Le Mans

François Sicard : "DAMS veut revenir en Endurance."

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Même si DAMS n’est pas présent directement cette année aux 24 Heures du Mans, l’équipe basée à Ruaudin dans les anciens ateliers de Jean Rondeau est indissociable du double tour d’horloge sarthois du fait de son passé. Avec trois programmes majeurs cette saison, les troupes dirigées par François Sicard n’ont pas le temps de s’embêter. On retrouve DAMS en World Series by Renault, GP2 et Porsche Mobil 1 Supercup, le tout avec des pilotes de la trempe de Michael Christensen, Richie Stanaway, Norman Nato, Stéphane Richelmi, Marcus Ericsson ou encore Kevin Magnussen. De quoi s’assurer le haut de tableau dans les trois séries… L’année 2013 marque donc le retour de DAMS avec des voitures à portes puisque deux Porsche sont alignées dans la très réputée Supercup. On sait que le team de Jean-Paul Driot se verrait bien revenir en Endurance à moyen terme, d’où une visite à François Sicard pour prendre la température en vue de l’avenir.

 

Laurent Mercier : DAMS n’est plus présent en Endurance mais l’équipe poursuit sa route…

François Sicard : « L’équipe a maintenant 25 ans, ce qui est plutôt rare en sport automobile. DAMS a un fort passé en monoplace car historiquement, le team était associé à la Formule 3000. La vocation était de former des jeunes pilotes afin de les faire progresser jusqu’en haut de la pyramide. Plus de 25 pilotes passés dans nos rangs sont arrivés en Formule 1, les derniers en date étant Romain Grosjean et Davide Valsecchi. Tout cela est dû à la personnalité de Jean-Paul Driot qui a su mettre en place une gestion rigoureuse. Son actionnariat ne comprend pas de sponsoring. Tout fonctionne grâce aux résultats. Jean-Paul est toujours aussi passionné et impliqué. L’avantage est qu’il sait déléguer et il suit sur place autant de meetings qu’il le peut. Il est notamment là lors des courses GP2. Il veut gagner ! Beaucoup de pilotes qui ont porté les couleurs DAMS prendront part dans une semaine aux 24 Heures du Mans. On peut citer Nicolas Lapierre, Kazuki Nakajima, Allan McNish ou encore Kamui Kobayashi. On a tout fait pour prendre les meilleurs. En 2012, nous avons décroché les deux titres GP2, ce que DAMS n’avait jamais réussi à faire auparavant. Là nous sommes en tête du championnat WSR avec Kevin Magnussen qui a un gros potentiel. Tel père tel fils ! »


Les liens avec Eric Boullier sont toujours présents ?

« Il y a toujours des liens amicaux mais il ne se passerait rien si nous n’avions pas de résultats. Romain est passé de DAMS à Lotus en Formule 1 parce qu’il a été bon en GP2. Eric suit toujours ce que l’on fait. »

 

Pourquoi avoir pris la décision de venir en Porsche Supercup ?

« Il fallait trouver une catégorie supérieure et se diversifier. Au sein de l’équipe DAMS, il y a la volonté et la motivation de revenir en Endurance dans la catégorie GT. Nous avons rencontré les gens de chez Porsche avec qui le contact est de suite passé. De plus, les meetings tombent en même temps que le GP2 et la F1, ce qui fait qu’il y a une certaine logique. Pour couronner le tout, la Porsche 911 GT3 Cup est toute nouvelle cette année puisqu’elle est basée sur la 991. C’était donc opportun pour nous de le faire avec un nouveau produit. Tout le monde part sur un même pied d’égalité. Le niveau de la discipline est extrêmement relevé et nous faisons rouler deux rookies. A titre d’indication, il y avait près de 20 pilotes dans la même seconde à Barcelone. La majorité des équipes est allemande avec une grosse expérience de la Supercup. Cependant, nous menons le championnat « rookie ». Pour nous, 2013 est synonyme d’apprentissage même si nous voulons gagner le titre rookie et terminer dans le Top 5 du championnat. Ce serait exceptionnel. »

 

Cette présence avec Porsche n’est qu’une première étape ?

« Notre stratégie est de nouer une relation sur le long-terme avec Porsche. Nous avons deux très bons pilotes. Richie Stanaway a un talent incroyable. Bien nous en a pris de le prendre avec nous. Porsche est impressionné par ses performances. Quant à Michael Christensen, il est couvé par la maison mère après avoir roulé l’an passé en Porsche Carrera Cup Deutschland. Il a un fort potentiel en étant intelligent et fin metteur au point. Ces deux noms pourraient bien arriver en Endurance à l’avenir. »

 

L’avenir de DAMS en Endurance passe obligatoirement par le GT ?

« Pour nous, le P2 était possible mais avec le soutien d’un constructeur. On aurait bien aimé faire rouler une LMP2 surtout que je connais bien la catégorie. Cependant, il faut réunir un budget important, d’où une probable présence en GT à l’avenir avec le soutien d’un constructeur. Rouler sur la scène mondiale serait l’idéal avec au programme Spa, Silverstone, Le Mans est des courses plus lointaines. Au fil du temps, l’Endurance se structure bien. On ne va pas se voiler la face, DAMS veut revenir en Endurance. »

 

Pourquoi ne pas avoir pris la direction du GT3 ?

« Ce serait un tout nouvel univers à appréhender. Les GT3 sont dans des championnats qu’on ne maîtrise pas réellement. Pour nous, la Supercup est une douce transition. De plus, nous ne sommes pas des inconditionnels de la Balance de Performance. On préfère avoir un vrai règlement sportif et technique. Chez DAMS, il y a un vrai savoir-faire. Ce qui nous intéresse, c’est l’expression technique. DAMS, c’est 37 personnes dont 9 ingénieurs. On a du potentiel et des choses à développer. L’Endurance est clairement un objectif à moyen terme. Jean-Paul ne veut pas d’un challenge en Endurance où il faut attendre que les autres cassent pour gagner. A vaincre sans péril, on triomphe sans gloire. Jean-Paul aime la compétition et la catégorie GTE se joue à l’arrivée. C’est une notion de sprint incorporée à l’endurance. Je fais partie de ceux qui sont convaincus de l’avenir de la discipline si on n’oublie pas la réduction des coûts. DAMS vit grâce à l’équilibre entre WSR et GP2. Le Championnat du Monde d’Endurance est quelque chose de très beau mais attention à ce que cela ne devienne pas inaccessible. En Endurance, rien ne s’est fait sans les privés ni les gentlemen. Ils ont toujours fait partie d’une composante de l’Endurance. »

 

Il y a tout de même une composante à surveiller avec la catégorisation de pilotes. C’est aussi ton avis ?

« Je suis déçu par cette catégorisation. Avec l’arrivée des Le Mans Series, on a vu arriver des Miguel Amaral, Mike Newton, Jacques Nicolet ou Nick Leventis. Ils ont amené d’autres gentlemen. Heureusement qu’ils restent des Jacques Nicolet et Nick Leventis. Ce sont eux qui font vivre le système. Si ces gens ne trouvent plus leur place dans ce système, ils partiront. Il devient compliqué de valoriser les résultats. Les Olivier Pla, Guillaume Moreau, Danny Watts ne seraient pas là aujourd’hui sans eux. Il faut faire attention à respecter un certain équilibre pour ne pas faire fuir ceux qui investissent. »

 

Pour DAMS, l’idée d’un retour en Endurance se fera plutôt en GTE-Pro ?

« L’idée de l’équipe est toujours d’avoir des pilotes à fort potentiel. On tend vers le Pro mais on n’exclue pas le Am. L’enjeu du Am n’est pas facile car il y a un gros niveau. Cette année, Julien Canal va essayer une nouvelle fois de faire son Tom Kristensen. Ce qui est certain, c’est que beaucoup de gens chez DAMS veulent aller en Endurance pour y retrouver la compétition mais aussi la stratégie d’équipe. Le Mans trotte dans toutes les têtes. Pour nous, l’Endurance serait un programme complémentaire. »

 

Propos recueillis par Laurent Mercier

 

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