European Le Mans Series

Anthony Pons : "Du degré zéro à la plus belle course du monde."

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Après une saison passée en VdV, Anthony Pons est directement passé dans l’Endurance à l’échelon européen avec une participation à l’European Le Mans Series sur une Porsche 911 GT3-RSR du team IMSA Performance Matmut avec en point d’orgue les 24 Heures du Mans en GTE-Am aux côtés de Nicolas Armindo et Raymond Narac. En une saison, le Normand aura terminé sur la plus haute marche du podium à Spa lors d’une pige en Championnat du Monde d’Endurance avant de monter sur la deuxième marche aux 24 Heures du Mans. C’est donc une nouvelle aventure qui s’offre à lui avec le Petit Le Mans où il va jouer le titre European Le Mans Series face à AF Corse. Avant ce dernier rendez-vous d’une folle de saison, Anthony dresse le bilan d’une campagne 2012 bien remplie au niveau des courses de prestige.

 

Laurent Mercier : Anthony, comment s’est passé cette découverte du tracé de Road Atlanta ?

Anthony Pons : « Pour être totalement franc, j’étais un peu inquiet avant de monter dans l’auto car il a fallu assimiler le tracé en plein trafic. Je n’avais plus roulé depuis Donington, soit à la mi-juillet. J’ai dû me réhabituer à la vitesse, au grip et au freinage. L’inconnu ici est le tracé et encore plus qu’ailleurs. Ce n’est pas un circuit que l’on apprend en trois tours. De plus, je me retrouve avec les ténors de la discipline qui joue sur un autre championnat. Mon premier run s’est passé avec les protos et je dois dire que l’exercice n’a pas été simple. C’est tout de même compliqué d’apprendre un circuit lorsqu’il faut regarder plus souvent derrière que devant. C’est un peu en opposition. Pour moi, c’était une phase d’apprentissage. Le run suivant s’est passé qu’avec les GT et je suis parti volontairement en queue de wagon. J’ai pu comme cela avoir plusieurs tours clairs pour me concentrer sur le circuit. Les chronos se sont améliorés au fil des tours. C’est nettement plus facile pour les repères et le tracé. Le circuit est atypique et très technique. Il est vrai qu’il aurait certainement été préférable d’y rouler avant, mais finalement la progression se fait comme partout ailleurs. »

 

La mission sera de ramener le titre…

« Nous ferons notre course car nous voulons le billet d’entrée pour les 24 Heures du Mans 2013. Il faut trouver la performance. L’équipe a bien identifié le travail à faire sur l’auto à l’issue de la première séance pour mettre la Porsche au set-up américain. Nous étions partis avec un set-up adapté à l’Europe. Nous avons aussi le renfort d’un ingénieur qui connaît bien les spécificités américaines. Personnellement je découvre le sport automobile américain, mais c’est aussi le cas pour l’équipe. Il est vrai que cela aurait été mieux si le programme initial l’avait prévu. »

 

Cette présence ici est un peu une issue de secours ?

« La manche de Zolder a été annulée et nous avons pu rouler à Spa en guise de préparation aux 24 Heures du Mans. L’équipe a pris part à cette manche du WEC avec la victoire à la clé. C’était magnifique même si nous n’avons pas marqué de points. A Donington, la course a été belle même si nous n’étions que trois en GTE. Ensuite, les deux dernières manches sont annulées en nous mettant ici avec un coefficient de points doublés. L’équité sportive n’est pas respectée. C’est ma première saison à ce niveau et je suis un peu déçu sur ce plan là. Je raisonne en tant que pilote, mais aussi en tant qu’apporteur financier. Il n’y a pas eu beaucoup de considération pour le sponsor qui n’a aucun intérêt à venir rouler ici. Il est vrai que nous avions le choix de ne pas venir, et les deux parties se doivent d’être sérieuses. IMSA s’engage sur une saison et l’engagement est respecté. »

 

Sur le plan sportif, ta saison est tout de même magnifique…

« Cette année est paradoxale pour moi. Aussi bien Raymond que Franck m’ont fait découvrir des étoiles et m’en ont mis plein les yeux. Spa a été un grand moment, tout comme Le Mans. Pour mon partenaire, les 24 Heures ont été très positifs. Adria est une marque slovène où dans le pays il n’existe pas de culture du sport automobile. Pour eux, c’était une découverte totale. Tout comme moi, ils sont passés du degré zéro à la plus belle course du monde. C’est un peu comme ma progression. De plus, les circonstances de fin de course ont fait que ça leur a plu car nous avons été mis en avant. »

 

Adria, ton partenaire, est donc prêt à rempiler ?

« La course automobile ne fait pas partie des axes prioritaires. Il va falloir voir ce que va donner la conjoncture économique. Adria a des partenaires dans tous les pays d’Europe et celui qui a été le plus réceptif a été l’Angleterre. »


Tu auras tout de même pris part à trois championnats majeurs. C’est tout de même une belle fierté…

« J’ai découvert quelque chose d’exceptionnel. Nous aurons fait des incursions dans plusieurs championnats avec son lot de nouveautés. Il a fallu emmagasiner beaucoup de choses même si sur le plan du pilotage, les enjeux étaient importants. Aucun droit à l’erreur n’était permis. Ici, j’en prends plein les yeux mais je pense que cela aurait été encore mieux dans le cadre d’un vrai championnat. Avec IMSA, j’en apprends tous les jours. J’aime l’Endurance et je suis trop vieux pour le Sprint. »

 

Ta progression a été plus que rapide…

« Il y a trois ans, j’étais au Mans en simple spectateur et jamais je n’aurais imaginé être un jour de l’autre côté de la barrière. Pour moi, Le Mans reste l’élite du sport mondial. Je n’ai rien vu arriver et IMSA Performance Matmut m’a fait gravir les échelons, notamment grâce à Raymond. Je n’ai pas grillé les étapes et j’ai suivi mon idée initiale. Mon raisonnement a convenu à l’équipe. »

 

La cohabitation en piste n’a pas été trop compliquée ?

« C’est compliqué pour nous, mais ça l’est aussi pour les pilotes de protos. Il est clair que tu es plus efficace en regardant devant qu’en regardant derrière. Il suffit d’essayer de conduire sur une aire fermée sans regarder devant pour s’en convaincre. La difficulté est bien là mais elle est réciproque. Je comprends leur appréhension mais cette cohabitation est possible. Aujourd’hui, il y a de très bons « Am ». Raymond en est la preuve parfaite. Il y a des solutions comme l’a fait la Blancpain Endurance Series avec la mise en place d’un roulage réservé aux Bronze. C’est plus facile de se concentrer. Les gentlemen ne demandent qu’à rouler et les faire rouler entre eux est selon moi une idée constructive. »

 

Propos recueillis par Laurent Mercier

 

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