Pilote éclectique s’il en est, Romain Dumas retrouve la série American Le Mans Series cette semaine avec une participation au Petit Le Mans sur la HPD ARX-03a du Muscle Milk Pickett Racing aux côtés de Klaus Graf et Lucas Luhr. Le natif d’Alès n’arrive pas en terrain inconnu puisqu’il a roulé pour le compte de l’équipe de Greg Pickett l’année passée, déjà lors d’une pige. Cette saison, le pilote officiel Porsche n’a pas eu le temps de chômer avec les 12 Heures de Sebring, les 6 Heures de Spa et Le Mans avec Audi, quelques manches VLN et les 24 Heures du Nürburgring avec le Manthey Racing, le rallye avec la Porsche puis la Mini WRC, sans oublier une fabuleuse aventure humaine et sportive à Pikes Peak. Dans quelques semaines, c’est dans les rues de Macau qu’on le retrouvera. C’est dire s’il y a matière à dire au niveau de sa saison 2012.
Laurent Mercier : Romain, c’est un retour à une voiture ouverte. Cela faisait longtemps ?
Romain Dumas : « Ma dernière expérience remontait aux 12 Heures de Sebring 2011 sur une Audi R15 TDI. C’est drôle d’avoir du vent et du bruit dans les oreilles. Il m’a même fallu une nouvelle visière de casque. J’ai toujours été fan des voitures ouvertes car les sensations sont plus importantes. Le premier roulage sur la HPD s’est bien déroulé. Je connais l’équipe et mes coéquipiers. Le premier objectif est déjà de boucler les 70% de la distance pour que Lucas et Klaus soient champions. Pour le reste, nous verrons bien.La situation était la même en 2008 sur la Porsche RS Spyder du Penske Racing. Le plus drôle est que nous nous battions contre Acura. L’auto se comporte très bien sur les vibreurs et le châssis est bon. De plus, j’apprécie le tracé qui a beaucoup de rythme. »
Tu connais bien l’ALMS et le Grand-Am. Quelle est ton opinion sur ce championnat unique en 2014 ?
« La force du Grand-Am est la NASCAR et l’ALMS a l’European attitude. Le mix des deux peut faire quelque chose de bien. Avec cette unification, l’endurance américaine a quelques bonnes années devant elle. Les plus beaux circuits seront empruntés et les Américains ont la méthode qu’il faut pour les spectateurs. J’ai toujours trouvé que l’ALMS était le plus beau championnat. Il y a de la convivialité et du respect. Pour ce qui est du Grand-Am et sans aucune médisance, les DP actuels correspondent aux prototypes des années 80. Je ne pense pas que ce sera facile de faire cohabiter DP et P2. Quant au GT, il ne demande rien de plus pour vivre. La catégorie GT en ALMS n’a besoin de rien de plus. Il suffit de voir les courses disputées du premier au dernier virage. »
Tu reviens aux Etats-Unis après ta belle performance à Pikes Peak. Tu en retiens quoi ?
« A l’issue de la course j’étais furieux car nous pouvions l’emporter sans l’arrivée de la pluie. Avec du recul, je me suis dit que nous avons fait quelque chose de fantastique. L’objectif initial était de prendre ses marques pour le futur et nous sommes passés à 17 millièmes de la victoire. C’est tout de même incroyable. Il a fallu tout mettre en place dans un environnement totalement nouveau, tout préparer en amont. Il faut faire attention à tout. Cet endroit n’est ni un circuit ni un rallye. Lorsque tu arrives, tu ne sais pas où tu es. Même avec un GPS, on arrive à se perdre. »
Tu es donc prêt à retenter l’expérience ?
« Si j’y retourne, il faudra que tout soit réuni. J’avais dit que j’y allais pour apprendre. L’ambiance sur place est très bonne et il y a tellement de niveaux différents. Les fans de Porsche y sont nombreux et mon passé en ALMS a marqué et ils connaissent aussi Le Mans. De plus, la voiture a bien plu. Quand je pense que l’on a modifié l’auto en seulement deux semaines. Trois personnes ont travaillé jour et nuit et rien n’aurait pu être possible sans mon équipe. »
Que réponds-tu à ceux qui disent que c’est plus facile maintenant que le tracé est asphalté ?
« Juste qu’avant tu sortais à 60 km/h et maintenant c’est à 120 km/h. Cette course est dangereuse et certainement plus qu’avant. »
Porsche s’est fait l’écho de ta participation ?
« Après Pikes Peak, j’avais dit à Porsche que je voulais prendre deux semaines de vacances. Quinze jours plus tard, à mon retour chez Porsche, il y avait des photos de Pikes Peak dans le hall. C’est une belle reconnaissance. Pour la petite histoire, mes parents ont rencontré Ari Vatanen sur un rallye et il leur a dit qu’il fallait que l’on en discute autour d’une table. C’est dire que ça a marqué les esprits. »
Avant de venir ici, tu as fait des débuts en WRC au Rallye de France sur une Mini WRC. Une belle expérience ?
« La Mini WRC est une bonne auto, mais c’est un peu comme si tu arrivais au warm up des 24 Heures du Mans sans avoir roulé auparavant. Le niveau est tellement élevé. Le châssis de l’auto est bon mais il en manque un peu en moteur. Pour une première fois, l’approche était bonne. L’écart était moins important le dimanche sous la pluie. Je n’avais jamais roulé avec une quatre roues motrices. Pour moi, le résultat est positif car nous avons terminé l’épreuve. Pour faire mieux, il faut plus d’essais car là il y avait seulement deux passages pour les notes. J’espère bien refaire quelques rallyes d’ici la fin de l’année, même s’il y a peu de chance que je roule aux Cévennes, qui est pourtant mon rallye à domicile. »
Place maintenant à Macau avec la Porsche. Un nouveau challenge…
« Dès le lendemain de Pikes Peak, il a fallu remettre l’auto en configuration circuit. Nous avons fait cela directement sur place avant de l’expédier à Macau. Le container est maintenant chez Spark. Macau est un super endroit et mon souvenir du tracé remonte à 1996. Cette année, le niveau est plus relevé que jamais. Le règlement est basé sur le FIA-GT3 même si des changements sont autorisés, notamment au niveau des amortisseurs. C’est un peu comme le Nürburgring, il faut être spécialiste pour bien figurer. Il y a une Audi R8 LMS ultra pour Edoardo Mortara et une Ferrari 458 Italia pour Lucas Di Grassi. Ce sera une nouvelle expérience. »
Est-il prévu que tu roules à nouveau pour Audi en Endurance ?
« Ce n’est pas à l’ordre du jour. Pour 2013 je n’en sais strictement rien. Il faudra voir selon les accords Porsche/Audi. »
Malgré l’arrivée de Porsche en Endurance, des rumeurs sur Internet parlent d’une présence en Formule 1 à plus long terme. Info ou intox ?
« En F1 ? Et je pourrais rouler ? (rires). Non plus sérieusement, je n’ai vraiment aucune information à ce sujet. On sait ce que peuvent donner certaines rumeurs… »
On pourra aussi te voir en GT en 2013 ?
« Ce ne sera pas avec la Porsche 911 GT3-R Hybrid car le programme est stoppé. J’ai bouclé pas mal de kilomètres sur la nouvelle RSR. J’espère bien rouler à nouveau en VLN avec les 24 Heures du Nürburgring au programme. Cette course est magique et c’est quelque chose que l’on veut refaire dès qu’on y a goûté. »
Et ensuite, c’est quoi le prochain défi de Romain Dumas ?
« (rires) Tout me tente. Lorsque j’étais gamin, mon héros était Didier Pironi avec son passage de la F1 aux courses de bateaux. Un tas de choses me tentent : le Dakar, les courses de bateaux ou le Pro Truck Off Road. Ces dernières années, j’ai partagé mon temps entre Porsche et Audi, et j’ai tout de même eu l’occasion de faire d’autres choses. J’ai conscience que je dois me consacrer à ce que l’on me demande de faire. »
Propos recueillis par Laurent Mercier
Retrouvez toute l’actualité de Romain Dumas sur sa page Facebook officielle.