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Nissan GT-R LM NISMO : Où est le bout du tunnel ?

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Lancé en grande pompes à Londres en mai 2014, le programme Nissan LM P1 vient de subir un coup d’arrêt avec un retrait du Championnat du Monde d’Endurance de la FIA après une seule course, à savoir les 24 Heures du Mans. On ne sait pas à quel moment la GT-R LM NISMO fera son retour en compétition, la volonté affichée étant bien de revenir, ou plutôt de venir, lutter contre Audi, Porsche et Toyota.

Depuis l’annonce du programme, Nissan n’a rien fait comme les autres : une LM P1 non conventionnelle, un marketing tellement mis en avant que certains pourraient qualifier de marketing arrogant, des stands ouverts comme jamais, des messages toujours positifs, etc… Sauf qu’à un moment le produit marketing doit fonctionner au risque de faire pschitt à l’instar de la ZEOD RC. Le postulat de départ était pourtant explicite : “La course est une bataille, notre arme est l’innovation”. Nissan a repris le concept de la traction comme du temps de la Primera en BTCC.

On l’attendait au Prologue FIA WEC puis à Spa, puis à Silverstone, et c’est finalement au Mans qu’elle est arrivée pour ses débuts en compétition. Malgré un projet pour le moins ambitieux, Nissan a décidé de partir d’emblée avec trois voitures pour la course la plus difficile du monde, là où Toyota a préféré mettre des moyens dans le développement plutôt que d’aligner trois autos moins affûtées.

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Résultat : trois autos au départ, une à l’arrivé et non classée sachant qu’aucune n’a roulé en version hybride et qu’aucune n’était qualifiée à l’issue des essais. Le temps a manqué chez Nissan pour développer une LM P1 non conventionnelle. Alors laissons du temps au temps à un programme initial prévu sur deux ans, sauf que le temps presse. Ben Bowlby, le concepteur, et Darren Cox, le marketeur hors pair, ont mis en place une structure basée à Indianapolis, structure actuellement en plein changement vu l’annonce passée dans la presse spécialisée. BBR Design recrute dans tous les domaines : design, analyse structurelle, électronique, assemblage, fibre de carbone, analyse des données, etc… La question est de savoir si c’est pour renforcer l’équipe actuelle ou la remplacer.

Les récents essais bouclés à Austin n’ont certainement pas séduit le Board de l’Alliance Renault-Nissan avec des chronos guère mieux qu’au début du programme, soit à 10s des meilleures LM P1 2014 qui vont encore plus vite cette année. On a donc préféré jeter l’éponge (provisoirement) et se concentrer sur les essais. Reste à savoir si le modèle actuel peut évoluer dans le bon sens. Quand Porsche a décidé de revenir dans la catégorie reine de l’Endurance, le constructeur a préparé son coup plus de deux ans avant en débauchant une armée d’ingénieurs venant d’horizons divers, en partie de la Formule 1. On parle tout de même de plus de 200 personnes sans aucune communication du style “on va tout péter, c’est nous les mauvais garçons et nous ne sommes pas là pour nous faire des amis”.

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Il faut quand même remettre l’église au milieu du village. OK le concept est innovant et il faut du temps pour qu’il fonctionne. Sauf que l’Alliance Renault-Nissan n’a rien à voir avec une équipe de peintres en bâtiment : 4ème constructeur mondial (2013) derrière Toyota, Volkswagen Group et General Motors avec près de 9 millions de véhicules écoulés. A l’horizon 2016, l’objectif est de mettre en place 4,3 milliards de synergies annuelles. Renault-Nissan n’a rien d’un petit constructeur privé qui veut faire son trou et on attend tout de même plus qu’un projet articulé autour d’une petite équipe. Allez faire un tour en SUPER GT pour voir ce que Nissan est capable de faire avec sa GT-R GT500 qui est une vraie arme de guerre capable de tourner plus vite qu’une LM P2 dans des chronos proches d’une LM P1. On ne peut pas dire que Miyatani-san, président de NISMO, soit ravi de cette situation de voir une LM P1 en panne qui se ridiculise en piste. Certes, elle a un look atypique, elle fait des étincelles, elle a une bonne vitesse de pointe et la communication faite autour du programme est massive. Oui, mais à quel moment Olivier Pla et Harry Tincknell vont-ils pouvoir aller se frotter aux ténors de la catégorie ?? C’est cela que les fans veulent voir.

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Améliorer la GT-R LM NISMO actuelle ? On demande à voir… Repartir d’une feuille blanche pour 2016 ? Trop tard… La communication du programme LM P1 est bien orchestrée avec des infos qui fuitent sur des médias privilégiés et triés sur le volet. On a lu ici et là que Carlos Ghosn n’aurait rien dit sur la LM P1 en marge du meeting Formula E à Londres. Les propos rapportés ont bien été prononcés lors d’un point presse avec des médias français. A ce titre, la citation de Miyatani-san dans le dernier communiqué officiel est sensiblement identique. Quand Toyota doit trouver 3 à 4s, Nissan doit en trouver 20. En en trouvant 10, on pourra communiquer sur le fait d’avoir trouvé 10s là où les autres en trouvent 3, et faire une photo triomphante à l’arrivée.

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L’équipe technique et les pilotes ont beaucoup donné depuis le début de l’année et ils ne peuvent qu’être félicités pour cela. Le départ d’Andy Palmer chez Aston Martin a certainement mis un coup de frein aux ambitions. L’absence soudaine de Marc Gené a elle aussi de quoi susciter des questions. On nous dit que son emploi du temps n’était plus compatible avec un tel programme. Marc Gené a-t-il repris la compétition dans une discipline quelconque ? A-t-il de nouvelle fonctions ? Pas vraiment… Il ne faut pas être devin pour comprendre que l’Espagnol a changé d’avis en cours de route. Les pilotes disent bien ce qu’on leur dit de dire. Il suffit de demander aux photographes placés à certains endroits clés du circuit du Mans pour avoir une idée du comportement de l’auto en piste. On pense aussi aux gens de chez NISMO qui se doivent se dire que le ciel leur est tombé sur la tête avec un tel delta entre GT500 et LM P1. Il y a tout juste un an, on nous faisait comprendre au Japon que le programme LM P1 n’avait pas grand-chose de japonais. On a une entité japonaise basée aux Etats-Unis avec un pied-à-terre en Angleterre. La seule fois que la GT-R LM NISMO a roulé en Europe, c’est au Mans. Quand Audi, Porsche et Toyota liment le bitume à Motorland Aragon, Nissan roule à Bowling Green. Quelques jours avant la Journée Test, on nous parlait d’un chrono comparable à celui des Audi un an plus tôt. La piste a rendu son verdict avec un 3.43.383 bien loin de simulations. Les tests dynos indiquaient 1100 cv avec le seul KERS 8MJ, le tout devant développer 1600 cv avec l’aide du moteur à combustion interne.

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Le programme LM P1 est très axé sur le marketing avec photos, vidéos et tweets. Le gros point positif est qu’il est possible d’entrer dans le stand et de regarder de près l’auto en prenant des tas de photos. Impensable chez la concurrence ! Communiquer sur le fait que le premier passage au crash test à échoué, pourquoi pas ? Se faire prendre en photo sur la voiture les bras en l’air une fois le crash test passé, ce n’est pas commun. On imagine mal Ralf Jüttner ou Chris Reinke faire la même chose chez Audi. Le marketing, c’est très bien pour faire connaître un produit et personne ne s’en plaindra. Dépenser plus de 10 millions de dollars pour un spot lors du Super Bowl peut se concevoir d’autant plus qu’il n’était pas axé à 100% sur la LM P1. Le spot a fait près de 23 millions de vues sur YouTube. A l’heure actuelle, la seule victoire de la GT-R LM NISMO est d’ordre médiatique. TAG Heuer ne s’y est pas trompé : “Nissan NISMO est le challenger parfait, un pionnier en ce qui concerne la technologie de la voiture et en ce qui concerne sa façon de communiquer spécifiquement avec les jeunes à travers leur présence massive sur les médias sociaux.”

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On nous dit que bien des constructeurs ont échoué à leur première tentative au Mans. Certes, Audi s’est cassé les dents avec sa R8C construite en un temps record et qui n’a disputé qu’une seule course, mais Audi est monté sur le podium dès 1999 avec sa R8R développée en partenariat avec Dallara. Audi casse la baraque depuis le début des années 2000 sans rien jamais promettre. Henri Pescarolo a réussi de magnifiques choses avec un budget “minuscule”, Peugeot est venu avec la fin que l’on sait, Toyota est arrivé avec la volonté de bien faire mais avec un budget non extensible et Porsche a mis la barre très haut avec une auto conventionnelle. Avec sa LM P1 hybride équipée d’un moteur à l’avant et sa boîte 5 vitesses, Nissan part avec le gros handicap de l’inconnu, ce qui ne semble pas effrayer Ben Bowlby : “La voiture est la star au Mans, il n’y a aucun doute là-dessus. C’est très important parce que peut-être plus que toute autre course, il y a une véritable course d’ingénierie. Pour notre première participation cette année, nous avons dû nous demander comment pourrions-nous avoir une chance d’être compétitif lorsque notre principal adversaire a quinze années de présence derrière lui et plusieurs milliards de dollars investis dans l’expérience et le développement. La réponse, notre réponse, était d’innover. Nous ne disposons pas aussi grand un budget que les autres, mais nous sommes riches en idées. Il n’y a pratiquement aucune chance de battre nos rivaux à leur propre jeu, de sorte que l’innovation nous donne une meilleure chance pour avoir la compétitivité. “ Pour faire un aparté, on ne voit pas qui aujourd’hui va se risquer à investir autant que Porsche même si dans l’ombre on travaille. Aller sur le terrain de l’innovation a forcément du bon et on ne peut pas s’en plaindre. La question est : dans une catégorie LM P1 hybride aussi compliquée et pointue, comment peux-t-on se risquer à aller sur ce terrain en aussi peu de temps et espérer avoir de bons résultats avec des moyens inférieurs ? Tout le monde souhaite que Nissan Motorsports puisse se battre à armes égales, à commencer par Audi, Porsche et Toyota.

En attendant un retour de la Nissan GT-R LM NISMO sur les circuits mondiaux, la meilleure solution (qui restera juste une vue de l’esprit) serait de mettre une GT-R GT500 en FIA WEC pour Olivier Pla, Harry Tincknell et Michael Krumm. Là les amis, on verrait le plein potentiel de NISMO et de ses partenaires…

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