Avec 12 750 spectateurs supplémentaires par rapport à l’édition 2010, ce cru 2012 du Mans Classic a remporté un franc succès avec pas moins de 109 000 spectateurs sur le week-end. Peter Auto est bien le maître incontesté des meetings historiques, si bien que l’on avait une vraie impression d’être revenu trois semaines plus tôt lors des 24 Heures “modernes”. Les gradins et tribunes affichaient complets malgré une météo très capricieuse durant les deux jours de course. Il est vrai qu’avec 450 voitures engagées, 8000 véhicules exposés, 170 clubs et 80 marques différentes, le déplacement valait le coup. Le spectacle était partout : sur la piste, dans le paddock, dans le village, sur le Bugatti. Il était même quasiment impossible de tout voir. Les billets devant être commandés à l’avance, l’organisateur avait décidé de remettre en vente des places « paddock », où il fallait prendre son mal en patience samedi matin pour avoir le fameux sésame. Jean Todt, Président de la FIA, ne s’y est pas trompé en étant présent au moment du départ.
La vente Artcurial a pulvérisé de nouveaux records. En 2010, le total des ventes atteignait 7 millions d’euros, contre 9 samedi dernier, soit une progression de 30%. On notera que 80% des autos ont été vendues, dont 70% ont été acquises par des acheteurs étrangers. Une Ferrari 275 datant de 1966 a été adjugée à 1 540 200 euros. La Peugeot 905 EV 13 a été cédée contre 654 700 euros. L’Audi R10 TDI n’a pas trouvé preneur. Quant à la vente des véhicules Heuliez, elle a permis de récolter 800 000 euros. Le concours Le Mans Heritage Club a vu la Cadillac « Le Monstre » conçu en 1950 par Briggs Cunningham remporter à la grande majorité du jury le Prix d’Excellence, alors que le Prix Spécial du Jury FFVE (Fédération Française des Véhicules d’Epoque) a été décerné à la Matra MS 670 en hommage au 40ème anniversaire de la première victoire Matra aux 24 Heures du Mans.
Du côté de la piste, Traber/Tenery ont raflé la mise en Plateau 1 (1929/1939) sur une Talbot Lago, Gavin Pickering le Plateau 2 (1949/1956) sur une Jaguar Type D, Wills/Twyman/Pirro le Plateau 3 (1957/1961) sur une Lotus 15, Voyazides/D’Abel de Libran le Plateau 4 (1962/1965) sur une Ford GT40, B.Thuner le Plateau 5 (1966/1971) sur une Lola T70 MKIII et Chris Mac Allister le Plateau 6 (1972/1979) sur une Gulf Mirage.
Il paraît qu’en France nous sommes dans un pays de plus en plus autophobe et à voir le public présent au Mans Classic, on peut avoir des doutes. Qu’il était bon d’entendre des voitures de course avec un « vrai bruit » bien loin de l’électrique et du diesel. Il suffisait aussi d’aller se balader dans les autos présentes au sein des parkings de clubs pour voir que les Français aiment encore les voitures. Si en Angleterre on n’hésite pas à sortir des joyaux pour rouler sur la route, on a plutôt tendance à les laisser dans un garage en France et c’est bien dommage. A l’heure où on ne parle plus que d’un Grand Prix de Formule 1 en France, il ne faut pas oublier que Le Mans reste Le Mans, que ce soit en moderne ou en historique. Entre dépenser près de 200 euros pour une course de deux heures et être parqué à un endroit sans bouger et payer moins de 100 euros pour voir d’immenses joyaux de l’automobile, le choix est vite fait, non ? Certes le public n’est pas forcément le même mais il suffisait de voir la joie des pilotes en course pour comprendre que rouler sur le grand circuit du Mans n’a pas de prix.
Le Mans Classic est à classer parmi les manifestations majeures en France et on voit bien que l’historique est promis à un bel avenir, comme l’a encore prouvé le Tour Auto il y a quelques mois. Il reste qu’à notre niveau nous aimerions bien voir débarquer les monstrueuses Groupe C et nous gratifier d’un Plateau 7. Il est vrai que ce ne serait pas sans poser des problèmes de sécurité en course, car à titre d’exemple une WM P88 était capable de dépasser les 400 km/h, même si à l’époque les chicanes n’étaient pas en place. Allez on mettra comme seul point négatif le fait que les conducteurs roulant en clubs sur le grand circuit n’étaient pas obligés de porter un casque. Vous n’étiez pas au Mans Classic ? Dommage car il va maintenant falloir attendre deux ans…
Laurent Mercier