Le Mans

Christophe Bouchut au Mans, part 2 : "Je donne le change sur la piste."

thumbnail
0 Flares Twitter 0 Facebook 0 0 Flares ×

Après l’épopée Peugeot 905 dimanche, retour sur les vingt participations de Christophe Bouchut aux 24 Heures du Mans. La première partie est à lire ici. Peugeot s’étant retiré fin 1993, Christophe Bouchut a dû revoir ses plans pour une deuxième participation aux 24 Heures du Mans, qui s’est passée au volant d’une Honda officielle. On l’a vu ensuite plusieurs années chez Kremer avant un passage chez Mercedes puis une longue période avec Larbre Compétition où Jack Leconte et Christophe Bouhcut ont quasiment tout gagné partout où ils sont passés. Place enuite au JMB Racing, Kolles et Level 5 Motorsports. Pour son 20ème Le Mans, le Bourguigon est chez Lotus Praga LMP2 sur l’une des deux T128 et vu l’engouement des médias pour lui hier aux Vérifications Techniques et Administratives, la saga mancelle de Christophe Bouchut n’est pas terminée…

 

Laurent Mercier : Après l’aventure Peugeot, il a fallu rebondir ailleurs et notamment Honda en GT. Un autre challenge ?

Christophe Bouchut : « En 1994 il y a eu un vide au niveau des constructeurs et je me suis orienté en GT avec Honda. Il y avait plus de débouchés même si j’avais bien conscience qu’il était compliqué de rééditer la victoire de 1993. Quand tu viens au Mans tu veux y revenir, que ce soit en proto ou en GT. »

 

Retour sur un prototype en 1995…

« J’ai refusé Joest pour privilégier d’autres options. Kremer est un vrai nom et à l’époque c’était l’équivalent de Joest. Je suis resté plusieurs années avec eux en étant de toutes les missions dont une très belle victoire aux 24 Heures de Daytona. Au Mans, j’ai terminé 6ème en 1995 sur la Kremer K8 en compagnie de Thierry Boutsen et Hans-Joachim Stuck. Tout le satff Porsche était avec nous et les attentes étaient grandes. J’ai connu de très belles années. C’est aussi à cette époque que j’ai remporté quatre titres en Porsche Carrera Cup France en 1994, 1995, 1996 et 2000. J’ai aussi gagné en Supercup à Magny-Cours. Là aussi c’était un grand moment. Cette même année (1995), j’ai rencontré Jack Leconte qui avait été impressionné par mes victoires du Mans et de Daytona. Il s’est dit qu’un pilote qui gagne ces deux courses ne les gagnent pas par hasard. Je suis resté plusieurs années à ses côtés, aussi bien au Mans qu’en FIA-GT. Mais ça c’était après Mercedes. »

 


Un moment particulier ce passage chez Mercedes avec la fin que l’on sait ?

« A ce moment-là, je pouvais rouler partout. Les propositions arrivaient de toute part. J’aurais pu aller chez BMW mais j’ai choisi l’option Mercedes. J’avais un contrat de trois ans mais le programme a tourné court. On devait aller rouler en ALMS et la déception était double pour moi. Dans la foulée est arrivée une proposition de Mercedes pour aller rouler en DTM. Le championnat redémarrait et je me suis réorienté vers l’Endurance. Pourtant ces Mercedes CLK et CLR étaient très performantes et jolies. Malgré tout ce que les gens peuvent dire, elles ont marqué les esprits et pas seulement par les envols du Mans. Elle s’est envolée, point ! Pour moi ces Mercedes restent parmi les meilleures autos. J’ai relativisé car à chaque fois que quelque chose s’est arrêté, j’ai eu d’autres opportunités. »

 

 


Larbre Compétition a joué un rôle important dans la suite de ta carrière ?

« J’ai connu avec eux beaucoup de victoires et de titres. C’est un moment très fort de ma carrière. J’ai partagé un tas de choses avec le team de Jack. Nous avons été de toutes les campagnes et de tous les combats. Il m’est impossible de tout ressortir tant il y a eu de bons moments. Au Mans, la collaboration a débuté en 2000 sur une Porsche avant trois années sur la mythique Chrysler Viper GTS-R. Avec Jack nous prenons toujours du plaisir à nous voir, ce qui est toujours régulièrement le cas. Je compare cette époque à ce que j’ai vécu avec Level 5 Motorsports aux Etats-Unis. J’aurais pu continuer à rouler en France après le titre 2008. Puis s’est présenté l’opportunité d’aller rouler aux Etats-Unis et le choix a été vite fait. C’était important pour moi de ne pas rester enfermé et je dois remercier Level 5 pour tout ce qu’ils ont fait pour moi. Ils m’ont beaucoup apporté. »

 


Tu as rejoint le team dès la période LMPC en ALMS puis le niveau s’est élevé…

« Oui car j’ai aidé Scott Tucker à progresser et c’est devenu un pilote à part entière. Il fait du sport quotidiennement. Il est capable de rouler comme un professionnel. Son palmarès est éloquent car il ne faut pas croire que l’ALMS est un championnat facile, et ce peu importe la catégorie. »

 

Où vois-tu ton avenir ?

« Je ne ferme aucune porte pour le futur. J’ai toujours eu la même ligne de conduite avec mon franc-parler. J’ai mon propre style et je pense que cela a plu aux équipes. L’objectif est de donner le change sur la piste. Aujourd’hui, mon bureau c’est la planète et j’ai des contacts d’horizons divers. Il n’y a qu’en Europe où on te demande ton âge. Il suffit de voir Scott Pruett aux Etats-Unis. Là-bas on a du respect pour l’âge. Personnellement, je n’ai aucun regret par rapport aux 24 Heures du Mans car je ne regarde jamais derrière moi. Je n’ai aucun regret. Mes choix sont souvent difficiles et je prends du temps pour la réflexion. Si c’était à refaire, je ne changerai rien. »

 

La course te satisfait donc pleinement ?

« J’ai fait de ma passion ma profession. La course m’a tout apporté. Je m’efforce toujours d’être professionnel et affûté sur le côté physique. Chaque saison je me dis que je vis quelque chose d’extraordinaire. Chaque fin d’année, les pilotes se demandent ce qu’ils vont devenir l’année suivante et je n’ai quasiment jamais été dans cette situation. Il y a toujours eu des perspectives avant l’heure et je suis déjà tourné vers 2014 qui pourrait être une très bonne année. Je suis confiant pour la suite car cela fait un moment que je travaille le sujet. »

 

La compétition est bien présente au sein de la famille Bouchut, avec un fils qui fait du karting et une fille de l’équitation. C’est une vocation familiale ?

« Ce n’est pas comme moi. Romain ne manque de rien. Le confort n’était pas le même il y a 25 ans. Malheureusement, je n’ai pas pu trop m’occuper de lui ces dernières saisons du fait de mes déplacements aux Etats-Unis. De plus, j’ai été un peu déçu par le monde du karting. Cependant, l’un des plus beaux jours de ma vie a été lorsqu’il a remporté une victoire en karting alors que j’étais à la maintenance du kart. Il a des qualités de pilote. Il est là avec moi cette semaine et il ne va pas en manquer une miette. J’ai toujours parlé à mes enfants comme des adultes dès qu’ils ont été en âge de comprendre. On ne peut plus obtenir les choses comme moi je les ai obtenues. Ma fille Eva de l’équitation à haut niveau. Elle est deuxième meilleure cavalière de Bourgogne. Eva possède le diplôme le plus élevé en France et elle est entraînée par un membre de l’Equipe de France. Il n’y a pas un jour où elle ne monte pas sachant qu’elle n’a que 14 ans. S’occuper des chevaux prend beaucoup de temps car cela demande une grosse organisation. Pour moi, même en dehors des courses, les semaines sont bien remplies. »

 

Propos recueillis par Laurent Mercier

 

Publicité

0 Flares Twitter 0 Facebook 0 0 Flares ×

Publicité

Sur le même sujet