Depuis mai dernier, Lola est placé sous le contrôle d’un administrateur judiciaire, ce qui n’est pas sans poser de problèmes aux équipes roulant en B12/80 que ce soit en Championnat du Monde d’Endurance ou en European Le Mans Series. Concernant l’approvisionnement en pièces, les équipes doivent passer par l’administrateur ou se débrouiller par elles-mêmes. Quatre mois après cette mise à l’écart de Lola Cars Ltd, Martin Birrane, Président de Lola durant plus d’une décennie, fait le point sur cette mise sous le régime d’un administrateur : « Après avoir possédé et investi dans Lola depuis près de 15 ans, il n’était pas sérieux de continuer à soutenir les deux sociétés qui étaient face à plusieurs difficultés. J’ai tout de même investi 4 millions de livres en sept mois depuis août 2011, le dernier versement se faisant en mars dernier. En 2011, nous nous sommes impliqués dans le projet Lola Drayson, proto LMP électrique. Le Board a accepté un niveau modeste d’investissement, mais la réalité était bien différente avec un travail qui dépassait 670K£ pour laquelle aucune contribution n’a été reçue de Drayson. Ce travail a détourné les ressources de certains de nos meilleurs ingénieurs. Le prototype 2012 a été terminé tardivement, beaucoup de composants venant de sous-traitants. On ne gagne jamais d’argent sur les ventes de LMP, le profit venant des pièces de rechange, mais ces retards ont causé des pertes supplémentaires. Dans le secteur des composites, il y avait des retards au niveau des clients qui passaient commandes pour lesquelles des ressources devaient être utilisées. Nous avons toujours eu beaucoup de clients chez Lola Composites qui ont toujours reçu les meilleurs services. Bon nombre d’entre eux ont été servis. »
« L’autre événement majeur en 2011 a été la décision prise par HMRC de ne pas payer les R&D et d’aggraver les décisions en demandant un remboursement sur les créances antérieures. A une époque où le gouvernement est censé aider les PME, il semble ironique que l’on enfonce encore plus le clou. Le montant en question n’était pas négligeable puisque l’on parle de 1,4 M£. Tout au long de mon implication, nous avons traversé les tempêtes économiques, bien que cette période de récession se poursuive depuis cinq ans soit la pire depuis le milieu des années 70. Cela a mis trop de pression sur les deux activités en même temps. »
Reste maintenant à savoir quel est l’avenir de Lola en sport automobile. Martin Birrane s’explique : « La marque Lola a acquis une réputation depuis 54 ans, et ce au plus haut niveau du sport automobile et maintenant dans d’autres secteurs de haute technologie. La marque est détenue par Lola Group Holdings qui n’est pas chez l’Administrateur, et mon souhait est de trouver une entité qui veut continuer la marque qui comprend les projets de sport automobile, mais aussi le secteur automobile dans des pays comme la Chine ou le Moyen-Orient, où ils sont à la recherche d’une marque pour promouvoir leurs produits existants sur la scène mondiale. »
Deux sociétés sont sous surveillance : « Les deux principales sociétés Lola Cars International Limited et Lola Composites Limited sont actuellement sous le régime d’un administrateur. L’administrateur se penche sur la vente d’actifs pour Lola Cars, ce qui implique la vente d’actions importantes de cette société. L’acheteur recherché est pour Lola Composites où le repreneur poursuivra les contrats existants et la mise en place de nouvelles activités. Cette entreprise pourra continuer à utiliser l’ancien nom. »
Au fil des années, Martin Birrane a connu pas mal de changements au niveau des règlements mis en place par l’ACO, ce qui a obligé Lola à revoir à de multiples reprises sa copie : « Les Américains ont un bon vieux dicton qui dit : « Si ce n’est pas cassé, ne répare pas. » Malheureusement, tout le monde à l’ACO n’est pas en accord avec ce dicton. Au cours de mes quinze années chez Lola, j’ai travaillé en étroite collaboration avec mon ami Jean-Claude Plassart, Président de l’ACO, en ma qualité d’administrateur et actionnaire des Le Mans Series. Nous sentions tous les deux qu’il fallait de la continuité et de la stabilité des règlements pour les équipes et les concurrents. En 2008/2009, Il y a eu des changements au sein du personnel de l’ACO qui ont conduit à des modifications afin d’attirer des constructeurs. A ce moment-là, Lola avait plus de trente demandes pour des P1 et P2 coupés et la saison s’est soldée seulement par la vente de cinq autos en raison de l’incertitude. Les personnes clés au sein de l’ACO ont mis en place une certaine confusion en faisant la promotion des autos ouvertes quand en 2009 la décision a été prise pour des raisons de sécurité d’avoir des voitures fermées. La décision ultérieure de contrôler les coûts pour les P2 n’était pas nécessaire. Après des débats internes, l’ACO a exigé que le plafonnement des prix, à l’origine à environ 500K€ pour respecter le coût de R&D et le coût de production du coupé, devait être ramené à 355K€, sachant pertinemment que ce prix exclurait tout coupé, mais dans ce cas bien précis, la Lola Coupe était la seule en construction. J’ai l’impression que certaines personnes de l’ACO ont aidé d’autres constructeurs dont certains étaient affiliés à l’ACO avec un intérêt. Cette incertitude a influencé l’année 2009 et a continué à déstabiliser la série pour les saisons suivantes. Il suffit de voir les nombres d’engagés et les calendriers 2011 et 2012 en ELMS et ELMS. Qui sait ce que 2013/2014 va nous apporter. »
« Durant ma période où j’ai possédé Lola, je crois que nous avons produit 69 prototypes en commençant par les SR1, la B98/10 et la B2K10, et les SR2 incluant la B2K40. En 2001, nous avons fait la MG Lola 675 qui a été en pointe pour bon nombre de LMP1, LMP2, P1 et P2 ouvertes, mais aussi fermées. Ces voitures ont été conçues et fabriquées pour des clients. Beaucoup d’entre elles ont remporté des courses et des championnats. J’ai toujours été passionné de sport automobile et j’espère que l’on reviendra à un nouvel âge d’or avec des grilles complètes de machines technologiquement avancées qui créent de grandes courses. »
On le voit, Martin Birrane ne mâche pas ses mots envers les incessantes années de transition et ses incessants changements de réglementation. L’homme qui a dirigé Lola Cars dit tout haut ce qu’on entend tout bas dans pas mal d’équipes. En attendant de connaître l’avenir de Lola, le Dyson Racing peut donner un titre de plus au constructeur britannique en American Le Mans Series. Quant à Status Grand Prix il se battra à Road Atlanta pour la couronne en European Le Mans Series. Le Rebellion Racing est pour sa part en lice pour le titre mondial de la meilleure équipe privée LMP1, et Gulf Racing Middle East porte les couleurs de Lola en Championnat du Monde d’Endurance, tout comme Lotus LMP2.
D’après Lee Harmes
Laurent Mercier