En mars 2012 sur la grille des 12 Heures de Sebring, ils étaient peu nombreux à donner cher de la longévité d’un Championnat du Monde d’Endurance de la FIA abandonné au dernier moment par Peugeot. Sans Toyota qui a fait son possible pour suppléer Audi, nous n’en serions certainement pas là. En quatre ans, le bébé FIA WEC a grandi et il marche sans qu’on lui tienne la main au grand dam de la F1 qui voit d’un mauvais oeil qu’Audi n’ait pas encore répondu à son appel du pied et que plusieurs de ses pilotes s’exilent le temps d’un week-end en endurance. Les feux sont au vert avec un match à trois attendu en LM P1 la saison prochaine, une bagarre intense en LM P2, l’arrivée de Ford en GTE-Pro et des gentlemen qui se battent à couteaux tirés en GTE-Am. C’est donc un Gérard Neveu comblé qui a fait le point avec nous sans langue de bois au lendemain de la finale de Bahrain.
La saison 2015 a donné satisfaction ?
“C’est juste une autre étape. Elle était mieux qu’en 2014 et on l’espère moins bien qu’en 2016 (rires). Le niveau des compétiteurs est encore monté d’un cran. Cependant, il faut protéger le championnat. On se doit de ne pas aller dans des délires et de garder les pieds sur terre en contrôlant du mieux possible les coûts. J’y travaille ardemment avec Pierre Fillon, président de l’ACO, et la FIA. Il faut toujours se poser la bonne question : comment faire les choses du mieux possible tout en étant raisonnable ? Si les coûts explosent, ce sera compliqué d’attirer de nouveaux constructeurs. Le contrôle des coûts va se poursuivre avec la mise en place de différentes mesures : limitation des essais, contrôle des packages aéro, limitation de l’utilisation de la soufflerie, etc…
N’y a-t-il pas une crainte de perdre une des deux marques Volkswagen Group suite au Volkswagate ?
“Les gens n’ont pas attendu cette affaire pour polémiquer sur le sujet. Dès l’annonce du retour de Porsche en LM P1, beaucoup prédisaient le départ d’Audi. Quand on a un programme d’une telle envergure qui est déjà bien avancé, on n’arrête pas en un an. Audi est en endurance depuis 1999. Aujourd’hui, on ne peut pas dire que l’un des deux va partir et les retours que nous avons vont dans le bon sens. Les bagarres en piste sont belles et chacun donne le meilleur de lui-même avec deux technologies différentes. En revanche, qui peut prédire ce qui va se passer dans deux ou trois ans ?”
D’autres constructeurs sont sur le point de s’annoncer ?
“Des discussions ne cessent d’avoir lieu avec différents constructeurs dont certains sont plus avancés que d’autres. Ce n’est pas seulement une question d’argent, c’est aussi un problème de stratégie. Il faut avoir la bonne technologie pour ne pas utiliser la même que le concurrent afin de faire sa propre différence.”
La classe LM P1 non hybride va se poursuivre ?
“On ne peut nier que c’est un peu décevant de n’avoir que trois autos sur la grille. Il y a quelques mois, le pessimisme était de rigueur. Les choses ont évolué suite à l’annonce du futur de la catégorie LM P2. On a senti que des constructeurs voulaient faire autre chose. C’est notamment le cas de Strakka et BR Engineering. On croit ferme dans le LM P1 privé à l’horizon 2017. Un groupe de travail a été mis en place pour étudier le dossier. A ce jour, aucun changement de réglementation n’est prévu pour 2016 et il ne faut surtout pas prendre une décision émotionnelle.”
L’arrivée de Ford en GT va donner une nouvelle jeunesse à la catégorie GTE…
“Selon moi, le retour de Ford a le même impact que celui de Porsche. La Ford GT40 est liée aux 24 Heures du Mans. L’économie du GTE n’est pas importante. Sans ses clients, le nombre d’Aston Martin au départ serait moins important. Un gentleman peut avoir accès au Mans avec un bon niveau et le budget adéquat. Ce n’est pas le cas pour la F1. Il faut juste que la situation en GT soit claire. Les constructeurs n’ont pas tous les mêmes envies et c’est pourquoi la convergence GT a capoté.”
Il y a une certaine crainte de perdre Porsche en 2016 en GTE-Pro ?
“La confiance est de mise pour que Porsche continue son implication en GTE-Pro. Ce n’est un secret pour personne que le constructeur prépare une nouvelle GT pour 2017 mais ce n’est pas une raison pour quitter le championnat. Quand Porsche est revenu officiellement, tous les départements de la marque ont été impliqués.”
Quelles sont les dernières infos sur les meetings de Mexico et d’Austin ?
“Les deux circuits figurent au calendrier 2016. Mexico est confirmé et on espère bien revenir à Austin même si c’est correct de dire que ce n’est pas évident. Nous allons avoir un meeting le mois prochain pour en discuter. On se doit tout de même d’avoir un plan B car nous ne voulons pas être la victime d’une situation qui n’est pas de notre ressort. On doit anticiper les choses. Austin est l’endroit où il faut être.”
Monter un calendrier est quelque chose de compliqué ?
“Avec Pierre Fillon, nous nous sommes assis autour d’une table en nous demandant où nous allions aller. Le Mans est l’épine dorsale du championnat. Fuji s’est vite imposé comme un rendez-vous incontournable. En Europe, il y a plusieurs places de choix à visiter. Aller en Amérique du Nord est important tout comme l’Amérique Latine l’est pour les constructeurs et les gentlemen. On avait cette saison un équipage complet venant d’Amérique du Sud. A Bahrain, l’organisation est exemplaire. Le succès d’un événement se construit pour l’année suivante. Nous ne devions aller au Nürburgring que cette année, mais vu le succès rencontré, il aurait été dommage de ne pas y retourner. Pour Mexico, on a de suite vu que c’était attractif. L’opportunité s’est présentée et nous l’avons saisie. La F1 a confirmé que c’était un endroit populaire. Si nous n’avions pas pris la décision pour cette année, rien ne dit que nous aurions pu y aller en 2017. Pour ce qui est de la Chine, nous avons mis quatre ans à établir une relation de confiance avec Shanghai. Quant à Spa, tout se passe pour le mieux avec un public qui répond de plus en plus présent.”
Pourtant, l’ajout d’une manche supplémentaire ne semble pas faire que des heureux au sein du paddock…
“Le transport est pris en charge afin de limiter le coût de l’addition d’une 9ème manche. Certes, les constructeurs auraient préféré attendre un peu plus longtemps. Mais comme je l’ai dit, il fallait saisir l’opportunité et le timing est bon par rapport à la manche suivante d’Austin. Nous avons régulièrement des demandes de différents pays mais il y a un tas de paramètres à prendre en compte.”
Le clash avec la Formule 1 à Baku en même temps que Le Mans est tout de même regrettable…
“Il n’y a aucune polémique à faire, mais juste une constatation. Avec ou sans ce clash, les 24 Heures du Mans seront les mêmes. En revanche, c’est dommage pour les pilotes de F1. Le Mans reste Le Mans. Je ne suis pas certain qu’il y avait plus de journalistes parce que Hülkenberg était là. De toute façon, nous avons déjà les meilleurs pilotes.”
Le bébé FIA WEC a bien grandi depuis 2012 ?
“Le FIA WEC n’a que quatre ans. Si on revient quelques années en arrière, les circuits étaient ornés de publicités FIA WEC et maintenant elles se font rares car elles sont remplacées par celles de nos partenaires. En 2012, on ne donnait pas deux ans au FIA WEC en disant qu’après Le Mans, la grille allait chuter. Après quatre ans, qui dit la même chose ? Le Mans est là où il est car l’épreuve a près de 100 ans. Il y a tant d’histoires à raconter sur cette course. Tout le monde n’a pas la patience d’attendre.
La partie médiatisation est importante à nos yeux. Il faut faire les bons choix. Qui peut diffuser une course de 6 heures sur une chaîne à forte audience ? Qui va regarder à l’exception des fans ? L’approche est différente de nos jours de ce qu’elle pouvait être il y a 10 ou 15 ans. Je ne dis pas que c’est facile de trouver la bonne recette. Nos réseaux sociaux fonctionnent très bien et l’APP est un produit sensationnel. Tout est mis en place pour faire les choses du mieux possible.”






