Un pneu, c’est noir, c’est rond et ça tourne. Si on vous dit que bout de gomme rond est capable d’encaisser au moins cinq relais aux 24 Heures du Mans à une vitesse moyenne supérieure à 200 km/h, là c’est autre chose, surtout que l’on est à cent lieues d’un 185/55/15 de série. Pouvoir assister à la fabrication d’un pneu Michelin qui sera monté sur une LMP1 usine en Championnat du Monde d’Endurance est assez rare pour être souligné. C’est ce pourtant à quoi nous avons assisté chez Michelin Compétition lors de notre visite à Clermont-Ferrand. Pas question de pousser la porte comme chez Euromaster pour voir cela, mais bien d’entrer dans un complexe sécurisé où il faut montrer patte blanche et où tout appareil photo est prohibé.
Pour centrer les choses, Michelin Compétition est situé face au stade de rugby où plus de 80% des enveloppes de compétition sont fabriquer afin de fournir les constructeurs et les clients. La partie compétition regroupe environ 1/3 des 3000 personnes travaillant à Cataroux. Cataroux, c’est 50 hectares sur 1,5 km d’est en ouest et 800 mètres du nord au sud.
Cinq grands secteurs composent les ateliers Michelin Compétition : activité préparation (extrusion et calandrage, stockage des gommes et des tissus, coupeuse), activité assemblage (machines en fonction des pneus à réaliser, conception, finition) et activité cuisson (presses de cuisson), activité contrôle (retouche, contrôle radiographique) et activité uniformité, vulcanette. L’usine fonctionne en 3×8 sur 245 jours/an où il est possible de faire de 70 à 100 dimensions différentes par semaine, 2000 pneus/jour avec des tailles différentes sachant que pour les voitures de tourisme la capacité peut aller jusqu’à 20 000.
Notre visite n’était pas comme qui dirait un tour des installations réservé aux médias si bien que rien n’était préparé. Par chance, nous avons pu tomber sur la fabrication d’un pneu de LMP1 et là on peut juste vous dire que c’est de la vraie manufacture de précision. Tout est soigneusement et méticuleusement vérifié, contrôlé, surveillé, à nouveau vérifié, contrôlé et surveillé. Nous nous attendions à voir des chaînes de montage et un pneu qui passe entre des dizaines de mains. Au final, deux personnes s’occupent de couver ce bout de bande noire qui va terminer sur un circuit peut-être à l’autre bout du monde. Chaque pneu a son propre code barre avant de recevoir celui de la FIA. La fiche indique un tas de renseignements que le commun des mortels n’est pas capable de déchiffrer.
Tout est tellement propre que l’on se croirait dans un laboratoire, les allées étant bien délimitées pour les piétons. Nous suivons le chemin du pneu depuis sa bande de caoutchouc jusqu’à la cuisson dans un immense four où on sent bien la chaleur et une odeur bien particulière. On s’attend à voir au bout du bâtiment une Audi R18 e-tron quattro ou une Toyota TS030 HYBRID pour aller tester le pneu sur la piste d’essais, mais il n’en sera finalement rien. Dommage !
Les pneus des LMP1 et GTE-Pro étant confidentiels, il n’est pas question que les équipes les ramènent à l’issue des courses. Tout revient directement chez Michelin et si vous vous demandez pourquoi il n’est plus possible au Mans d’approcher les zones de montage dans le paddock, vous avez maintenant la réponse. Pour l’anecdote, lors de la saisie des deux Ferrari F458 du Luxury Racing, il fallait un vigile pour garder les autos, mais aussi les pneus.
Après cette visite, il est clair que l’on ne regardera plus les pneumatiques de course de la même façon. Le pneu noir, rond et qui tourne peut être assimilé à une œuvre d’art, et quand on voit le soin apporté par les hommes de Michelin, on comprend la rareté du produit et la sécurité qui l’entoure.
Laurent Mercier