Chef de projet du programme Peugeot 908 HDi FAP, Paolo Catone a passé trois ans au sein de la maison Peugeot avant de partir sous d’autres cieux. Cette saison, on le retrouve en Blancpain Endurance Series chez SMP Racing. Le team battant pavillon russe aligne la bagatelle de quatre Ferrari 458 Italia GT3 sans oublier une présence en European Le Mans Series avec deux autos. SMP Racing ne se contente pas du GT puisque l’on retrouve l’équipe en monoplace, et plus précisément en World Series by Renault. Ce n’est plus une surprise que SMP Racing compte à terme développer sa propre LMP2. Il était donc indispensable d’aller questionner Paolo Catone sur le sujet mais aussi de connaître son avis sur l’Endurance en général.
Laurent Mercier : Votre présence chez SMP Racing sur le programme GT est une première étape en attendant les futurs projets LMP de l’équipe ?
Paolo Catone : « Pour le moment je suis là pour le programme GT. L’équipe débute et je mets mon expérience à contribution du team. C’est pour moi un nouveau domaine et je n’interviens pas dans la partie technique. Pour le futur, j’attends le feu vert pour pouvoir démarrer un possible projet LMP. En attendant, je découvre un nouvel univers, l’idée étant de faire monter le team en puissance en vue du futur. L’approche en GT est différente de ce que je connais. On ne peut pas toucher grand-chose sur les autos et le développement n’est pas possible. Il faut s’en tenir à la fiche d’homologation. On travaille juste sur les détails. »
Est-ce réaliste actuellement de se lancer dans le développement d’une nouvelle LMP1 ?
« Franchement je ne le crois pas surtout si c’est pour terminer 8ème de la catégorie. Bien entendu, il m’est possible de développer une LMP1 mais il faut pour cela des moyens conséquents. Chacun ses motivations mais je ne pense pas qu’un privé puisse aller se mesurer aux constructeurs qui ont des moyens démesurés. »
La catégorie LMP2 est plus adaptée ?
« Le meilleur compromis est le LMP2 même si l’investissement est aussi conséquent. Finalement, ce n’est pas si différent de développer une LMP1 ou une LMP2 mais le coût de développement d’une P1 est bien plus onéreux. De plus, les évolutions des LMP2 sont gelées ce qui n’est pas le cas dans la catégorie reine. Il faut toujours plus de moyens chaque année pour avoir une chance de rester au niveau. J’ai beaucoup d’expérience dans le domaine pour avoir travaillé avec des grands constructeurs mais aussi des petits. C’est bien d’être la meilleure équipe privée mais on recherche toujours le devant de la scène. J’ai bien conscience que l’ACO et la FIA font beaucoup d’efforts pour réduire les écarts mais un constructeur n’acceptera pas d’être battu à la régulière par quelqu’un qui dépense plus de moitié moins de son budget. »
Quel est votre regard sur les dernières 24 Heures du Mans ?
« Audi et Toyota ont montré de belles choses même si je suis un peu déçu par Toyota où je m’attendais quelque chose de plus agressif. Ils ont tourné quasiment dans les mêmes chronos qu’en 2012. La course a été assez étrange avec des conditions de piste compliquées et pas mal de neutralisations. Les équipes qui ont misé sur la consommation ont été défavorisées. Ce n’était pas le bon plan. »
Le règlement 2014 vous semble intéressant ?
« Même très intéressant ! Il donne plus de libertés aux constructeurs pour trouver les bonnes solutions. Il faudra avoir le meilleur compromis consommation/performance. Mécaniquement les autos seront différentes mais l’aéro ne changera pas énormément même si les LMP1 seront plus « petites ». Il y aura quelques évolutions en termes de finesse. Tout est devenu plus fluide en termes de forme et de refroidissement. Il ne faut pas s’attendre à des choses révolutionnaires, excepté pour le 56ème stand. L’ACO fait de très belles choses en termes de règlement. Mon souhait personnel est qu’il faut aller encore plus loin. Dans le passé, on avait des moteurs de 3.0l contre des 5.0l avec des poids différents. Les autos étaient compétitives de la même façon. Peut-être que cela reviendra à l’avenir. »
Ce 56ème Garage est une bonne chose ?
« C’est même remarquable ! Selon moi, l’ACO pourrait même aller jusqu’à 60 pour favoriser plus de projets novateurs. Il faut faire progresser l’Endurance et les décisions prises vont dans le bon sens. C’est nettement moins réglementé qu’en Formule 1. Pour ce 56ème Stand, il faut la performance et la sécurité. Pour le reste, tout est permis. »
Le spécialiste que vous êtes choisirait quelle technologie pour la motorisation d’une LMP1 ?
« Je ne suis pas motoriste mais cela ne m’empêche pas de regarder ce que les autres font. Je n’ai pas d’idées préconçues. Le moteur va faire évoluer les choses et la finesse aéro va prendre plus d’importance. Je pense plutôt qu’il faudrait donner plus de libertés au niveau du poids des autos. Le projet DeltaWing est assez parlant. »
Le futur de la catégorie LMP2 doit passer par des autos fermées ?
« L’approche est quelque peu différente avec une LMP2 fermée. C’est un peu plus compliqué à développer et plus cher mais je pense qu’une majorité de LMP2 sera fermée à l’avenir. Actuellement, il y a trop de similitudes avec les LMP1. A la place du législateur, je donnerai des dimensions différentes aux LMP2. Des autos plus petites seraient dans la logique des choses. Les prototypes font rêver beaucoup de gens. L’Endurance est plus intéressante que jamais mais aussi plus proche des gens. »
Un regret que Peugeot se soit retiré ?
« Même si je suis parti bien plus tôt, j’aurais aimé que le programme se poursuive. J’y étais très attaché et ce n’est pas quelque chose que l’on peut reproduire sur les différents projets auxquels on participe. Peugeot n’a pas pu concrétiser comme prévu aux 24 Heures du Mans. En tant que technicien, je n’ai rien à me reprocher. Sur la stratégie, c’est un autre sujet. »
Propos recueillis par Laurent Mercier