Il faut sauver le soldat European Le Mans Series. Pour cela il est prévu d’accepter les GT3 dès le prochain meeting de Donington. Est-ce une bonne nouvelle ou une fausse bonne nouvelle ? L’idée d’accueillir les GT3 dans les séries Le Mans était inéluctable vu le nombre de marques présentes, sachant que maintenant les GT3 sont capables de tenir le rythme endiablé des courses d’endurance. On ne peut toutefois qu’être sceptique sur le fait que l’on accepte ces GT3 principalement pour garnir les grille, dixit le communiqué de presse, même si la suite signale que les GT3 ont prouvé qu’elles étaient fiables. A l’heure actuelle il n’y a que l’International GT Open qui accepte le mix GTE/GT3 et il n’est pas rare de voir une GT3 s’imposer, ce qui semble inconcevable dans une série Le Mans où la hiérarchie se doit d’être respectée. Une GT3 devra être moins rapide qu’une GTE mais ce n’est pas pour autant qu’une GT3 ne pourra pas s’imposer. On a bien déjà vu une LMP2 rafler la mise au scratch.
La série Le Mans européenne ouvre la porte aux GT3 et on peut penser que la prochaine à les accueillir sera l’American Le Mans Series où les seules GTC ont actuellement le droit de citer. Audi a une version Grand-Am de sa R8 LMS, tout comme Ferrari avec sa 458 Italia. Rappelons aussi que des GT3 étaient en piste en ILMC l’an passé à Zhuhai, avec un certain Mika Hakkinen au volant d’une Mercedes SLS AMG. Il reste encore un peu de temps au promoteur pour séduire des équipes d’aller rouler en endurance (le double d’une manche Blancpain Endurance Series). Il n’est pas prévu une quelconque sélection pour les prochaines 24 Heures du Mans, ce qui peut refroidir. Et si l’ACO mettait un pied dans l’engrenage du GT3 afin de voir si la mayonnaise prend. Le seul plateau GTE du Championnat du Monde d’Endurance n’affiche pas complet, et il va bien falloir renouveler le cheptel. BMW n’est pas présent et Corvette l’est mais par une initiative privée. Il ne reste que Porsche et Ferrari comme c’est le cas depuis des années, même si une Viper new look va bientôt arriver sur le continent américain. Aston Martin est bien présent mais on ne sait pas trop quel crédit à apporter à cette présence sur le plus long terme. Le GTE semble mourir à petit feu comme est mort le GT1.
L’ACO étudie les différentes possibilités pour niveler le niveau des GT3 avec sa propre équivalence. On a déjà vécu cela dans le passé avec une réglementation FIA et une ACO. On attendra d’en savoir un peu plus avant de se prononcer mais on se souvient encore de certains propos qui mettaient en avant que les GT3 ne répondaient à aucune réglementation. Sur le coup le visionnaire était bien Stéphane Ratel. Mais il est vrai que quand Audi, BMW, Nissan, Aston Martin, Ferrari, Porsche, McLaren, Lamborghini, Mercedes et consorts proposent une GT3 ça laisse pensif… Aligner aujourd’hui une GTE-Pro en WEC coûte au bas mot 2,5 millions d’euros. Le prix d’une GT3 actuelle tourne autour de 350 000 euros, mais si la catégorie devait devenir le top du top GT, les prix seraient alors revus à la hausse. Les pilotes de GTE vous diront tous que les GTE actuelles sont sous motorisées dans les séries Le Mans, ce qui n’est pas le cas en International GT Open où elles sont les reines du championnat. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : Ferrari F458 Italia (GTE) : 1260 kg et deux brides de 28,3 mm. En GT Open : 1220 kg et deux brides de 31,1 mm.
Quel intérêt vont avoir les équipes d’aller rouler sur des courses de six heures en plein milieu de saison ? Certes le nombre de GT3 est suffisamment important pour cela mais les programmes sont déjà bien garnis. Les gentlemen prennent du plaisir au volant d’une GT3 en Blancpain Endurance Series car une seule catégorie est en piste. Se faire prendre une boucle tous les trois tours par un prototype peut paraître lassant, surtout vu le différentiel de vitesse. Une chose est sûre rajouter des GT3 aux GTE sera encore plus compliqué à expliquer au public qui ne fera pas la différence entre une Ferrari F458 Italia et une Ferrari 458 Italia GT3. Il est en plus très compliqué d’avoir une couverture média lorsque l’on est pas dans la catégorie reine. On a donc des GT3 qui roulent dans un championnat GT1, des GT2 qui s’appellent GTE-Pro et GTE-Am, des GT2 qui s’appellent aussi Super GT et des GT3 que l’on qualifie de GTS. On va maintenant avoir des GT3 dans une catégorie GTC.
Il reste donc quelques mois au promoteur pour trouver des équipes afin de garnir la grille de départ à Donington Park, faute de quoi on peut avoir des craintes sur le futur de l’European Le Mans Series. Patrick Peter a bien expliqué en début de saison que l’année 2012 serait compliquée et que la série avait fait le choix d’exclure les LMP1, ce qui était sans conteste la bonne décision. Il existe cependant une alternative en prenant un championnat uniquement composé de prototypes mêlant LMP2, LMPC et pourquoi pas quelques autres protos, le tout sur des courses d’une durée variable. Vous y rajoutez un championnat exclusivement réservé aux GT sur des meetings communs. Vous saupoudrez le tout avec des courses de support dont l’une pourrait mettre par exemple en avant des « people » de chaque pays traversé. Vous avez au final un remake des LG Super Racing Weekend où la télévision était présente, tout comme les spectateurs. Patrice Goueslard nous confiait la semaine passée qu’il voyait un recentrage du sport automobile à moyen terme et par les temps qui courent il vaut mieux éviter de partir dans tous les sens. En politique on divise pour mieux régner. Les championnats GT3 se portent bien alors attention à ne pas trop disperser les troupes car le mot d’ordre est le même dans toutes les équipes : budget !
Laurent Mercier