Celles et ceux qui prennent régulièrement l’avion pour des longs courriers savent qu’il est possible de choisir son journal favori avant d’embarquer, et c’est exactement ce que nous avons fait en partant pour Miami. Le choix est vaste puisque le sport y côtoie l’économie. Notre œil est attiré sur Le Figaro qui titre en Une « Alpine revient aux 24 Heures du Mans ». il suffit de se rendre page 13 pour comprendre que Le Mans a autant de lignes que la Ligue 1 de football. Certes, ce n’est pas tous les jours mais profitons-en. Le journal avait même dépêché un journaliste dans la Sarthe pour la conférence de presse donnée vendredi dernier.
Depuis cette annonce, on a lu ici et là que ce retour n’était qu’un simple marketing, ce qui au jour d’aujourd’hui est vrai. Mais qui sait ce que l’avenir réserve… Les fans d’endurance ont été échaudés en 2012 avec le retrait de Peugeot. C’est ensuite Henri Pescarolo qui n’a pas été épargné par les problèmes. Tout le monde s’est pris à rêver d’un retour de Nissan dans la catégorie reine, alors que finalement ce n’est qu’en tant que 56ème Garage pour 2014. Alpine revient avec une ORECA 03 badgée Alpine et les critiques fusent. En même temps, ce raisonnement est franco-français. C’est bien connu qu’en France il est interdit de réussir et que gagner de l’argent est mal vu. Suite à son retrait, Peugeot est habillé pour un bon moment en Endurance et les fans ont toujours en travers de la gorge cette fuite en avant. Si l’arrêt du programme Endurance est louable compte tenu du marasme économique, la façon de faire ne restera pas dans les annales des écoles de marketing. La France est un pays de plus en plus autophobe et le retour d’Alpine ne peut qu’être positif. Outre le fait d’être dirigeant, Carlos Tavarès n’en est pas moins fan de sport automobile, ce qui par les temps qui courent est plutôt rare et important à souligner. Alors oui l’Alpine LMP2 qui roulera en juin sous sa belle robe bleue ne sera qu’une ORECA 03 rebadgée (avec peut-être quelques changements). Et il est où le problème ? Si nous fans d’Endurance nous faisons la différence entre une HPD, une Morgan ou une ORECA, croyez-vous que ce soit le cas pour les 200 000 personnes présentes au Mans. Rien n’est moins sûr. Philippe Sinault a très justement fait un clin d’œil à l’histoire en rappelant le discours de Général de Gaulle qui indiquait à Jean Rédéle à quoi servait la marque Alpine : « A hisser haut les couleurs de la France mon Général ». Voir une Alpine bleue au Mans va à coup sûr raviver des souvenirs aux plus anciens, même si les deux pilotes de la #36 Nelson Panciatici et Pierre Ragues n’étaient pas nés lors de la victoire en 1978.
Croyez-nous, les équipes font le maximum pour trouver des solutions afin de tout faire pour être sur une grille de départ, ce qui est loin d’être évident, et ce peu importe le championnat ou le promoteur. Les temps sont durs et la conjoncture ne permet pas de faire n’importe quoi. Nous sommes suffisamment au contact des teams pour le comprendre. Philippe Sinault a très certainement œuvré pour le retour de Nissan en LMP2 et il est aussi pour beaucoup dans le fait d’avoir une Alpine dès 2013. On cite Philippe Sinault, mais on pourrait en faire de même avec Hugues de Chaunac, Philippe Dumas, Jack Leconte, Jacques Nicolet, Xavier Combet, Frédéric Vasseur, Jérôme Policand, Philippe Alméras, Philippe Gache, Dominique Heintz et consorts. Alors plutôt que de critiquer un simple coup marketing de voir Morgan ou Alpine, on ferait mieux de se réjouir. Il est bien loin le temps des dépenses à tout va. Chaque euro compte et chaque euro est dépensé utilement.
Lorsque Claire Chazal parle de sport automobile, c’est pour parler de F1 ou de WRC. Pour le reste, c’est uniquement pour relater un accident, le plus souvent mortel, dans une quelconque discipline. Alors réjouissons-nous que Le Figaro titre sur le retour d’Alpine au Mans. Et si le patron de Titan fustige les Français qui sont inactifs et qui ne travaillent pas, qu’il aille au diable.
C’était le coup de gueule du dimanche matin en direct de Roissy. Rendez-vous de l’autre côté de l’Atlantique pour les 12 Heures de Sebring !
Laurent Mercier