nourrissant sa passion pour le sport auto en effectuant l’assistance de pilotes de la trempe de Dany Snobeck qui roulait alors sur une Porsche 911 3.0 RSR. C’est ensuite Sébastien, le fils, qui s’est a repris le flambeau familial avec l’assistance de courses VHC telles que le Tour Auto ou le Grand Prix de l’Âge d’Or. Le Crubilé Sport a ouvert ses portes il y a maintenant dix ans et la petite entreprise s’est diversifiée. Outre l’historique, le Crubilé Sport s’occupe de la Porsche 911 GT3-R qui évolue en VdeV Endurance Series aux mains de Sébastien Crubilé, François Perrodo et un certain Manu Collard. Ce même trio a roulé le mois dernier aux 24 Heures du Mans sur la Porsche 911 GT3-R du ProSpeed Competition. Le team basé à Bures-sur-Yvette a débuté sa campagne 2013 par une victoire de catégorie aux 24 Heures de Dubai avant de jouer le titre VdeV Endurance Series à mi-saison face à des équipes aussi affûtées que IMSA Performance Matmut ou Visiom. Au fil des années, le Crubilé Sport s’est fait un nom pour le plus grand plaisir de Sébastien Crubilé qui rêve maintenant de voir sa structure aux départ des 24 Heures du Mans.
Laurent Mercier : A mi-saison, on peut déjà dire que 2013 est un grand cru pour Crubilé Sport ?
Sébastien Crubilé : « C’est une saison exceptionnelle qui rentre dans l’esprit dans laquelle je voulais faire de la compétition. Tout a pu se faire grâce à François (Perrodo) et à son état d’esprit. Notre équipe est constituée de copains qui sont ravis de se voir. C’est une belle aventure humaine. Nous faisons de la course sérieusement sans se prendre au sérieux. La base du sport automobile est de se faire plaisir. C’est aussi pour cela que nous avons débuté par l’historique. »
Tout a donc débuté par l’ancienne ?
« Oui en poursuivant le travail de mon père. Un de mes clients vendait une Porsche 910. François (Perrodo) est alors arrivé pour l’acheter. Un jeune de ma génération qui arrivait pour acquérir un modèle historique m’a interpellé. Nous avons rapidement sympathisé. Je me suis alors occupé de l’assistance et nous avons appris à nous connaître. Je faisais du karting et la compétition me manquait. Tout en continuant l’historique, j’ai proposé à François de rouler en VdeV avec une Porsche Cup. Nous avons disputé trois courses, ce qui nous a vite piqué. Nous sommes repartis en 2012 avec la même monture toujours en VdeV avant de passer en fin d’année à une 911 GT3-R. Puis Manu (Collard) est arrivé. »
« Avant cela, Jean-Pierre Malcher est arrivé au poste de team manager. Je le connaissais du temps de l’ancienne où il faisait du coaching. Il nous fallait un bon team manager et Jean-Pierre était l’homme de la situation. Nous avons fait notre année mais Jean-Pierre a vite vu que nous avions encore faim. Il nous a conseillé de prendre Manu avec nous pour progresser encore plus vite. Là on ne joue pas dans la même catégorie. Manu était mon idole depuis l’époque du karting. Dès notre première rencontre, le courant est de suite passé. Et voilà, tout est parti de cette façon avec dans la foulée l’European Le Mans Series et les 24 Heures du Mans. Quand on y repense, c’est quand même incroyable… J’ai de suite dis à Manu : « Chez nous, il n’y a pas de pression. En plus, t’es notre idole à tous. » (rires). Dans mon équipe, il n’y a que des amis. J’ai mon témoin de mariage, le parrain de ma fille, un ami que je connais depuis l’école maternelle. En VdeV Endurance Series, c’est une bande de copains qui se tire la bourre sur la piste en restant toujours dans le fair-play. »
Il y a aussi cette belle victoire aux 24 Heures de Dubai en janvier dernier…
« L’élément déclencheur a été la participation de François aux 24 Heures de Spa 2012 sur une Ferrari. C’est aussi ce qui a fait que nous sommes allés à Dubai. De plus, cela nous faisait un bon entraînement pour la saison. On arrive là-bas et on gagne. Mr John of B a amené Soheil (Ayari) et nous avons vraiment passé une belle semaine. L’objectif est d’y amener la « R » en 2014. »
Si à ce moment-là on t’avait dit que six mois plus tard tu serais aux 24 Heures du Mans, tu aurais cru à une mauvaise blague ?
« C’est un peu comme si du jour au lendemain tu gagnes à l’Euro Millions. Il a fallu y aller étape par étape : trouver le team et décrocher le fameux ticket d’entrée. ProSpeed Compétition n’était que suppléant, ce qui fait qu’il a fallu prendre son mal en patience. Pour l’anecdote, quand tu sais que tu vas participer aux 24 Heures du Mans, tu fais attention à tout dans la vie de tous les jours. Il ne s’agirait pas de se blesser dans un accident domestique. Mon père a failli participer à deux reprises aux 24 Heures du Mans dans les années 70. Lorsque je suis parti en piste pour la première fois, il a fallu se rendre à l’évidence de ne pas tourner au Virage du Musée. Cette expérience restera à jamais gravée dans ma mémoire. Je n’ai qu’une seule envie, y retourner ! Tous mes clients sont des passionnés de cette course. Au volant, j’ai bien compris la chance que j’avais. »
Une anecdote sur cette course ?
« Chacun sait que les neutralisations ont été nombreuses. Notre Porsche était aux couleurs de la Bretagne et à chaque tour, je voyais quelques spectateurs me faire des signes. J’ai trouvé cela un peu étrange en me disant que cela devait être des Bretons et j’en ai fait autant au tour suivant avec un geste de la main. A chaque tour, ils étaient de plus en plus nombreux et au final il y avait tout un groupe. C’était comme une communion entre eux et moi. C’est ça aussi l’esprit du Mans ! J’ai mis les pieds pour la première fois sur cette course mythique à l’âge de 2,5 ans. »
A quand le Crubilé Sport au Mans ?
« Ce serait le but ultime de le faire avec ma propre équipe. Nous pourrions disputer l’European Le Mans Series en 2014 avec la 911 GT3-R afin de décrocher le titre GTC et obtenir une sélection pour les 24 Heures du Mans 2015 en GTE-Am. Rien n’est encore finalisé. Cela ne nous empêcherait pas de refaire les 24 Heures du Mans l’année prochaine, pourquoi pas une nouvelle fois avec ProSpeed Competition. Pour ma part, je ne terminerai pas la saison ELMS où seuls Manu et François seront dans le baquet de la 911 GT3-RSR. L’équipe va se concentrer sur les VdeV Endurance Series et les prochaines 24 Heures de Dubai. J’ai aussi beaucoup de travail avec les véhicules historiques, ce qui reste la majeure partie de mon activité. »
Propos recueillis par Laurent Mercier
