La classe LM P1 non hybride réservée aux équipes privées suscite actuellement beaucoup d’interrogations pour le présent et surtout l’avenir. Rebellion Racing et ByKolles Racing tiennent à bouts de bras la classe qui lutte loin derrière les LM P1 des trois constructeurs et se trouve de fait menacée par les LM P2. Un état des lieux s’impose…
« Notre plan A est d’être en FIA WEC avec la LM P1 et c’est ce à quoi nous concentrons nos efforts » a indiqué Bart Hayden, team manager du Rebellion Racing, à Sportscar365. « Mais si l’écart continue de croître et que les LM P1 privées devaient être encore plus loin, je pense que ce sera difficile d’attirer des gens. Si vous êtes à la recherche d’une stratégie ou d’un lieu pour courir et que vous avez du mal à soutenir la concurrence dans votre propre classe parce que la compétition demande trop de ressources, alors vous commencez à penser si c’est le bon endroit et peut-être à réfléchir à d’autres options. »
Si le team anglo-suisse se pose des questions pour l’avenir de cette classe, ByKolles Racing compte bien poursuivre son engagement dans la sérénité avec la possibilité de faire rouler deux châssis en 2016. « Selon moi, la classe a un certain potentiel, car il y a beaucoup de bons jeunes pilotes » a indiqué Boris Bermes, directeur des opérations de ByKolles Racing. « Ils veulent une voiture qui soit meilleure qu’une LM P2. De plus, il y a des gens qui ne veulent pas courir avec une voiture d’une marque. Les gens veulent avoir leurs propres autos. C’est le cas de Rebellion qui y tient absolument. Jacques Nicolet espère la même chose, Strakka également. Ces gens veulent être des constructeurs et non acheter une voiture. Ils veulent la liberté et de ne pas avoir de limites comme c’est le cas en LM P2. »
Cependant, cette liberté a un coût non négligeable. Si on demande aux constructeurs LM P2 de vendre un certain nombre de voitures, il est tout à fait possible de construire une seule LM P1. Le prochain à arriver devrait être le Strakka Racing avec une auto qui doit débuter en compétition en 2017. « Le paysage a changé et cela soulève des préoccupations pour nous » a déclaré Dan Walmsley, team principal du Strakka Racing. « A l’heure actuelle, nous évaluons les choses et nous travaillons avec les parties concernées afin de nous assurer que nous avons un projet viable pour l’avenir. » Avec des LM P2 dont la puissance sera revue à la hausse en 2017, Dan Walmsley est inquiet sur les écarts de performance : « Le LM P1 est attrayant car c’est clairement un pas en avant par rapport à la catégorie LM P2. Le coût et les technologies employées doivent rester raisonnables. Je pense que tout le monde s’attend à voir des LM P2 plus compétitives et pour notre part on ne souhaite pas entrer dans des développements coûteux d’un moteur comme on peut le voir dans les hybrides. Si nous pouvons atteindre cet objectif, il y a aura de l’attrait pour la catégorie. »
La réglementation LM P1 doit évoluer à court terme, ce qui n’est pas sans faire réfléchir Bart Hayden : « Nous devons garder un œil sur ce que vont être les règlementes 2017. Il y a eu un investissement important dans le projet R-One. S’il y a la possibilité d’utiliser à nouveau les voitures en 2017, nous serions fous de ne pas y réfléchir, surtout si nous arrivons au sommet de la fiabilité. »
Les différentes parties doivent maintenant se rencontrer afin de discuter du futur de la catégorie. D’autres constructeurs ont montré de l’intérêt à cette classe LM P1 non hybride, avec BR Engineering et Onroak Automotive. Le constructeur russe n’a pas été retenu en LM P2, si bien que d’autres options sont à l’étude mais pour voir une BR 02, il faudra repartir quasiment d’une feuille blanche. Chez Onroak Automotive, le projet LM P1 attend un partenariat avec un constructeur.
Dan Walmsley a bon espoir de débuter le projet Strakka Racing en décembre ou janvier : « Je pense qu’il y a un réel intérêt et ce niveau d’intérêt nous encouragerait encore plus à aller de l’avant. »
« Les constructeurs font un spectacle divertissant » assure Boris Bermes. « Même pour l’avenir, l’ACO et les organisateurs devraient pousser pour les LM P1 privées parce que si un constructeur arrête alors qu’il y a seulement cinq ou six voitures, cela peut compliquer les choses en particulier avec le crise chez Volkswagen. Selon moi, le programme Porsche est assuré, mais qui sait pour Audi. Et si Toyota devait faire une nouvelle année comme celle-ci, les gens vont peut-être commencer à réfléchir à deux fois avant de dépenser de l’argent. Tout comme on l’a vu avec Peugeot il y a quatre ans, tout peut changer d’un jour à l’autre. Les choses peuvent changer très vite pour les constructeurs. »
En 2006, le petit commando du Pescarolo Sport pouvait lutter face à l’ogre Audi avec une Pescarolo C60 Hybrid intercalée entre deux Audi R10 TDI officielles sur le podium des 24 Heures du Mans. A cette époque, il n’y avait qu’un David contre un Goliath. Dix ans plus tard, Goliath a mangé David et les équipes privées ne peuvent plus rien espérer. La 4ème place de la débutante Rebellion R-One aux 24 Heures du Mans 2014 relève du miracle. On attendait des abandons sur les LM P1 hybrides compte tenu de la complexité de l’hybridation, sauf que ces soucis ne sont pas arrivés.
La technologie hybride étant trop récente, il n’est pas question de voir des petites équipes aligner ce type d’autos, d’autant plus que cela engendrerait beaucoup trop de moyens financiers. Il est bien loin le temps où Henri Pescarolo et Hugues de Chaunac pouvaient jouer les fins stratèges avec des Peugeot 908 qui pouvaient battre les usines. On ne va pas revenir sur l’équivalence essence/diesel des années 2000, mais ce qui était vrai à cette époque l’est encore plus maintenant entre « LM P1-H » et « LM P1-L ».
Les trois mastodontes du LM P1 verraient d’un mauvais œil des privés venir les titiller avec dix fois moins de budget. Avec seulement trois autos en piste, l’exposition médiatique est quasiment nulle. Les R-One et CLM P1/01 sont trop éloignées des LM P1 et trop proches des LM P2.
Le législateur a souhaité limiter le nombre de constructeurs LM P2 pour que chacun ait un business plan qui tienne la route. En LM P1, pas de business plan puisque le nombre d’autos à vendre est de toute façon très limité et qu’il est possible de ne rouler que dans un seul et unique championnat à travers le monde. Le nombre de constructeurs est réduit tout comme l’est le nombre de motoristes. Malgré tout, rouler dans la catégorie reine intéresse mais ils sont peu nombreux à franchir le pas. L’ACO tient à garder la petite classe LM P1 pour des constructeurs qui n’ont pas les moyens d’aller en hybride.
La catégorie LM P1 privée ne demande qu’un coup de boost pour prendre son envol et ne pas nous laisser assister à un duel invisible entre deux constructeurs qui pourraient bien finir pas se lasser de jouer dans la cour des grands sans pouvoir se tailler une part du gateau.