Sans nouvelle de Michel Lecomte en Endurance depuis l’arrêt du programme Epsilon Euskadi, c’est dans le paddock de l’International GT Open qu’on a croisé le Sarthois. Le propriétaire du ßeta Epsilon (anciennement Barazi Epsilon) est sur un nouveau projet appelé « Formula Premium ». Ce programme n’a rien à voir avec l’Endurance puisque l’idée est de proposer une monoplace à un coût très abordable. L’auto devrait rouler en 2013 dans le cadre du TTE (Trophée Tourisme Endurance) où trois courses par meetings seront orgnanisées.
Laurent Mercier : Michel, que pouvez-vous nous dire sur la Formula Premium ?
Michel Lecomte : « L’objectif est de proposer une formule à un coût attractif, soit moins de 40 000 euros pour une saison complète. Tout est fait pour limiter les coûts et éviter les intermédiaires. On pourra notamment commander les pièces par Internet. La série roulera dans le TTE qui est un championnat où l’état d’esprit est bon avec des budgets limités. Je retrouve un peu ce que j’ai connu en 1984 au début de la Formule Ford en France. Notre auto développera 140 chevaux, le moteur étant d’origine Honda. Elle restera moins compétitive qu’une Formule Renault, d’où le nom Formula Premium. C’est dans l’air du temps. Toutes les séries mettant en avant des monoplaces sont devenues trop onéreuses. Notre formule n’est pas uniquement dédiée aux jeunes. Nous mettons en place un importateur aux Etats-Unis car nous pensons qu’il y a de la demande de l’autre côté de l’Atlantique. Les autos seront construites totalement en France et le châssis répond aux normes FIA 2012 et à la nouvelle norme Formule Ford. L’auto sera su ses roues à la mi-octobre et la production débutera en janvier. Le projet a déjà trois ans d’âge et nous l’avions mis en stand by du fait de la crise, mais à un moment il faut se lancer. C’est un projet de cœur. L’auto sera vendue avec un service. Il sera possible de la louer, de la prendre en leasing. Nous pourrons assurer la formation, l’entretien. »
Quel est votre regard sur le sport automobile actuel ?
« Il faut être réaliste. On ne retrouvera jamais ce que l’on a connu en sport auto. Il y a des tas de championnats à 500 000 euros, mais plus rien pour débuter. En France, il y a l’Autosport Academy, mais c’est très ciblé. Pour nous, ce serait plus facile de ne rien faire, mais nous sommes des passionnés avant tout. Notre souci est de vendre des autos, et le sport automobile actuel est difficile à anticiper actuellement. Je ne sais pas comment peut faire un jeune pilote pour trouver un budget d’un million d’euros par les temps qui courent. Nous, on ne veut pas révolutionner le monde. Notre produit est la base de la pyramide. En 30 ans, on a perdu tout plaisir avec toutes les contraintes que l’on connaît à faire fonctionner une équipe. Actuellement, tout le monde est pétri d’incertitude dans le sport auto. Je suis un nostalgique de l’époque Formule Ford. A Nogaro, j’ai connu plus de 70 autos en piste. Les bons pilotes sortaient de là. On retrouve un peu cette ambiance en TTE où la convivialité est de rigueur. »
La page Endurance est donc tournée ?
« Aligner une LMP2 coûte beaucoup trop cher et faire rouler une LMP1 c’est trop compliqué. Avec Epsilon Euskadi, nous avions ce qu’il fallait sauf les budgets pour lutter contre les constructeurs. Le choix de Barazi Epsilon de rouler en LMP2 était bon, mais à condition que cela reste pour des équipes privées. Les budgets ont explosé. Nous avons pris l’arrivée de Porsche avec son RS Spyder de plein fouet. On ne peut pas mettre plus de un million d’euros pour aller en LMP2, et malheureusement il en faut bien plus. J’adore l’Endurance et Le Mans car il y a toujours cette notion de convivialité. Cependant, nous n’arrivions plus à mettre le budget face aux dépenses. Il est vrai que nous souhaitons revenir en Endurance, mais pas à n’importe quel prix. Nous pouvons aussi apporter notre équipe technique. »
Il faut donc que le monde du sport automobile change ?
« J’ai disputé à 14 reprises les 24 Heures du Mans, et il y a des cycles. C’est la même chose en sport auto. Je pense que Le Mans est bien géré. Une équipe privée ne peut pas dire que chaque année elle va faire Le Mans. En 2008, nous refusions du travail et un an plus tard, nous n’avions plus de travail. Il faut quelque chose de simple, pas cher et ludique. Les gens qui investissent doivent récupérer du ludique. Il faut que le sport automobile s’adapte au monde. Le monde veut quelque chose de raisonnable. Donc, soit c’est totalement terminé, soit on fait table rase du passé et on repart sur des bases saines. Je suis revenu en Endurance en 2004 et nous avons fait cinq belles années qui resteront comme les plus belles depuis mes débuts en compétition. On n’a pas envie d’abandonner quelque chose comme cela. »
Propos recueillis par Laurent Mercier