Deuxième des 24 Heures du Mans l’an dernier, Nicolas Minassian comptait bien monter sur la plus haute marche du podium. Mais le Marseillais aura rapidement dû dire adieu à son espoir de victoire, sa Peugeot, la n°7 alors pilotée par Pedro Lamy, perdant de nombreuses minutes après un contact dans les stands avec la 908 de Pescarolo Sport. Avant de reprendre les essais avec le Lion, Minass’ revient sur l’édition 2009 du double tour d’horloge sarthois.
Nicolas, un peu moins d’un mois après Le Mans, quelles sont tes impressions sur ta sixième place avec Pedro Lamy et Christian Klien ?
« Finir sixième lorsqu’on pilote une voiture capable de gagner, c’est décevant. Les trois 908 avaient une chance de s’imposer, mais la notre a connu le plus de problèmes. C’est difficile, car c’est arrivé tôt dans la course, mais nous avons eu d’autres ennuis par la suite. »
Comment as-tu vécu ce moment ?
« En fait, j’ai entendu à la radio que je devais rapidement me préparer pour relayer Pedro qui rentrait au ralentie. Bien évidemment, on m’a dit ce qui s’était passé, mais je n’ai pas vu les images avant le lundi suivant la course. C’est un incident de course que l’on n’imagine même pas rencontrer et ça rend la situation d’autant plus frustrante. Il y avait un manque de visibilité compte tenu de la présence de nombreux médias. Cela montre que l’on doit être vigilant sur tous les points au Mans. Il faudra en tenir compte l’an prochain. »
Quel était l’objectif en revenant en piste ?
« Dans un premier temps donner des infos aux autres Peugeot. Nous étions une sorte de voiture « expérimentale » : nous avons passé en revue de nombreuses choses, que ce soit pour la stratégie, les pneus, les réglages, la consommation etc. »
L’expression « course d’équipe » a pris tout son sens…
« C’est exact et c’est tout à fait normal. Au début, c’était un peu dur quand même : tu penses à cette course pendant un an et tu perds tout après quarante minutes ! Mais après mon premier relais, où j’étais un peu « énervé », je me suis pleinement concentré pour remplir au mieux cette nouvelle mission. Et puis, je dois dire que j’ai tout de même pris un grand plaisir au volant de la 908. Nous avions vraiment une auto extraordinaire… »
Ton équipage n’a pas gagné, mais Peugeot a renoué avec la victoire au Mans. Quel était ton sentiment ?
« Forcément très heureux pour Peugeot ! Quand nous nous sommes mis en groupe, avec les deux autres 908, j’avais la boule au ventre et, même à l’intérieur de la voiture, les larmes aux yeux. Quand les trois 908 se sont mises ensemble, l’émotion est ressortie. C’est à ce moment que j’ai commencé à réaliser. Personnellement, je suis déçu, mais tout le monde a apporté sa pierre à l’édifice. Quelque part, tout le monde est gagnant ! »
As-tu été surpris par les Audi R15 ? Beaucoup d’observateurs les imaginaient devant les Peugeot, ou en cas tout cas très proche. D’autres, comme Franck Montagny, étaient convaincus que la 908 serait encore très performante…
« J’étais du même avis que Franck. Nous savions que la Peugeot serait encore dans le coup. Cette auto est fantastique au Mans ! malgré l’aileron, les brides, le poids, la 908 est encore compétitive et c’est une bonne chose pour l’avenir. Concernant la R15, c’est vrai qu’on s’attendait à une bagarre un peu plus serrée. Peut être que les problèmes de surchauffe ne leur ont pas permis d’être plus proches. Ça prouve en tout cas que Peugeot a fait un travail incroyable depuis plusieurs saisons pour que la 908 atteigne un tel niveau. Cette voiture, c’est un truc de fou ! »
Tu as montré les qualités de cette auto en étant le plus rapide en course. D’ailleurs, tu as fait les cinq meilleurs tours pendant les 24 Heures !
« C’est vrai que j’étais sur un bon rythme (rire) ! Disons que nous étions dans des dispositions différentes. En 2008, la semaine de la course avait été un peu particulière : Marc (Gené) avait eu son gros accident lors de la Journée Test et, forcément, un crash comme celui-ci laisse des traces. On n’y pense. L’équipe était également arrivée fatiguée. Là, nous étions dans de meilleures conditions de manière générale. Et concernant notre auto, nous n’avions plus rien à perdre en course. Un peu comme la n°8 l’an dernier, nous pouvions attaquer plus fort. Mais ces chronos prouvent que je ne suis pas un manche… »
L’an dernier, beaucoup de médias ont parlé de ta fin de course au Mans, où de ton accrochage à Silverstone. Bizarrement, ils sont moins nombreux à dire que tu as fais le tour le plus rapide cette année. Comment un pilote vit cela ?
« J’ai l’impression que ça a toujours été un peu comme cela au cours de ma carrière. Je ne sais pas pourquoi. Pourtant, j’ai fait des poles et décroché des victoires… y compris avec Peugeot. Mais je crois que cela me passe au-dessus. Je veux dire : je préfère être sur la première marche du podium qu’être dans le journal. Si je reste avec Peugeot, c’est que mes performances sont reconnues et c’est le plus important. C’est le résultat qui compte. »
Désormais, quel est ton programme ?
« Nous allons faire quelques essais durant l’été, principalement pour préparer Petit Le Mans. Les contraintes seront différentes, donc nous allons travailler sur le set-up : il faudra une auto avec plus de charge. »
Impatient d’être à Petit Le Mans ?
« Oui, je me languis d’y être. J’ai gagné à Spa, mais à Sebring et au Mans, j’étais sur la voiture qui a connu quelques pépins. J’espère faire une super course là-bas : j’adore courir aux USA, ce n’est pas un secret. Il va y avoir une bonne bagarre, avec Audi je l’espère, et des Acura qui auront bien progressé depuis Sebring. »
Propos recueillis par Anthony Megevand


