A l’occasion de la 78e édition des 24 Heures du Mans, l’Automobile Club de l’Ouest avait organisé une opération « Le Mans vers le futur », qui regroupait plusieurs voitures équipées de nouvelles technologies. On retrouvait ainsi la Porsche GT3-R Hybrid, ou encore une Ferrari 599 FXX. Aux côtés de ces grosses GT, l’Andros Car faisait presque figure d’ovni. Nous avons interrogé Luc Marchetti, patron d’Exagon Engineering, la société qui a développé cette silhouette destinée aux pistes glacées.
Durant l’hiver dernier, nous vous avions parlé du Trophée Andros Electrique, un trophée mettant en scène huit Andros Car 100% électrique. Plusieurs pilotes d’Endurance y avaient goûté, dont Nicolas Prost, vainqueur de la première édition. Cette fois, c’est donc sur le grand circuit sarthois que l’Andros Car faisait ses premiers pas. « A travers cette démonstration, nous voulions montrer que ça existe, qu’une vraie voiture de course peut être 100% électrique » explique Luc Marchetti. « Cette silhouette n’est pas destinée à l’asphalte à l’origine. De fait, il n’y a pas eu un travail particulier sur l’aéro et nous sommes limités à 160km/h en Vmax. Une vitesse atteinte très tôt en sortie de courbe. Au final, l’Andros Car n’a pas eu à rougir, d’autant que le rythme était tout de même soutenu. »
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L’Andros Car s’était préparée du côté de Magny-Cours, avec quelques modifications apportées à la voiture de base. « La première chose, ce sont les pneus » précise Luc Marchetti. Il est vrai que les pneus clous auraient un peu souffert sur la piste sarthoise. « Ensuite, nous avons changé les amortisseurs, abaissé la hauteur de caisse et placé des gros freins. Il y a deux paramètres sur lesquels il y a une grosse marge de progression : l’aéro et la transmission, qui nous permettraient d’aller plus vite. Pour l’instant, nous sommes sur un rapport unique. Soit on peut passer en rapport multiple, soit sur un rapport plus long. En suspension, il y aurait aussi du travail à faire. »
Quoi qu’il en soit, ce baptême manceau a été riche en enseignements, comme le patron d’Exagon Engineering le confirme : « Ce roulage a été très intéressant pour nous, de par le temps de pleine charge notamment. Le fait de rouler sur un circuit de plus de 13km est également unique. Nous avions déjà roulé sur circuit, à Magny-Cours, mais cette démonstration nous a permis de nous étalonner. »
S’étalonner face à une Porsche GT3-R Hybrid, voilà qui peut paraître déconcertant. Mais l’Andros Car s’en sort avec les honneurs : « C’est difficile de comparer ces deux voitures. La Porsche est avant tout propulsée par un moteur thermique, avec une assistance électrique. Elle conserve une consommation en carburant relativement important. Mais on s’aperçoit que l’on est plutôt en avance. Cette démonstration a confirmé tout le bien que l’on pensait de l’auto et de nombreuses personnes sont venues nous voir, dont des constructeurs. Au niveau des équipements, nous avons ce qui se fait de mieux avec Saft et Siemens. La voiture est avant-gardiste, presque trop en avance. En même temps, on peut aller encore plus loin, et pas seulement sur la glace. Max Mamers et Andros y réfléchissent déjà… »
Par ailleurs, Exagon Engineering ayant aligné des Formula Le Mans en 2009, nous avons demandé à Luc Marchetti si un tel prototype pourrait être propulsé par une technologie 100% électrique similaire à celle de l’Andros Car. « Avec beaucoup d’adaptation et sur une course courte oui, c’est faisable » avoue-t-il. « La Formula Le Mans est une très bonne base, mais pour une telle technologie, il faut que la coque soit conçue autour d’elle, y compris au niveau de la sécurité. En Andros, nous avons mis l’accent sur ce point. Et pour cause, c’est une discipline avec de nombreuses contraintes : le froid, l’eau etc. »
Alors que l’on parle de plus en plus d’hybride en Endurance, le tout électrique ne semble pas encore tout à faire prêt pour notre discipline : « Ce sera utopique de croire que l’on peut faire du tout électrique en endurance. Du WTCC ou sur des courses courtes, oui. Une épreuve de 24 heures avec des batteries, non. Cela demanderait beaucoup trop de batteries et un remplacement rapide. Le rapport masse/énergie est tout simplement défavorable pour une course comme Le Mans. »
Voilà qui méritait d’être dit…
Propos recueillis par Anthony Megevand


