Le canadien Sylvain Tremblay -résidant en Floride-, fondateur, propriétaire et pilote du team SpeedSource, est doublement concerné par la fusion entre le GRAND-AM et l’ALMS. D’une part, lui-même et son team SpeedSource prennent part avec une Mazda RX-8 au championnat Grand-Am en catégorie GT dont ils sont un des principaux animateurs, d’autre part SpeedSource a la charge du développement du nouveau moteur Mazda, le SKYACTIV-D Clean Diesel.
Il nous a donc semblé intéressant d’avoir l’opinion de Sylvain Tremblay sur cette fusion. Sylvain Tremblay a lui-même remporté à deux reprises les 24 Heures de Daytona en GT, en 2008 et en 2010. Il a remporté 11 victoires en Rolex Series, dont la dernière en mars 2012, à Birmingham, associé à Jonathan Bomarito.
Claude Foubert : Sur un plan général, Sylvain, diriez-vous que la fusion entre l’ALMS et le GRAND-AM est une bonne chose pour les courses d’endurance en Amérique du Nord ?
Sylvain Tremblay : « D’un point de vue purement personnel, je pense que c’est le bon moment pour avoir une seule Série , sur laquelle les constructeurs, les équipes et les fans peuvent se concentrer uniquement. Pour ce qui est de l’avenir du sport ici en Amérique du Nord, et pour ce que cela implique pour mon partenaire, Mazda Mototorsport, cela ne fait aucun doute, c’est une très belle chose. Nous travaillons avec Mazda pour développer leur moteur diesel SKYACTIV-D pour le LMP2, et aussi pour la catégorie GX du Grand-Am. Ceci pourrait potentiellement permettre à une firme comme Mazda de participer dans les deux catégories, dans la même course. »
Les règlements techniques des deux Séries sont considérablement différents, comme est-il possible d’équilibrer les performances des voitures : en jouant sur les brides, l’allocation de carburant, d’autres solutions ?
« Historiquement, le Grand-Am a fait du très bon travail quand il s’est agi d’ajuster le potentiel de performances de voitures considérablement différentes dans la catégorie GT -nos moteurs rotatifs tri-rotors, le Flat 6 Porsche, les V8 des Ferrari, des BMW et des Camaro, et même le V10 de la Viper- et des moteurs positionnés à l’avant, à l’arrière ou en position centrale. Je n’ai aucune raison de croire que ce qu’ils ont appris par le passé soit oublié avec une Série unique. J’ai hâte de voir ce que l’avenir va apporter. »
Les GT “Prep 2″ de la Rolex Series sont très différentes des GT de l’ALMS, pouvez-vous imaginer que ces deux types de voitures puissent courir dans la même catégorie ?
« Une nouvelle fois, avec la capacité démontrée du Grand-Am d’équilibrer les performances de toutes ces voitures très différentes dans la catégorie, je ne crois pas que ce soit une tâche impossible. Difficile, c’est sûr, et il y aura probablement quelques équipes et quelques constructeurs plus affectés que d’autres, mais je ne pense pas que ce soit impossible. Du point de vue de Mazda, imaginez ce que cela pourrait représenter pour eux de voir leur moteur diesel SKYACTIV-D courir dans une catégorie unique -GT ou GX- dans les 24 Heures de Daytona, les 12 Heures de Sebring et le Petit Le Mans, et bien sûr les 24 Heures du Mans. »
Il semble que la catégorie LMP2 soit la catégorie majeure, pour les prototypes, aussi pensez-vous que la nouvelle Série sera un gros atout pour le nouveau moteur Mazda LMP2, le SKYACTIV-D Clean Diesel, développé par SpeedSource ?
« Comme vous le savez, nous travaillons avec Mazda pour développer ce moteur SKYACTIV-D Clean Diesel pour une utilisation en LMP2 dans les compétitions régies par l’ACO, et nous espérons aider Mazda Motorsports à revenir au Mans en prototype. Pour une firme comme Mazda, avec son passé en sport automobile -Mazda reste la seule firme asiatique à avoir remporté les 24 Heures du Mans à la distance, cela veut dire l’occasion de prendre part aux plus grandes courses d’endurance, sur les circuits possédant le plus d’histoire, avec un unique niveau de préparation. Bien sûr, nous ignorons encore beaucoup de choses à propos de ce que la nouvelle Série offrira en matière de règlements techniques, mais Mazda et nous-mêmes sont impatients de voir ce qu’elle offre. »
Mazda (et SpeedSource) ont-ils été impliqués dans la fusion ALMS/GRAND-AM ?
« Mazda a de très bonnes relations avec les deux organismes, comme nous également, et nous sommes tous deux désireux de nous impliquer dans l’avenir du sport. »
SpeedSource pourrait-il passer aux protos (LMP2 ou DP) ou bien courir à la fois en GT et en proto ?
« Nous avons fait courir des prototypes par le passé, et nous avons la capacité technique de courir dans toutes les disciplines du sport auto, où nos partenaires techniques et commerciaux décideraient que nous devons aller. »
La Rolex Series va comporter une nouvelle catégorie, le GX. Comme SpeedSource va probablement s’engager dans cette nouvelle catégorie, espérez-vous que la catégorie GX soit incluse dans la nouvelle Série ?
« Evidemment. Le moteur Mazda SKYACTIV-D Clean diesel est développée pour la future catégorie du Grand-Am, le GX, et pour la catégorie LMP2 de l’ACO. Qu’il y ait une catégorie GX à part pour mettre en valeur les nouvelles technologies, ou qu’elle soit incluse dans une sorte de catégorie GT unifiée, nous serons là avec nos partenaires de Mazda Motorsports. »
A vos yeux, qu’est-ce qui devrait être le plus important dans la nouvelle Série : la réduction des coûts, la technologie, autre chose ?
« Je pense que ce serait d’avoir une structure de catégories couvrant l’essentiel des besoins des constructeurs et des teams, avec un accent particulier sur la technologie et la compétition. »
Si vous deviez conserver le meilleur de chacune des deux Séries actuelles, que serait-ce ?
« Ce serait certainement le niveau de compétition que nous avons vu dans le passé, avec le meilleur des actions en piste de l’histoire des deux Séries. Le contrôle des coûts -jusqu’à un certain niveau- est important, mettre en rapport le coût de la participation et sa valeur ajoutée. Nous devons trouver un moyen d’attirer les fans sur les circuits. L’organisme législatif devra continuer à trouver de nouveaux moyens de retour sur investissement aux constructeurs et aux partenaires financiers, les conditions générales du marché devant être plus favorables. »
Le pire de chaque Série, à vos yeux ?
« Rien d’énorme, mais j’espère que seules les « meilleures parts » de chacune des Séries actuelles constitueront la nouvelle Série. J’ai le grand espoir que des gens intelligents fassent les bons choix. »
Quel serait votre choix personnel pour le nom de la future Série ?
« La preuve de la qualité du sport n’est pas le nom, mais beaucoup plus la règlementation, l’implication des constructeurs et des équipes, les partenaires commerciaux et tout ce qui se rattache au sport auto et, bien sûr, les fans eux-mêmes -sans les fans, rien n’a d’importance. »
Propos recueillis par Claude Foubert