Guillaume Moreau

Entretien à coeur ouvert avec Guillaume Moreau, part 1.

thumbnail
0 Flares Twitter 0 Facebook 0 0 Flares ×

Gravement accidenté le 4 juin dernier lors de la Journée Test des 24 Heures du Mans, Guillaume Moreau se remet petit à petit de sa blessure à la moelle épinière. Depuis, le pilote OAK Racing est tenu éloigné des circuits même si sa première sortie de l’hôpital a été pour rendre une petite visite au paddock du Mans Classic début juillet. Quelques jours seulement après une longue opération, nous avions vu un Guillaume combatif, toujours aussi souriant et volontaire, si bien qu’il se déplacait déjà pour quelques pas à l’aide d’un déambulateur. Fin juin, il quitte l’hôpital d’Angers pour rejoindre l’Arche au Mans afin d’entamer un long processus de rétablissement. Fin juillet, c’est lui qui nous sert de chauffeur pour aller déjeuner avant une séance quotidienne d’exercice physique. Début septembre, il peux enfin rejoindre son domicile de Limoges et reprendre une vie “quasi normale”, en alternant chaque jour sport et kiné. Il est peu de dire que les progrès ont été énormes en cette période si courte. Quatre mois après son accident, Guillaume fait le point sur son état de santé, ses envies, ses coups de gueule sur la sécurité, mais aussi sur l’Endurance en général. Entretien…

 

Laurent Mercier : Guillaume, tout d’abord comment vas-tu ?

Guillaume Moreau : « Je progresse petit à petit. Bien sûr c’est un peu moins visible qu’au début mais avec le recul, je me rends bien compte que les progrès sont déjà importants. En quatre mois, je suis passé du fauteuil roulant au déambulateur, et maintenant je marche seul. Les muscles au niveau du mollet gauche sont bien revenus et les triceps côté droit progressent. Il m’en manque encore, mais cela commence à revenir. Je partage mes journées entre kiné et sport avec Sophie Roulaud, ma préparatrice physique. Je suis bien entouré. Patrick Jouhaud, mon ostéopathe m’aide aussi énormément. De nos jours, l’ostéopathe peut traiter la neurochirurgie. Les exercices de kiné sont assez répétitifs. Il faut stabiliser le muscle du pied et accentuer le sens de l’équilibre. Je passe aussi pas mal de temps à faire des activités balnéo. Sur le plan sportif, je fais du rameur, de la musculation pour le gainage. Cela me fait le plus grand bien. »


« Ce n’est pas comme une grosse fracture. Ici il n’y a pas de vrai verdict. Je suis en forme et de nature positive. Je suis satisfait de voir que cela progresse. Même aujourd’hui (ndlr : entretien réalisé le 4 octobre), je fais des mouvements que je ne faisais pas avant. Je n’ai pas mal au dos. Je prends aussi du repos, d’où une alternance selon les jours entre sport et kiné. »

 

La prochaine visite complète sera maintenant pour la fin d’année ?

« Disons que le verdict est un peu quotidien. J’ai rendez-vous à Angers à la mi-décembre pour passer un scanner et un IRM afin de voir où en est la greffe osseuse. Il faut laisser du temps au temps. Il faut voir si le dos reprend sa solidité naturelle. Tout se passe bien pour le moment. Je suis quelqu’un de confiant et j’ai conscience qu’il faut être patient. »

 

C’est là qu’on te dira ce qu’il en est de ton avenir en sport automobile ?

« Il faudra voir selon les résultats. Ce ne sera pas l’unique réponse, mais une des clés. En quatre mois, les progrès sont immenses. Il y a tout de même eu une compression de la moelle épinière. La nature humaine fait que tu en veux toujours plus et toujours plus vite. J’ai toujours eu un gros mental et je ne vais pas lâcher. Il y a quatre mois jour pour jour, je n’avais aucune notion de mon avenir, et là j’arrive de ma séance de sport seul au volant de ma voiture et nous sommes chez moi autour d’une table en train de discuter devant un café. C’est signe que les progrès ont été importants, non ? Mais il est vrai que le sportif veut toujours plus. »

 

En attenant, on peut te voir sur les circuits en 2013 dans un autre rôle au sein du OAK Racing ?

« Revenir sur les circuits me plairait, mais pour le moment je suis bien occupé. Prendre l’avion est encore compliqué pour moi et je ne veux pas brûler les étapes. Pour le moment, mon objectif est que l’on m’ôte le titane que j’ai dans le dos. Je suis toujours impliqué chez OAK Racing et bien sûr que je serais content d’être présent physiquement. Il faudra voir selon l’évolution. Ma vision des choses a changé. Quand je vois des gens qui se déplacent en fauteuil roulant, je ne peux pas me plaindre. Mon passage à l’Arche a été difficile, mais enrichissant sur plusieurs points. »

 

Tu ne reprendras pas la compétition à n’importe quel prix…

« Non c’est certain ! Il faut que l’habitacle des prototypes changent, notamment avec une cellule pour amortir les lombaires. Je suis passé tout près de la correctionnelle et je ne suis pas le seul. Il ne faut pas attendre qu’il arrive quelque chose de plus grave pour faire changer les choses. Si on prend l’enchaînement des « Virages Porsche/Karting » au Mans, il est bien trop dangereux. L’ACO doit faire quelque chose sur ce plan-là. La Formule 1 arrive bien à mettre des technologies en place, alors pourquoi pas l’Endurance. Les autos servent de laboratoires technologiques, mais les circuits doivent en faire autant. Je ne reviendrai pas au Mans dans la configuration actuelle du circuit. On a les moyens d’améliorer cette zone. On arrive à une vitesse supérieure à 200 km/h et le pilote encaisse beaucoup trop. Pour mon cas, ce n’est pas le choc à 200 km/h qui m’a blessé, mais lorsque l’auto est retombée de tout son poids. Il faut se donner les moyens de la sécurité même si le circuit est historique. Il faut changer les choses. La chose est comparable à ce que l’on voit aux Etats-Unis où les dégagements sont peu nombreux. La longueur pour les dégagements est très important. Déjà, on ne peut que se féliciter que les autos soient toutes fermées à l’avenir. Il est vrai que la gestion du trafic n’en sera que plus compliquée, mais je pense que cela s’apprend. »

 

A suivre…

 

Propos recueillis par Laurent Mercier

 

Publicité

0 Flares Twitter 0 Facebook 0 0 Flares ×

Publicité

Sur le même sujet