Que souhaiter à la planète Endurance pour 2013 ? Qu’elle continue son développement comme elle peut le faire depuis plusieurs années. A l’heure où les séries typées monoplace battent de l’aile, le monde du GT et du proto se porte plutôt bien. Certes nous n’en sommes pas encore à concurrencer la sacro-sainte et indétrônable Formule 1, mais qu’importe. L’année 2012 a été marquée par le retrait très remarqué de Peugeot où les dirigeants ont certainement plus pensé avec la calculette qu’avec la tête. Ce fait n’est plus qu’un lointain souvenir et le vieil adage comme quoi les absents ont toujours tort est de mise.
Faites votre choix…
On l’a souvent répété dans ces colonnes, trop de championnats tuent les championnats. Et du choix il y en a ! Si une équipe européenne décide d’acquérir une GT3, elle peut l’engager dans une bonne dizaine de séries, aussi bien en Sprint qu’en Endurance. De quoi rentabiliser l’achat à une époque où chaque euro compte. Faire rouler une GTE (GT2) est déjà plus restreint, tout comme le prototype. Bon nombre d’équipes se posent d’ailleurs la question de savoir où aller rouler sachant que chaque championnat a ses avantages et ses inconvénients. En 2013, on aura donc trois séries continentales badgées Le Mans avec au sommet de la pyramide le FIA WEC. Dans un an, il en restera deux avec l’unification Grand-Am/ALMS même s’il devrait toujours y avoir une collaboration avec l’ACO. Nous sommes début janvier et bien incapables de donner une idée assez précise du moindre plateau. Plus les années passent et plus les programmes se finalisent tard. Un team manager nous confiait la semaine passée que les pilotes testent un maximum d’autos avant de prendre une décision et qu’il est difficile de faire signer quelqu’un avant février. On peut avoir une ébauche de plateau, mais combien ont finalisé les contrats à part Audi. On connaît les montures, les programmes et les équipages du Hexis Racing, Philippe Dumas étant généralement prompt à mettre en place la saison à venir. Mais pour le reste… Il n’y a pas péril en la demeure car certains championnats ne débutent pas avant avril. On ne sait même toujours pas ce qu’il va en advenir du fameux Sprint Series dont on attend toujours la confirmation.
Les dates, ça clash…
La majorité des équipes roulant à l’échelon mondial se « contentera » d’un programme unique alors que les autres vont devoir les multiplier afin d’amortir les frais. La donne se complique lorsque les dates de plusieurs championnats majeurs se chevauchent. A l’heure où l’European Le Mans Series ouvre les vannes aux GT3 (GTC), le premier meeting s’annonce déjà compliqué pour plusieurs équipes vu qu’à la même date se tiendra l’ouverture de la Blancpain Endurance Series. Il ne faut pas se voiler la face, on sait bien que chaque promoteur veut avoir le plus beau plateau quitte à dépeupler son voisin. C’est certainement l’un des points noirs majeurs de la discipline.
Internet a démocratisé l’Endurance…
L’Endurance en général vit tout de même une belle époque. On a un Championnat du Monde que tout le monde a attendu depuis bien des années. Les constructeurs n’ont jamais vendu autant de GT3 à plus de 300 000 euros pièce, et il paraît que nous sommes en disette économique. On lance un Asian Le Mans Series, on met en place une Porsche Cup au Bénélux, on roule à guichets fermés aux 24 Heures de Spa, Le Mans Classic attire près de 110 000 personnes et les 24 Heures du Mans font encore et toujours le plein. A contrario, l’American Le Mans Series et le Grand-Am fusionnent pour se préparer un avenir encore meilleur. Sur le plan de la médiatisation, nous sommes bien placés pour savoir qu’Internet a permis de démocratiser l’Endurance. Toutes les séries offrent maintenant un streaming de qualité et chacun peut faire son choix. Voir une course en direct du Japon c’est possible. Voir une course en live des Etats-Unis c’est aussi possible. Pourtant les promoteurs cherchent toujours à se chercher un diffuseur sur le petit écran. Oui sauf que la ménagère de moins de 50 ans préfèrera regarder « Master Chef » ou « Comment marier mon fils en dix leçons ». Pourtant l’Endurance à la carte existe bien.
Des gentlemen indispensables…
Il est bien loin le temps où notre discipline favorite était constituée pour la plupart de pilotes payés pour exercer leur métier. Les temps changent ma bonne dame et beaucoup de ces mêmes pilotes professionnels ne doivent leur salut que grâce au soutien appuyé d’un gentleman fortuné. Les vrais mécènes se font de plus en plus rares en ces temps de disette économique. Si auparavant ces passionnés de sport automobile se contentaient de mettre un sticker sur une voiture de course, ils n’hésitent plus à en prendre le volant, certains d’entre eux étant même à mi-chemin entre gentlemen et professionnel. Dans quelle case classer un Ludovic Badey, un Enzo Potolicchio ou un David Heinemeier-Hansson. Les gentlemen liment de plus en plus le bitume, le plus souvent accompagné d’un professionnel. On est maintenant bien loin du chef d’entreprise qui se contente de s’amuser sur un circuit. On l’a dit et répété, les gentlemen font vivre les plateaux. Le but est maintenant d’avoir la meilleure association Pro/Am sachant qu’il y a à redire sur la catégorisation de pilotes. A titre d’exemple, que faisait un Geoffrey Boss comme Platinium avant de se voir déclassé en Gold cette année. Qui se souvient qu’il a pris part aux 12 Heures de Sebring 1994 sur une Nissan du Leitzinger Racing et qu’il compte une saison en Champ Car en…2003.
L’Endurance n’est qu’un cycle…
Si Endurance-Info a commencé par n’avoir que quelques lecteurs au début de l’aventure (Infos-Course) pour arriver maintenant à plusieurs dizaines de milliers par jour, c’est bien qu’il y a de l’intérêt. Certains prédisaient la fin du monde pour le 21 décembre 2012, d’autres que les années 2000 verraient des compétitions dans l’espace. Finalement, les choses ont évolué mais pas tant que ça sur le plan visuel. Certes, la Nissan DeltaWing a mis un coup, mais c’est surtout sur le plan technologique que les choses ont bougé. La connaissance de la discipline s’est accentuée avec l’arrivée d’Internet, mais imaginez qu’un certain Henri Pescarolo était déjà là il y a 50 ans. Nous on connaît le Henri patron d’écurie combatif mais lui était là où la majorité des pilotes actuels n’était même pas de ce monde. Tout ça pour dire que l’Endurance traverse les générations et qu’elle n’est qu’un éternel recommencement que l’on peut qualifier de cycle. Certains partent, d’autres arrivent ou reviennent. C’est aussi cela qui fait l’Endurance.
On ne va donc pas bouder notre plaisir que de couvrir une discipline qui est toujours en plein essor et qui ne demande qu’à grandir. La situation économique n’est pas au beau fixe et il faut s’attendre à des coupes budgétaires. Les ventes de voitures neuves en France ont baissé de 13,9% en 2012 sachant que les marques de prestige n’ont jamais autant vendu. Porsche a clôturé son année avec une progression à deux chiffres. La passion de la belle voiture est toujours bien présente et on ne peut que s’en féliciter. Certes les spectateurs boudent les circuits excepté sur les grands évènements mythiques comme Le Mans, Spa et le Nürburgring. Il est bien loin le temps où la sortie familiale dominicale se faisait sur les circuits alors que de nos jours les circuits n’ont jamais eu autant de journées de compétition. Les mentalités changent et le quidam veut voir du show avant du sport, ce qu’a bien compris Renault avec ses World Series. Et c’est d’ailleurs avec ces WSR que le plateau European Le Mans Series va faire cause commune à plusieurs reprises cette année.
Les tracés mythiques boudés…
En 1983, le Championnat du Monde des Voitures de Sports comprenait sept épreuves : Monza, Silverstone, Nürburgring, Le Mans, Spa-Francorchamps, Fuji et Kyalami. De plus, le Triple Crown permettait de récompenser les vainqueurs de Daytona, Sebring et Le Mans. Sur les sept tracés empruntés il y a trente ans, quatre sont encore au menu cette année. Deux d’entre eux (Bahrain et Austin) n’étaient même pas construits au temps des Porsche 956 et autres Lancia LC2. Les mauvaises langues diront que les nouveaux circuits n’ont pas d’histoire et que l’on a assez de circuits mythiques sans aller en chercher d’autres. Exit Monza, Nürburgring, Kyalami, Sebring, Road Atlanta ou Barcelone. Il est réducteur de penser cela car rouler à Monza ou Barcelone n’attirent plus aucun public, et les promoteurs se doivent avant tout de rentabiliser. Certes on peut regretter que Sebring ou Road Atlanta ne soient pas au menu. Et Austin n’a-t-il pas fait le plein de spectateurs pour la Formule 1 ?
Bonne Année 2013 à l’Endurance !
Laurent Mercier