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Luc Costermans : Un non-voyant seul en piste à Ledenon !

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Le nom de Luc Costermans n’est certainement pas des plus familiers auprès des amateurs de sport automobile, et pourtant le pilote belge est l’auteur d’un réel exploit, exploit d’une grande valeur tant sur le plan sportif que sur le plan technologique. Le circuit de Ledenon a été le cadre la semaine dernière, mardi 7 juillet exactement, de cet évènement exceptionnel.

 

En effet, Luc Costermans, totalement non-voyant depuis 2004, a évolué seul en piste et surtout seul à bord de la voiture sur le circuit. Cet exploit s’inscrivait dans le cadre du projet Auto’nomie, initié par Luc Costermans et Pierre Lefèvre, le créateur et le patron de la société Induct, spécialisée dans le développement de solutions embarquées dans les domaines de la géolocalisation et des communications sans fil. Luc Costermans a gentiment accepté de répondre à quelques questions.

 

Comment s’est passée votre tentative à Ledenon? Quelle voiture aviez-vous?

C’était une Renault Scénic normale, avec bien sûr les équipements spécifiques pour cette expérience, et tout s’est déroulé normalement.

 

Quels sont ces équipements? Comment cela fonctionne-il?

La Scénic a une parabole GPS sur le toit et elle possède à l’intérieur un robot virtuel -ordinateur, logiciels intégrés, géolocalisation, synthèse vocale. Cependant cette synthèse vocale donne des informations très différentes de celles d’un GPS normal : elle précise quelle doit être l’inclinaison, l’orientation du volant, c’est un peu comme des notes de rallye. Le GPS reconnaît parfaitement le circuit et les capteurs retransmettent l’information chaque dix millième de seconde, c’est difficile d’être plus précis!

 

Le fait que le circuit de Ledenon tourne dans le sens inverse des aiguilles d’une montre n’imposait pas de contraintes particulières?

En fait, j’ai roulé sur le circuit club, qui tourne dans le sens normal. Nous avons choisi ce circuit, qui fait 1,2 km de développement parce que ses sept virages, qui correspondent à ce qu’on peut rencontrer dans une circulation routière normale, nous offrait les meilleures opportunités d’exploitation.

 

A quelle vitesse avez-vous tourné?

Pas vite, 35-40 km/h, car il y avait beaucoup de media -France 3, la RTBF, RMC, beaucoup de représentants de la presse écrite- et on ne voulait pas établir de records, mais montrer que c’était possible et donc le faire proprement. Mais lors d’essais au mois d’avril, j’ai atteint 72 km/h seul dans la voiture. Mardi dernier, j’ai fait une vIngtaine de tours.

 

Quand vous êtes seul à bord, les sensations sont-elles différentes que lorsque vous avez un co-pilote?

Pas vraiment, car le principe des notes vocales est identique. La différence principale c’est que le co-pilote porte plus loin son regard, mais le robot a une puissance de calcul par rapport à l’environnement beaucoup plus importante. Quand on est non-voyant, on ressent la voiture avec son corps, on est constamment à l’écoute de celui-ci, on ressent l’automobile intégralement. Quant aux notes, j’ai entendu dire Sébastien Loeb, après un Rallye de Finlande je crois, que dans le brouillard, alors qu’il n’y voyait quasiment rien, qu’il avait couru “à l’aveugle” en se fiant uniquement aux notes de Daniel Elena. Pour moi, c’est exactement ça.

 

Pourquoi relever tous ces défis?

Avant de perdre la vue, j’ai été un modeste pilote de rallye en Belgique, au niveau régional, avec une 205 Junior. J’étais cadre commercial chez Mars -les barres chocolatées-, au département restauration. Quand j’ai perdu la vue, en 2004, j’ai évidemment eu une période où j’ai dû faire une reconstruction personnelle. J”ai réagi, en me disant que je n’allais quand même pas rester à rien faire jusqu’à la retraite… Je me suis souvenu qu’avant de perdre la vue, j’avais vu le film “Michel Vaillant” car j’étais fan de la BD. Dans une séquence du film, l’amie de Michel Vaillant lui bande les yeux sur le circuit Bugatti, et j’ai pensé que je pouvais peut-être faire pareil…C’est comme ça que tout a commencé. Grâce à des amis, je me suis mis au pilotage d’un avion, en établissant un record du Tour de France, j’ai battu le record du monde des non-voyants en quad avec co-pilote, à 93 km/h. NDLR : en juin dernier, Luc Costermans, guidé à la voix par Mario Porcel, a également établi un record du Tour de Corse en bateau, un semi-rigide de 10m de long propulsé par deux moteurs de 275 chevaux chacun : 238 milles nautiques en 7h 51′ 04″, à la moyenne de 30,32 noeuds et une vitesse de pointe maxi de 46,8 noeuds (1 mille marin ou un noeud équivaut à 1852m)! Vous trouverez des images et une video de cet autre exploit ici.

 

En voiture, les vrais débuts ont eu lieu à Alès. Le but de l’opération était de recueillir des fonds pour maintenir en poste une auxiliaire de vie scolaire, avec l’association Passion et Partage. L’écurie GAMMA GT m’a confié une Midget. J’ai commencé, avec Guillaume Roman comme co-pilote, par tourner en 3’28″ pour descendre après plusieurs tours à 2’29″ avant de tourner l’après-midi en 1’58″, le meilleur chrono des voyants étant de 59″. L’auteur de celui-ci a bien voulu conduire la Midget les yeux bandés et il a tourné en 3′.

 

Vous avez aussi battu le record du monde de vitesse pour un non-voyant (avec co-pilote), avec une Lamborghini Gallardo. Sur quel circuit?

Ce n’était pas sur un circuit, mais sur la base aérienne d’Istres, que l’armée a eu la gentillesse de me laisser utiliser. Istres a été choisi parce que la piste d’atterrissage fait 5 km de long et que compte-tenu de mon handicap, il me fallait une longue distance pour le freinage après avoir atteint la vitesse maxi. Le record était jusqu’ici détenu par un anglais, Mike Newman, qui avait réalisé 265 km/h avec une BMW M5. Il fallait donc ramener ce record en France. Manu Damiani, de la société GT DRIVE, m’a prêté une Lamborghini Gallardo. Ensuite, avec l’aide de mon co-pilote Guillaume Roman, j’ai établi le nouveau record à 308,780 km/h.

 

Vous avez des parrains prestigieux…

Oui, et je les en remercie. Malheureusement, aucun d’entre eux, Soheil Ayari, Jean-Pierre Nicolas et Ari Vatanen, les parrains de mon association “Les non-voyants et leurs drôles de machine”, n’a pu être présent mardi dernier, chacun pris par des obligations professionnelles, Soheil pour des essais au Val de Vienne, Ari en campagne pour la Présidence de la FIA et Jean-Pierre en Russie pour le Championnat IRC. En revanche, j’ai eu le grand plaisir d’accueillir Yannick Dalmas, que je ne connaissais pas, qui s’était déplacé exprès car il avait entendu parler de ma tentative.

 

Prochain défi à relever?

Je souhaite tourner sur le circuit de Spa-Francorchamps en lever de rideau du Grand Prix de F1, le 30 août prochain. Le Directeur du circuit m’a donné son accord, il reste à obtenir toutes les autorisations nécessaires, notamment de Bernie Ecclestone.

 

Vous allez poursuivre votre collaboration avec Induct?

Oui, Induct s’occupe très activement de fournir une assistance technique pour les conducteurs invalides, et a une très forte activité de recherche et de développement, avec une recherche d’applications pratiques, comme la détection d’obstacles pour des piétons non-voyants, et pour à l’avenir, pourquoi pas, une circulation d’un conducteur non-voyant dans le trafic…

 

C’est peut-être à long terme?

Pas forcément, aux USA, il existe déjà une compétition, le “Urban Challenge” qui oppose des voitures entièrement robotisées, sans personne à bord.

 

Nous remercions vivement Luc Costermans pour sa gentillesse et nous lui témoignons notre profond respect. Vous trouverez les détails sur les innovations et les projets de la société Induct ici. Une vidéo de la performance de Luc Costermans est également disponible .

 

Propos recueillis par Claude Foubert

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