Lancé en 2006 sous l’impulsion de Jesus Pareja, l’International GT Open Poursuit sa route toujours avec la même convivialité qu’à ses débuts. La série a accouché de bien beaux champions avec entre autres Marcel Fässler, Joël Camathias, Soheil Ayari, Richard Lietz, Andrea Montermini, Philipp Peter, Pierre Kaffer, Alvaro Barba, Andrea Belicchi ou encore Marco Cioci. Le championnat ibérique organisé par GT Sport fait toujours la part belle aux GT2 (Super GT), ce qui commence à se faire rare en Europe. Les GT3 (GTS) sont venues mettre un peu de piment, mais l’organisateur s’attache à ce que les GT2 soient mises en avant. Le temps d’un déjeuner aussi convivial que son championnat, Jesus Pareja fait le point avec nous en nous parlant de la stabilité de sa série, tout en faisant un bond dans le temps.
Laurent Mercier : Jesus, quel est le bilan à mi-saison ?
Jesus Pareja : « La qualité est là malgré une conjoncture peu avantageuse. C’est dur pour les teams et les partenaires, mais nous avons l’avantage de travailler avec des équipes professionnelles. Tout le monde veut gagner et la bagarre Porsche/Ferrari est très belle. Il faut juste gérer les éventuels problèmes avec calme (ndlr : l’arrivée de l’Aston Martin Vantage roulant avec un moteur de DBR9 et les deux Corvette C6.R GT1). Nous avons des équipes qui nous font confiance depuis des années. »
La série fait dans la stabilité au niveau du règlement. C’est le secret de la réussite ?
« Pour nous c’est simple. Les GT2 qui roulent n’ont pas besoin d’être homologuées FIA, donc pas de nombre minimum d’autos construites. De plus notre Balance de Performance est basée sur celle de la FIA, mais réajustée. Il est clair que nous souhaitons que les GT2 soient devant les GT3. Chaque série a son image : L’European Le Mans Series a des courses de 6 heures plus Le Mans, la Blancpain Endurance Series a ses courses de trois heures plus Spa et nous, nous faisons du sprint. C’est un choix que nous revendiquons. Nous n’avons jamais changé le modèle de base et c’est notre identité. »
Est-il possible de voir arriver d’autres autos, style celles qui roulent en « CN » ?
« Non, il n’y a pas d’ouverture possible. Nous avons des teams fidèles et c’est ce que nous aimons. Le cœur est toujours le même et on ne veut pas rentrer dans un nombre d’autos à avoir. On souhaite que tout le monde soit logé à la même enseigne, c’est-à-dire que si une équipe ne devait pas avoir de box, on ne la prendrait pas. Le traitement est identique pour tous les teams. Pour en revenir à la Balance de Performance, elle est réajustée si besoin est, une fois à mi-saison. On peut dire que l’équilibre est pas mal respecté. Pour ce qui est des circuits empruntés, ils suivront à l’avenir la même logique que ceux que nous avons actuellement. Nous voulons toujours les meilleurs tracés. »
Les pilotes apprécient de rouler avec des GT2 qui ont plus d’air…
« Au fil du temps, les GT3 se rapprochent des GT2, donc on donne un peu d’air à ces dernières. Quand on modifie la BOP d’une GT2, le changement est le même pour tout le monde, ce qui n’est pas le cas pour les GT3. Les autos ne réagissent pas de la même façon à ces changements. Nous avons pour le moment trois constructeurs différents en tête du championnat. »
Et le Jesus Pareja ancien pilote, il fait partie des nostalgiques ?
« (sourire). Tous les vieux de mon âge diront que c’était mieux avant, mais on doit s’adapter à la circonstance du temps actuel. Il faut nous tromper le moins possible et en deux ans les temps ont changé. Excepté la Formule 1, il n’y a de championnats où le public payant répond en masse et la redistribution des droits TV n’est pas là. Il ne faut pas se croire au-dessus du lot. Le marché des pilotes a baissé alors que les prix ont monté. Je me rappelle que quand les 24 Heures du Mans sont sortis du Championnat du Monde, c’est le championnat qui s’est éteint, pas Le Mans. Le Mans tient le Championnat du Monde d’Endurance pour ne parler que de celui-ci. C’est un peu la même chose avec la série Blancpain et les 24 Heures de Spa. C’est toujours gratifiant pour les gentlemen d’aller se battre sur le plus beau circuit du monde sur une course de 24 heures. »
« On pouvait faire un programme complet en GrC pour le prix d’une saison actuelle GT3. Les prix étaient corrects lorsque Porsche et Mercedes étaient là. Dès que Peugeot est arrivé, les prix ont flambé. Il s’est passé la même chose il y a 5 ou 6 ans avec des sommes qui ont nettement monté. Là on commence à redescendre. On a compté jusqu’à 8 séries internationales en monoplace et 5 à 6 au niveau national. En Italie, on a eu jusqu’à trois championnats GT différents. En Espagne, nous n’avons plus de séries nationales de support. Avant on avait Mini, Seat et Peugeot. Je pense que cela peut revenir car c’est cyclique et ça l’a toujours été. Cependant, cette fois il y a une crise qui est bien plus grave que les autres car ce n’est plus une crise pétrolière, mais bien financière. »
Il est difficile pour une équipe privée de jouer les premiers rôles…
« Ce qui tue les championnats c’est que les privés ne peuvent plus gagner. Du temps où je roulais pour Porsche, toutes les équipes privées pouvaient l’emporter. Nous avions la même auto que Joest par exemple. C’était la même chose chez les autres constructeurs. Jusque dans les années 90, les privés pouvaient espérer s’imposer, alors que maintenant c’est du domaine du rêve. A mon époque, dix autos étaient en lice pour remporter les 24 Heures du Mans. A midi, il en restait encore huit. Une année, nous avons perdu à quelques tours de l’arrivée. Nous avions lutté durant près de 24 heures. L’équilibre était incroyable. La Formule 1 commence à aller dans ce sens. Les temps ont changé. Ce qui est certain c’est qu’il faut de la passion pour continuer… »
Propos recueillis par Laurent Mercier