Stéphane Ortelli fait partie des pilotes à double emploi ce week-end puisque le Monégasque évoluera aussi bien en Championnat du Monde GT1 qu’en Blancpain Endurance Series. A chaque fois, il jouera le championnat même si la donne s’annonce un peu plus compliquée en World GT1. Pilier du Belgian Audi Club Team WRT, Stéphane Ortelli est également l’un des pilotes les plus en vue sur une Audi R8 LMS ultra avec trois programmes cette saison. Avant d’aborder un meeting du Nürburgring bien garni, le pilote emblématique de l’équipe dirigée par Vincent Vosse revient sur les objectifs du week-end, sa fin de saison en GT Tour, mais aussi sa vision de l’Endurance, lui qui a pris part à tous les championnats mondiaux d’endurance. Son analyse sur le sujet est donc des plus intéressantes.
Laurent Mercier : Stéphane, il va falloir faire deux courses sans faille en World GT1 pour avoir des chances de remporter le titre dans une semaine à Donington…
Stéphane Ortelli : « Nous en saurons plus dimanche soir. On ne va pas se préoccuper de la concurrence et on fera notre propre course. Il faudra aussi voir les soucis des différentes équipes. Nous arrivons ici fort d’un beau meeting en Russie qui nous a remis en selle. J’aime le circuit du Nürburgring. J’y ai beaucoup roulé du temps de la Porsche Mobil 1 Supercup ainsi qu’en GT. La dernière fois que j’ai roulé ici, c’était en 2010 dans le championnat International GT Open avec Luxury Racing où nous avions gagné à deux reprises en compagnie de Jean-Philippe Dayraut. Nous avions fait un meeting parfait. Le Nürburgring est aussi ma dernière course en prototype à ce jour avec ORECA, Loïc (Duval) et Soheil (Ayari). Ce circuit représente beaucoup de choses pour moi. »
En Blancpain Endurance Series, il faudra combler le handicap avec Marc VDS Racing Team. Quel est l’objectif du week-end ?
« Être devant Marc VDS Racing Team. Nous savons que ce sera plus dur en World GT1. Il nous faut prendre un maximum de points pour ramener le titre Pilotes avec les deux Christopher (Mies et Haase). Le championnat Equipes est aussi très important pour Belgian Audi Club Team WRT. Nous espérons passer devant avant l’ultime meeting de Navarra. Chez Marc VDS, Maxime Martin arrive fort d’une victoire décrochée en ADAC GT Masters la semaine dernière. J’ai la chance d’avoir deux coéquipiers qui roulent ici très souvent et ils ne seront pas avides de conseils. »
Tu connais la Nordschleife ?
« Je n’ai jamais disputé les 24 Heures du Nürburgring, mais juste des manches préparatrices au volant de Porsche. C’est une volonté pour moi d’y prendre part. Cela n’a pas pu se faire cette année, du fait du GT Tour à Dijon qui tombait en même temps. J’espère prendre part à l’épreuve pour Audi en 2013. Je m’entraîne avec Laurens (Vanthoor) sur une Audi RS5 prêtée par le constructeur allemand. C’est un rythme différent du circuit du Mans. Nos aînés avaient encore plus de problèmes à apprendre la Targa Florio. C’est du par cœur et je prends beaucoup de plaisir à rouler sur ce tracé si mythique. »
Tu as déjà une idée de ton ou tes programmes 2013 ?
« Mon objectif est de rester avec Audi et WRT. Il faut y aller étape par étape. C’est sûr que si je pouvais disputer les deux championnats pour WRT en 2013, j’en serais ravi. Pour le moment nous jouons gros sur les trois championnats où nous sommes engagés. Jusqu’à présent, nous faisons une belle saison. Pour moi ce week-end est très important et c’est certainement le plus compliqué à gérer après les 24 Heures de Spa, ne serait-ce que physiquement. »
Dans une semaine, le GT Tour se rend au Mans. Là aussi, il n’est pas évident de se faire une place pour la gagne ?
« A Navarra, nous avons fait un week-end parfait avec un podium et un Top 5. Le niveau est très relevé. On se bat pour des podiums, pas pour des victoires. Le week-end précédent, on gagne en Championnat du Monde GT1 et là pour des podiums. Tout est dit… Cette année, le championnat est monté d’un rang. Il nous reste quatre courses pour tenter de garder notre position de vice-champion de 2011. Le GT Tour a pris son essor. A Navarra, je me suis bien bagarré avec Olivier Panis. La victoire de Fabien Barthez prouve que les pilotes « B » progressent à grandes enjambées. Il en est de même pour Grégoire Demoustier qui prend part à trois championnats avec la McLaren MP4-12C. Beaucoup de choses ont évolué. C’est plus compliqué pour nous cette année et on ne peut pas être déçus de nos résultats. David (Hallyday) et l’équipe font un super travail. Il faut garder le concept Pro-Am tel qu’il est. Fabien (Barthez) a énormément appris au contact de Morgan (Moullin-Traffort) et Olivier (Panis) en prenant part aux 24 Heures de Spa. Rouler en Endurance lui a donné un déclic. Tous les pilotes qui peuvent cumuler les deux arrivent à mieux comprendre l’auto et cela s’en ressent pour les courses sprint où ils sont de plus en plus affûtés. »
On sent bien que les championnats GT nationaux sont forts. C’est aussi ton avis ?
« Oui et cela se voit en France, en Allemagne, en Italie ou encore en Angleterre. Pour le Championnat du Monde GT1, un concours de circonstances a fait que cela n’a pas marché. C’est dur pour Stéphane (Ratel), mais je pense que son option pour 2013 va dans le bon sens.”
As-tu une idée bien personnelle pour le futur ?
« Je suis partisan d’une idée plus folle, mais certainement moins coûteuse. Mon idée serait de poursuivre avec un championnat d’endurance et sprint, c’est indéniable. Pourquoi pas organiser une Coupe du Monde sur une course où l’on réunirait les quatre meilleurs de chaque pays plus les huit meilleurs de la Blancpain Endurance Series. Comme cela, tu pourrais avoir un vainqueur de la Coupe du Monde en fin d’année. Il y a juste besoin de bon sens et pas forcément de la FIA. Lorsque j’étais plus jeune, j’ai vu une finale de Supertourisme au Paul Ricard. J’en garde un souvenir extraordinaire. Cela met en valeur les constructeurs, les teams et le pays organisateur. On peut prendre l’exemple de Navarra et de Michel Ligonnet qui pourrait en être le chef d’orchestre. Ceci n’est que mon idée bien personnelle, mais l’idée de Stéphane (Ratel) va déjà dans le bon sens. C’est juste un peu délicat pour ceux qui ont comme priorité de faire un championnat national et de le gagner. Si le Pro GT by Alméras était en World GT1, peut-être que l’équipe de Philippe Alméras serait en tête. C’est la même chose pour le Team SOFREV-ASP. Il serait bien de réunir tous ces gens sur une finale de Coupe du Monde. Chaque championnat national pourrait avoir une bourse pour l’utiliser en vue de cette finale, le but étant que ça ne coûte pas aux équipes. »
Tu suis de près le Championnat du Monde d’Endurance ?
« Bien entendu et je le suis avec une grande attention. Il y a le côté cœur qui parle. Audi est présent et de l’autre côté, il y a ORECA avec Toyota. Le LMP2 me plaît aussi car c’est la base de l’Endurance. »
Toi qui a roulé dans les championnats d’endurance majeurs dans le monde, comment vois-tu l’avenir, notamment avec la fusion ALMS/Grand-Am ?
« Selon moi, ce championnat en 2014 doit être ouvert aux DP et GT en ouvrant aux vraies GT3 européennes. Il faudrait libérer les DP au niveau de la puissance et plus d’aéro. Personnellement, je ne mettrai pas de P2 ni de GTE. Sinon, cela fait trop. Le P2 coûte trop cher par rapport aux DP. Pour les GT, il faut voir, mais il vaut mieux avoir une auto avec un peu plus de moteur. Les GT3 et GTC seraient parfaites sachant que la catégorie GTC permet de faire connaître de nouveaux pilotes et donner des envies aux équipes pour le futur. »
Tu mettrais des DP au départ des 24 Heures du Mans ?
« Non et pour des raisons de sécurité. Il est hors de question de voir des châssis tubulaires au Mans. J’ai piloté ce genre d’autos et c’est un peu comparable à de l’historique. Ce n’est pas du tout fait pour rouler au Mans. Des pilotes comme Allan McNish, Mike Rockenfeller ou Anthony Davidson auraient très certainement été beaucoup plus touchés avec ce genre de machines. »
Quel regard portes-tu sur le WEC ?
« Cette année, je le trouve très beau même si je ne comprends pas vraiment l’intérêt d’aller rouler au Brésil, à part que cela coûte plus d’argent. Toyota joue le côté japonais avec l’Asie et Audi l’Europe. Je pense juste qu’il faudrait au moins une course en Allemagne. Ce serait le minimum des choses. L’Europe, le Japon et la Chine sont des marchés privilégiés pour les gens intéressés. Le Mans reste la carotte pour les équipes présentes en WEC. Je ferais les choses beaucoup plus simples en arrêtant les GTE aux Etats-Unis. Tout le monde a des GT3 dans son catalogue, et pourquoi pas changer l’appellation en les appelant GTE. On le fait bien cette année avec les GT1. Les constructeurs doivent gagner de l’argent en vendant des autos et on ne doit pas leur en faire dépenser plus. Outre les 24 Heures du Mans, Audi a remporté les deux plus belles courses de la saison avec le Nürburgring et Spa, qui plus est avec des GT3. Peu de championnats acceptent les GTE de nos jours. »
Propos recueillis par Laurent Mercier