L’unification de l’American Le Mans Series et du Grand-Am fait l’unanimité outre-atlantique même s’il reste encore pas mal de détails à régler. On ne sait pas encore quelles catégories seront autorisées à rouler dans cette nouvelle série unique lancée en 2014 dont le nom reste encore à être trouvé. Il est vrai que les plateaux des deux championnats commençaient à stagner voire à décroître. Si on extrapole, les Etats-Unis auront en 2014 un World Endurance Championship (au moins au niveau des circuits), mais à l’échelle américaine. C’est du moins ce qui est attendu par les équipes. Les noms de Chip Ganassi, Bob Stallings Racing, Alex Job Racing, Action Express Racing, Rahal Letterman Lanigan, Michael Shank, Corvette Racing, pour ne citer qu’eux, sont autant de gage de succès et de fidélité. Les équipes présentes sur le sol américain n’ont pas pour le moment vocation à une présence mondiale, si l’on excepte le Krohn Racing ou MWR via Robert Kaufman. Il est logique de penser que ces deux équipes rejoindront l’Amérique à l’horizon 2014.
Il est prévu que l’ACO participe activement au développement du nouveau championnat, mais on sent tout de même une certaine scission entre l’Europe et les Etats-Unis. La série américaine n’a pas hésité à taper du poing sur la table à certains moments en prenant ses distances sur plusieurs points. Pour le moment, la seule chose dont on peut être certain, c’est qu’aucune manche de ce championnat américain ne tombera en concordance avec les 24 Heures du Mans et que les équipes qui souhaiteront prendre part à la classique mancelle auront un timing nécessaire pour cela. Maintenant reste à savoir qui cela va intéresser. En juin dernier, seuls Flying Lizard Motorsports, Level 5 Motorsports et le Corvette Racing avaient fait le déplacement dans la Sarthe. Le Muscle Milk Pickett Racing, BMW Team RLL et Dyson Racing n’ont pas honoré les sélections qui leur étaient réservées. De plus, cette unification va débuter par les 24 Heures de Daytona puis les 12 Heures de Sebring. Difficile de faire plus alléchant pour un début de saison. Si comme on peut le penser on y rajoute Road Atlanta, Long Beach, Indianapolis, Watkins Glen, Road America et Laguna Seca, la chose a encore plus de « gueule ». Alors qu’en Europe les grands circuits ne font plus recette, c’est l’inverse au pays de l’Oncle Sam. N’oublions pas qu’en 2014, le NASCAR sera à la tête d’un championnat supplémentaire, et quand on connaît la force de frappe de la famille France…
L’Automobile Club de l’Ouest s’est félicitée de cette fusion, mais on ne sait pas trop quel crédit apporter à ces félicitations, le communiqué de l’ACO étant quelque peu évasif. Du côté du WEC, Gérard Neveu, Directeur Général, s’est lui aussi félicité de ce rapprochement : « La nouvelle comme quoi les courses d’endurance en Amérique du Nord n’auront qu’une voix en 2014 est positive pour notre sport. Les Etats-Unis sont un marché très important et tout ce qui renforce la marque dans cette partie du monde est une bonne nouvelle pour tout le monde. Le FIA Championnat du Monde d’Endurance continuera sa présence en Amérique du Nord et la fusion entre ALMS et Grand-Am sera l’occasion d’avoir plus de personnes pour notre marque globale de la course. Nous tenons à féliciter Don Panoz et Scott Atherton, représentants de l’ALMS, ainsi que Mr France et Mr Bennett, du Grand-Am, pour cet accord historique. Je vous souhaite bonne chance en vous offrant notre soutien sans faille. »
Les LMP1 ne seront pas de la partie en 2014 au contraire des LMP2 qui devraient poursuivre l’aventure aux côtés des DP. On regrettera que Porsche ne puisse être de la partie en 2014 avec sa LMP1 que l’on aurait bien vu avec le Penske Racing. Il est clair que le législateur devra donner de l’air aux DP pour que ces autos tournent dans des temps dignes d’un prototype et non plus d’une GT. Il était prévu que l’homologation des LMPC s’arrête fin 2014. ORECA voit d’un bon oeil cette fusion, alors pourquoi pas poursuivre après 2014, pourquoi pas avec un nouveau produit. Du côté GT, GTE et GTC devraient cohabiter même s’il faudra trouver le bon équilibre. Les nouvelles technologies seront aussi en piste, le Grand-Am lançant en 2013 la classe GX. Avec la moitié des catégories interdites en WEC et aux 24 Heures du Mans, on ne sait quel sort sera réservé aux sélections d’office pour les 24 Heures du Mans 2015. Il est vrai que 2015, c’est dans trois ans et il y a encore beaucoup d’eau à passer sous les ponts. Reste aussi le problème des coûts car une DP coûte bien moins cher qu’une LMP2 à exploiter. L’avis d’Eric Bachelart sur le sujet de cette uniformité de championnat est intéressante : « C’est une excellente nouvelle pour tout le milieu des voitures de sport dans le monde. Je suis heureux de voir que les deux séries ont décidé de prendre leur temps et de s’assurer que le processus d’unification sera le meilleur possible, qu’il donnera aux équipes, sponsors, pilotes et promoteurs le temps de s’adapter à cette nouvelle série. Evidemment, il reste encore beaucoup de choses à connaître, en particulier des détails importants qui auront de l’impact pour Conquest Endurance. J’espère que les décideurs de cette nouvelle série consulteront les équipes pour nous assurer que les meilleurs éléments de chaque championnat soit portés sur l’après 2014. » Il est vrai qu’avant de s’enthousisamer pleinement, il va falloir attendre les détails finaux et ils sont encore nombreux.
Il faut se rappeler que le Champ Car et l’IndyCar ont été réunis en une seule série. Les fans d’ALMS ne sont pas forcément fans de Grand-Am et inversement. George Bruggenthies, Président du circuit de Road America (qui accueille les deux championnats), explique : « La plate-forme de base passe par les voitures de sport et je pense que cela va revenir comme au bon vieux temps de l’IMSA Camel GT, qui était très populaire. Je m’attends à ce que Road America devienne l’une des premières courses à être inscrites sur ce calendrier. » En attendant, il est prévu que l’ALMS revienne à Road America en 2013 du 8 au 11 août. Le Président du circuit du Wisconsin a indiqué que des choses passionnantes pourraient avoir lieu en 2013. Et si l’ALMS et le Grand-Am y disputaient un meeting commun, même avec des courses séparées… Si en plus la NASCAR devait emprunter à plusieurs reprises les mêmes tracés. Il faudra également régler la question des pneumatiques afin de savoir si tous les manufacturiers pourront rejoindre l’arène comme en ALMS ou un seul comme c’est le cas en Grand-Am depuis plusieurs saisons. Michelin a déjà montré de l’intérêt à cette unification.
Pour résumer, nous citerons le vieil adage comme quoi “c’était mieux avant”. Oui sauf que là nous ne serons pas aussi affirmatifs car il reste 15 mois aux différentes parties pour peaufiner, fédérer et tout mettre en place. Une chose est sûre, les équipes américaines des deux camps adhère à l’idée et c’est là l’essentiel. Si le spectacle est là, les fans suivront. Ce n’est pas pour rien que le slogan de l’ALMS est “Race for Fans !”.
Laurent Mercier