Depuis le début de saison du Championnat du Monde GT1, l’équipe espagnole Sunred dirigée par Joan Orus s’occupe de la maintenance de la Ford GT. Il était prévu initialement que deux Ford GT soient engagées mais les autos étant arrivées tardivement en provenance du Brazil GT3 n’a pas permis de les mettre toutes deux sur la piste sachant que l’état des autos laissait à désirer. Plutôt habitué aux joutes des voitures de tourisme avec le WTCC, Sunred a décidé de relever un nouveau défi avec les courses GT. Au fil des meetings, la Ford GT montre qu’elle a encore son mot à dire, avec plusieurs passages en Q3 lors des qualifications. Avec seulement deux points au compteur, l’équipe poursuit sa route en préparant également le futur. Lors du dernier meeting sur le Slovakia Ring, Franck Tiné s’occupait de la structure espagnole où évoluait Milos Pavlovic et Andreas Zuber. Pour ses débuts à ce poste, le manager des frères Jousse via sa société LAP Sport Management, n’a pas eu la partie facile.
Laurent Mercier : Franck, comment t’es-tu retrouvé à ce poste ?
Franck Tiné : « A l’époque où mon pilote Michaël Rossi roulait en Eurocup Seat Supercopa, ETCC et en WTCC, nous travaillions avec Sunred. Les bons résultats obtenus (Michaël termina vice-champion de l’Eurocup Seat en 2010), l’ambiance générale de l’équipe et les liens tissés au long de ces deux saisons ont fait que je suis toujours resté en contact avec Joan Orus et le reste de l’équipe. Cet hiver, lorsqu’est venue cette opportunité de participer au championnat du Monde GT1, je les ai assisté dans la mise en place du projet. Joan m’a appelé ce lundi car il avait besoin d’une personne pour manager l’équipe en Slovaquie. Malgré le délai très court pour planifier le weekend de l’équipe, j’ai accepté car le team travaille beaucoup et bien, et que la paire de pilotes était performante. »
La Ford GT est la plus ancienne du plateau. Le manque d’essais a été un gros handicap ?
« Notre ingénieur Gianfranco Bielli est quelqu’un de très talentueux et expérimenté, il connait l’auto sur le bout des doigts et n’a eu besoin d’aucune adaptation! Le manque de performance du début de saison tient plutôt du fait de l’état général de l’auto qu’il a fallu reconstruire entièrement entre les premières courses. En effet, elle est arrivée juste avant Nogaro et n’était pas en condition. Les courses se sont ensuite enchainées, et l’équipe a travaillé dur pour la remettre au niveau, tout en bénéficiant des évolutions proposées par Lambda Performance qui ont été très bénéfiques pour la performance. »
Que retiens-tu du meeting slovaque ?
« Ce que je retiens de ce week-end en premier lieu est que l’équipe entière a été très forte et motivée malgré les difficultés extra sportives. Quand on voit la liste des engagés (AF Corse, Reiter, Hexis, Vita4one, WRT, All Inkl.com) qui en plus d’être expérimentés et réputés, disposent d’un budget bien supérieur au notre, et ce que nous faisons avec cette voiture d’ancienne génération, je me dis qu’il n’y a pas à rougir. Je suis fier d’avoir représenté le Petit Poucet du championnat du Monde GT1! Pour le côté négatif, le fait de ne pas avoir pu courir la première course et d’avoir dû laisser nos camarades terminer la course de Championnat sans nous après le premier relais (Milos Pavlovic a été déclaré inapte à piloter après examen médical de la FIA) alors qu’Andi Zuber faisait un travail fabuleux est rageant. Mais la santé et la sécurité priment sur le reste, et après avoir également vu un de nos mécaniciens devant être opéré sur place d’urgence (il se trouve encore en soins intensifs après une opération qui s’est bien déroulée), nous nous rendons compte que tout est relatif, et que la priorité aujourd’hui est bien entendu que Milos et Adria se remettent très vite. »
Ces mésaventures ont dû vous poser des problèmes au niveau du déroulement du meeting ?
« Ils ont été très limités, car la FIA et SRO ont été coopératifs dans ces phases difficiles. Ils ont été très compréhensifs et impliqués, et j’en profite pour les remercier ici. »
Il n’est pas grand temps que ce championnat s’arrête pour repartir sur de bonnes bases ?
« Les projets présentés par SRO à Spa sont selon moi très intéressants. Ils ont su se mettre à la place des équipes et je souhaite de tout coeur que le concept du double championnat récompensé par la FIA prenne. Il manque très peu pour que ce soit une réussite, le GT3 est un énorme succès, reste à trouver la bonne recette pour organiser des championnats attractifs pour les teams dans ces temps difficiles. »
Qu’est ce qui manque pour que cela fonctionne ? Pas beaucoup de voitures, mais les courses sont dans l’ensemble disputées…
« Il est difficile de dire réellement ce qu’il manque. Ce qui est sûr, c’est que la qualité du plateau n’est pas liée à sa quantité. Les batailles sont très belles, les pilotes excellents, et les équipes très professionnelles. Ce n’est en tout cas pas la passion qui manque. Stéphane Ratel est tellement impliqué et optimiste, que c’en est contagieux! Il mérite de réussir son pari, SRO a d’ailleurs déjà prouvé par le passé et aujourd’hui encore avec la Blancpain Endurance Series qu’ils savent organiser des championnats à succès ! »
La crise financière est passée par là…
« Les années 2010 et 2011 ont été fabuleuses, mais ensuite la conjoncture n’a pas aidé. Le fait de mettre des GT3 en Championnat du Monde GT1 était sur le papier une bonne idée en termes de coûts, mais avec la situation économique actuelle, il n’est pas aisé d’organiser un championnat sans faire appel à des gentlemen drivers, ce qui n’était pas dans l’esprit d’un championnat du Monde de GT sprint. »
A quand la seconde Ford en course ?
« Là encore cela dépend de considérations financières. L’envie ne manque pas, mais malheureusement il faut que les moyens soient suffisants pour mettre à niveau la seconde auto, et réaliser une bonne prestation lors des courses. Mais nous y travaillons ! »
Sunred compte poursuivre en GT ?
« En plus de son implication importante en WTCC (avec Tiago Monteiro, Pepe Oriola et Fernando Monje), Sunred souhaite se diversifier, l’implication en GT en est la preuve. C’est donc dans les projets à venir ! »
Propos recueillis par Laurent Mercier