Il y a un an quasiment jour pour jour, nous étions à l’autre bout du monde (Argentine) pour assister au titre de Champion du Monde GT1 de l’équipe Hexis Racing. Cette année, c’est en Azerbaïdjan que l’équipe dirigée par Philippe Dumas est venu se frotter aux courses urbaines dans le cadre du City Challenge à Baku, avec à la clé une victoire sans la moindre contestation pour Fred Makowiecki et Stef Dusseldorp. Sans un souci en fin de course, Alvaro Parente et Rob Bell pouvaient donner un doublé aux McLaren MP4-12C. Force est de constater que la deuxième partie d’année a été propices aux victoires pour Hexis Racing. En Championnat du Monde GT1, l’équipe est repartie avec la place de Vice-Championne du Monde, Mako/Dusseldorp terminant eux aussi à la deuxième place du championnat Pilotes. Parente/Demoustier ont terminé pour leur part aux portes du Top Ten. Le World GT1 ayant connu une coupe franche dans son calendrier, le team a aligné une auto en Blancpain Endurance Series pour la finale qui s’est tenue en Espagne à Navarra. Et là aussi jackpot avec la pole et la victoire pour Mako/Dusseldorp/Parente. En seulement trois saisons au plus haut niveau des championnats GT, Hexis Racing fait partie des références de la catégorie. De quoi poser pas mal de questions à Philippe Dumas, Team Principal…
Laurent Mercier : Le City Challenge n’était pas prévu dans le programme de l’équipe et Hexis Racing repart avec la victoire. Une belle récompense ?
Philippe Dumas : « Pour être franc, on ne pensait pas que ça allait être aussi intense dès le début. Les équipes étaient là pour faire un show, mais personne n’a rien lâché sur la piste. Tout le monde s’est pris au jeu et nous les premiers. C’était du show, mais aussi une course. J’avais un peu peur sur le plan des pneumatiques car comme les autres équipes, nous découvrions les Hankook. On sait que les McLaren sont sensibles à ce domaine. Tout s’est finalement bien passé. Nous n’avions aucune information et nous sommes partis avec un set-up le mieux approprié. Il faut aussi dire que nos quatre pilotes n’ont pas amusé le terrain. Cela permet de trouver des solutions plus facilement. »
Pourquoi être venu rouler en Azerbaïdjan ?
« Nous étions en contact avec le promoteur dès juillet. Financièrement c’était compliqué de venir ici sachant qu’il y avait aussi le problème du timing. Si on le faisait, il fallait trouver des solutions et le City Challenge nous a apporté une aide. McLaren était ouvert pour ce nouveau défi. Des personnes haut placées chez McLaren croient au concept. Il n’y a pas de Ferrari, de Lamborghini ou de McLaren dans le pays. Cela permet aussi de faire connaître la marque. Personnellement, je crois également à ce concept de courses urbaines. La proximité du public est bien réelle. Dès le vendredi, il y avait beaucoup de monde. Les gens voulaient du spectacle et il y en a eu. Je pense que le City Challenge peut grossir au fil du temps. Le concept de sprint en ville est bon car il permet d’allier sport et show. Cependant, cela demande beaucoup d’efforts financiers. »
Vous avez accueilli Rob (Bell). Comment s’est passé son intégration ? Les équipages vus cette saison ont fait office de dream team…
« Pour le mieux du monde… Rob est quelqu’un de très simple, agréable, gentil et professionnel. Il n’y a rien à dire. C’est la même chose pour Alvaro. Ici à Baku, c’était un peu son amusement. Les deux connaissent parfaitement la McLaren MP4-12C. Stef (Dusseldorp) est plus jeune et il s’est vite mis dans le moule Hexis. Il continue d’apprendre et c’est vraiment quelqu’un de formidable. J’adore le personnage et il n’a que 22 ans. Il mérite réellement une belle carrière. Fred (Mako), on ne le présente plus et sa pointe de vitesse n’est plus à démontrer. C’est lui qui a les meilleures statistiques en trois années de Championnat du Monde GT1. Respect ! Quant à Grégoire (Demoustier), il a bien progressé avec trois programmes à la clé. C’était une chance incroyable que d’avoir ces pilotes cette année à nos côtés. »
La pige en Blancpain Endurance Series s’est passée pour le mieux. Là aussi c’est une belle satisfaction ?
« Nous y sommes allés d’une façon très « soft » avec un équipage très relevé et beaucoup d’humilité. Ce n’était pas simple car nous n’avions aucune expérience des pneus Michelin. Beaucoup de gens ont parlé en mal du Championnat du Monde GT1 avec tous les problèmes rencontrés. Il ne fallait pas confondre quantité et qualité, car la qualité était bien là. Il nous a fallu une séance et demie pour nous caler. A partir de la deuxième séance d’essais, nous avons dominé la concurrence. Le travail a été parfait : l’équipe, les pilotes, les ravitaillements, l’auto. Nous sommes fiers de cette victoire. Le package était au-dessus du lot. Nous avions effectué nos tests hivernaux là-bas, ce qui fait que la piste ne nous était pas inconnue. De plus, le Championnat du Monde GT1 y avait fait escale au printemps, déjà avec une victoire Hexis. »
C’était un retour en Endurance pour l’équipe…
« L’équipe n’avait aucun doute sur son potentiel. C’était un bonheur que d’être là avec un effectif normal et une seule auto. Dix personnes ont couvé la McLaren en Espagne. Il a manqué des courses en World GT1, et la décision d’aller dans la série Blancpain s’est prise assez tard. Il y avait une vraie volonté chez McLaren pour décrocher un bon résultat et Hexis Racing peut être qualifié de team leader avec la MP4-12C. »
La relation avec McLaren est forte ?
“Elle est parfaite et on ne peut que les remercier. Pour imager la chose, on leur a rendu l’ascenseur avec ces bons résultats. On commence à avoir de l’expérience et on devient une vraie équipe GT. Hexis Racing est maintenant redouté. McLaren a été un peu surpris du potentiel de notre petite équipe en termes de moyens, mais la rage de vaincre et la simplicité sont bien là. La relation est bonne, comme elle l’était dans le passé avec Aston Martin. McLaren nous a apporté une aide précieuse. Ils ont toujours été à nos côtés et ont été irréprochables. Nous avons fait du développement de pièces pour eux et c’était quelque chose de très intéressant. On est transparent et on ne cache rien. Le team est on ne peut plus honnête. McLaren nous a aidé et on les a aidés. Nous avons travaillé main dans la main. »
Fred et Stef ont raté le titre World GT1 pour un petit point. Tu as des regrets ?
« Aucun ! Pour nous, le bilan est positif. On s’attendait à une saison difficile, mais pas autant. On a poussé et on y a cru sachant que nous sommes partis de loin. Cela va peut-être paraître étrange, mais mon meilleur souvenir reste le meeting de Zolder. Après la déconvenue de Nogaro, nous avons terminé la course avec les deux autos. C’était pour nous comme une victoire. Sur la fin de championnat, nous avons été les plus performants aussi bien sur le plan de l’équipe que des pilotes. C’est inespéré que d’avoir terminé deuxième du championnat Pilotes, mais aussi Equipes. L’équipe le mérite bien. Malheureusement, la #2 a connu un peu trop de pannes lors des Courses de championnat. Alvaro et Greg auraient mérité mieux. Avec la #1, on a marqué les bons points quand il le fallait. Après Nogaro, beaucoup n’ont pas cru en nous. Il y a eu la galère de début de saison et la séparation d’avec Aston Martin après cinq ans. Nous nous sommes demandés si nous allions être capables de relever ce challenge. Il y a eu aussi le départ d’Antoine, notre ingénieur. Que fallait-il faire ? Prendre une pointure ? Finalement, notre stagiaire Gautier a pris du galon. Je savais qu’il était brillant. Il a fait office de Directeur Technique. A 25 ans, il a su gérer la relation avec McLaren, et tout le reste. Nous avons une équipe stable. C’est ce qui fait notre force. C’est notre année la plus aboutie. Il y a eu autant de retombées cette saison qu’en 2011 avec le titre. »
Les trois dernières saisons resteront tout de même des grands moments ?
« Elles ont été fabuleuses et resteront gravées dans ma mémoire. Stéphane (Ratel) a essayé, mais ça n’a pas marché. Il va donc tout faire pour construire quelque chose d’autre. Les endroits, les courses, tout était incroyable. Nous avons côtoyé des teams et des pilotes de haut vol. Le championnat était professionnel dans son ensemble. Il fallait rien lâcher et une page se tourne. Sur les trois saisons, Hexis reste la meilleure équipe selon les statistiques, tout comme Mako est de loin le meilleur pilote. »
Et maintenant ? Place à 2013 ?
« L’avenir passe par McLaren, mais je ne sais pas encore comment, avec qui, et dans quel championnat. Vu nos relations, nous pouvons espérer un bon soutien même si les constructeurs sont un peu frileux avec le GT3. Les 24 Heures de Spa nous intéressent et il faudra mettre le paquet. Il reste à explorer les différentes pistes pour 2013 en essayant de trouver le meilleur compromis sportif et financier. »
Hexis Racing a toujours été parmi les premières équipes à annoncer le programme pour la saison à venir. Ce sera encore le cas cette année ?
« Je l’espère bien ! Cela donne de la crédibilité. Nous disons et nous faisons. Si on annonce quelque chose, c’est à 100% même s’il faut prendre le temps de la réflexion. Personnellement, ce qui m’intéresse le plus, ce sont les 24 Heures de Spa et la série Sprint montée par SRO. Si nous restons avec McLaren, nous espérons bien faire du développement. Ce que nous avons fait ce week-end est aussi quelque chose qui nous plaît : voyager et découvrir de nouvelles choses. Il y a aussi les 24 Heures du Nürburgring qui nous font rêver, tout comme les Etats-Unis et aussi les 12 Heures de Bathurst. Pour nous, l’objectif prioritaire est que le team poursuive l’aventure. S’il faut prendre part à un championnat parallèle, nous le ferons. On va jouer notre carte au maximum. Il faut sécuriser le futur. »
Pourquoi pas une arrivée en prototype ?
« On maîtrise le sujet en GT, mais pourquoi pas le prototype à l’avenir. Si cela devait se faire, ce ne serait pas n’importe comment. Nous préférons rester en haut de la pyramide GT plutôt que d’aller rouler dans une catégorie où la visibilité est moindre. Le concept du GT3 by SRO est parfait. Je pense qu’il a de belles années devant lui. Les constructeurs sont ravis de vendre des autos et je crois au concept dans tous les pays. Il n’y a rien à redire sur le sujet. Alors au final, pourquoi changer ? »
Sinon, il y a aussi le GTE ?
« Si tu restes en Endurance, le GTE c’est très bien. Malheureusement, les autos sont trop bridées et cela en devient aberrant. Pourquoi pas une seule catégorie GT en lâchant un peu les chevaux et une seule catégorie prototype. Les gens aiment le GTE, mais les autos sont trop aseptisés, que ce soit en Pro ou en Am. Il y a déjà des soucis en LMP1 avec l’essence, le diesel et maintenant l’hybride. Ou alors mettre en place une catégorie pour les Usines et une pour les Privés. Et pourquoi les constructeurs ne vendraient pas des autos à des équipes privées ? Rebellion Racing a fait un travail fantastique cette année. »
Et aller rouler en European Le Mans Series avec une GT3 ?
« Nous ne sommes pas intéressés. Stéphane Ratel a fait énormément pour le GT et ses championnats sont au point. On sait bien que cette année n’a pas été facile, mais il ne nous a pas lâché. Des pilotes nous ont aussi contacté pour rouler en GT Tour. »
La McLaren MP4-12C va évoluer durant l’intersaison ?
« C’est sa première année de compétition. Il faut qu’elle évolue tout en maîtrisant les coûts, ce qui est primordial. Les évolutions vont surtout porter sur la fiabilité et la facilité à travailler sur l’auto. Il faut que tous les teams en profitent. »
Propos recueillis par Laurent Mercier