Le double tour d’horloge du Nürburgring est sans conteste l’épreuve d’endurance la plus atypique au monde. Non contente de se disputer sur un vrai circuit d’hommes long de 25km, elle offre, en outre, la possibilité au commun des mortels de venir affronter, avec leur petite voiture de tourisme, des pilotes de renommée internationale, pour la plupart aux commandes d’impressionnantes GT alignées par des écuries mandatées par les plus grands constructeurs. Mais que peut bien inciter ces amateurs, dans le sens noble du terme, à venir défier les plus grands noms de la planète endurance ? C’est précisément ce que nous avions tenté de savoir avec le Français Fabrice Reicher, lequel s’apprête à disputer ses douzièmes 24 Heures du Ring.
Fabrice, d’où vient cette passion pour cette épreuve si particulière ?
« La première fois que j’ai participé à cette course en 2000, j’ai été surpris par la quantité de concurrents et quand j’ai pris la piste, j’ai de suite compris qu’il s’agissait d’un défi ! Je roulais sur une Porsche 964 cup et pourtant je n’arrivais pas à suivre le rythme des petites berlines comme les VW Golf ou les Opel kadett !!! Ils étaient au taquet partout alors que moi je levais partout ! Sur la Nordschleife, la voiture n’est pas déterminante si le pilote ne connaît pas le circuit. J’ai également adoré cette ambiance entre foire du trône et professionnalisme. Quant au cadre, absolument somptueux, il m’a littéralement bouleversé !A l’époque il y avait beaucoup plus de petites cylindrées et d’amateurs. Cependant moi qui n’étais qu’un petit pilote du dimanche, je côtoyais des légendes, Hans Joachim Stuck faisant la queue devant moi pour les vérifs des vêtements ! Depuis j’en ai rencontré des pilotes que j’admire mais Stuck était le premier et il faisait comme moi, il patientait ! Non seulement je les côtoie mais je partage également la piste avec eux, les même émotions. J’en connais certains personnellement et, pour le plus grand nombre, la même passion de ce tracé hors du commun nous unit. »
Comment se passe la cohabitation avec les voitures de pointe ?
« La cohabitation est toujours délicate, essentiellement en début de course et à la tombée de la nuit. Jusqu’à présent, je n’ai jamais été accroché par une grosse auto mais je me méfie et, avec le temps, j’ai pris l’habitude en amorce de courbe de toujours jeter un coup d’œil dans le rétro. Je sais aussi que les « grosses » me passeront très facilement dans certains virages, je n’aurai qu’à entrouvrir la porte et elles seront déjà passées… Certaines sont prudentes, d’autres moins mais c’est le prix à payer pour finir. Il faut toujours rester modeste et se dire qu’elles aussi ont beaucoup à perdre en cas d’accident. Le plaisir en pâtit un peu mais, avec les années, étant capable de rouler plus vite, je les gène moins et je peux souvent choisir l’endroit le plus approprié pour les laisser passer. D’autre part, sur le vieux ring, du fait de sa longueur, il arrive régulièrement de parcourir 5 à 6 km sans être doublé. »
Quel est ton meilleur souvenir ?
« Sans conteste l’année 2002 où, avec une Caterham de 2l de cylindrée et chaussée de pneus conventionnels, nous avions terminé 32e au général et 2e de classe devant un paquet de BMW et de Porsche ! Le petit matin a été magique car on roulait à trois et, la fatigue aidant, j’avais l’impression d’être un acteur d’un jeu vidéo. Comme si quelqu’un d’autre était à ma place… »
Aurais-tu une anecdote un peu particulière ?
« En 2005, je roulais sur une Honda S2000 en compagnie d’un Allemand, d’un Finlandais et d’un Flamand, l’écurie étant Allemande. Vu mes capacités plus que limitées dans la langue de Goethe, je ne te raconte pas les difficultés pour se faire comprendre…Bref, la Honda S2000 d’Andreas Mäder était en tête depuis le début de course et, vers 12h, alors que j’en finissais avec mon dernier relais, le câble d’embrayage casse au Bergwerk ! Je me retrouve remorqué dans une échappatoire et là j’appelle le team. Par chance je tombe sur le seul mécano luxembourgeois parlant français ! Il m’explique comment bloquer le câble tout en mettant le 3e rapport. Ensuite il me donne la traduction allemande du mot tournevis. J’interroge le groupe de spectateur présent, j’entends « Ya Ya ! », et vois revenir un type avec le tournevis providentiel. J’effectue la réparation de fortune et reprends la piste. En roulant à 80 km/h, je parviens à regagner la pitlane et me vois sauvé. Las, des commissaires veulent me peser ! Rien à faire pour arriver à leur faire comprendre mes difficultés ! Fort heureusement la bascule était en pente et j’ai réussi à regagner mon stand en roue libre. Les mécanos allemands ont remplacé le câble défaillant et mon coéquipier a pu finir la course. Cerise sur le gâteau, Mäder, l’épouvantail de la catégorie, a cassé son pont dans la dernière heure et nous avons remporté la classe. C’était vraiment miraculeux car nous comptions pas moins de 9 tours de retard sur eux ! »
Au volant de quelle monture vas-tu participer à tes douzièmes 24h et quel sera ton objectif ?
« Je roulerai cette année sur une VW Scirocco appartenant à la classe SP3T et développant environ 335 cv pour un poids de l’ordre de 1100 kg. Je ferai équipe avec les sympathiques Allemands Raphael Hundeborn et Axel Jahn ainsi qu’avec mon vieux copain Daniel Dupont. Ce dernier fut d’ailleurs mon coéquipier en 2002 sur la fameuse Caterham. Les objectifs sont assez basiques. Nous espérons simplement voir l’arrivée et le cas échéant, si tout se passe bien, se classer parmi les 60 premiers. Nos coéquipiers allemands n’ont qu’une seule participation aux 24h à leur compteur mais Daniel en sera déjà à sa 10e et il est toujours aussi rapide ! Alors… »
“Un objectif loin d’être aussi basique qu’il n’y paraît, tant d’embûches devant être évitées avant d’arriver à bon port. Car outre les spécificités du tracé, avec ses dénivelés et ses moyennes affolantes, et la gestion du trafic, Fabrice et ses acolytes devront plus que vraisemblablement composer avec la pluie, le brouillard ainsi que les…fumées des barbecues toujours omniprésentes le long de la Nordschleife ! C’est donc bien un sacré défi qui attend ce sympathique équipage…
Fabrice Bergenhuizen