La 78ème édition des 24 Heures du Mans est maintenant derrière nous, et on peut être certain que l’année 2010 aura une place de choix dans la légende de l’épreuve. Voici un abécédaire, une sorte d’inventaire à la Prévert, très subjectif peut-être, de cette course à rebondissements.
A
A comme Abandons – La course a été meurtrière, avec 27 voitures classées, 27 abandons et 1 voiture non classée (la Lola Judd n°11 du Drayson Racing) pour distance insuffisante, moins de 70% de la distance parcourue par le vainqueur. Ce fut comme le disent les britanniques, une “race of attrition”, une guerre d’usure fatale à Peugeot et à bien d’autres….
A comme AF Corse – L’équipage de la Ferrari 430 GT n°95 a été une des grandes vedettes médiatiques du pesage et de la parade des pilotes avec la présence de Jean Alesi et Giancarlo Fisichella. Les deux ex-pilotes de F1, associés à un excellent Toni Vilander, sont cependant restés au pied du podium des GT2, ce qui prouve la richesse de la catégorie. La seconde voiture du team italien avait dû déclarer forfait pour la course après la violente sortie de route de Mattias Russo lors des essais qualificatifs de mercredi, 55 voitures prenant donc le départ comme ces dernières années.
A comme Aston Martin – L’année 2010 ne restera pas gravée dans la mémoire du constructeur britannique. La Vantage GT2 n’a pas terminé la course et n’a jamais été en mesure de jouer un rôle. En LMP1, les Lola Aston Martin officielles n’ont pu décrocher le titre purement honorifique de meilleur proto essence, s’inclinant devant l’Oreca-AIM, et la Lola Aston Martin du Team Signature devait abandonner après une sortie de route. La seule voiture sur le podium est la DBR9 du Team Young Driver AMR, troisième en GT1, même si l’équipe espérait certainement mieux après la pole. La DBR9 était la plus rapide du plateau, , mais elle a dû baisser pavillon devant Saleen et Corvette. Attendons 2010…
A comme Audi bien sûr… – Les R15 plus ont réalisé un triplé éclatant le week-end dernier. A Ingolstadt, on a sérieusement travaillé depuis 2009 et la voiture a été optimisée, avec une fiabilité exemplaire. Les Audi n’étaient pas les plus performantes ce week-end – pas plus qu’elles ne l’étaient en 2005 face aux Pescarolo- mais en fin de compte ce sont elles qui se sont imposées, illustrant une fois encore l’efficacité allemande. On attend maintenant avec impatience la prochaine confrontation. Audi réalise de plus son quatrième triplé au Mans après les éditions 2000, 2002 et 2004. Les années paires réussissent bien à Audi…
A toujours comme Autocon Motorsports – L’équipe de Michael Lewis n’a pas réussi à boucler un tour de piste complet. Déjà peu à son avantage dans les essais avec un matériel vieillissant, la Lola AER a renoncé prématurément, boîte de vitesses hors d’usage.
B
B comme Timo Bernhard – Pilote officiel Porsche, Timo a obtenu cette année son premier succès au Mans au général avec une Audi! Le pilote allemand a enrichi un palmarès déjà imposant alors qu’il n’a que 29 ans : vainqueur à la distance des 24 Heures de Daytona en 2003 (ainsi qu’en GT en 2002 et cette même année 2003), double champion ALMS LMP2, champion ALMS GT, vainqueur en GT des 24 Heures du Mans 2002, vainqueur des 12 Heures de Sebring à la distance et en GT, quatre victoires consécutives aux 24 Heures du Nürburgring, il s’est imposé partout….
B comme BMS Scuderia Italia – L’équipe italienne, avec un package entièrement renouvelé -matériel et pilotes- et peu transalpin, enregistre son troisième podium successif au Mans en catégorie GT2, remarquable résultat dans une catégorie aussi compétitive.
B comme BMW – Les M3 n’étaient pas encore suffisamment prêtes pour se mesurer à armes égales avec les Corvette, les Ferrari ou les Porsche. La BMW Art Car a été une des reines du pesage et on peut être certain que le BMW Motorsport, s’il revient l’an prochain dans la Sarthe, sera autrement ambitieux.
B comme Sébastien Bourdais – Le pilote manceau est passé du rire aux larmes. Le rire tout d’abord : étant aussi une des vedettes des vérifications techniques, Boudais a réussi le jeudi une magnifique pole position -sa toute première au Mans- avec la Peugeot 908 n°3 en 3’19″711 et la course se présentait sous les meilleurs auspices…Les larmes ensuite : quand Pedro Lamy ramena la 908 au stand et que celle-ci dut abandonner, point d’ancrage de suspension cassé et coque endommagée, Sébastien Bourdais ne put cacher sa désolation, il n’a même pas pu prendre le volant en course. Comme quoi, il n’est pas toujours facile d’être prophète en son pays….
C
C comme Julien Canal – Vainqueur en GT1 avec Roland Bervillé et Gabriele Gardel sur la Sallen S7 de Larbre Compétition, le pilote manceau s’est vu décerner le Prix Jean Rondeau – récompensant un jeune pilote français pour sa prestation au cours de la course- 30 ans après la victoire au Mans du constructeur sarthois! Tout un symbole…
C comme Gary Chalandon – Appelé de dernière minute par le Team Bruichladdich en remplacement de Christian Ebbesvik blessé à Spa, le jeune français -un des plus jeunes pilotes au départ- a parfaitement tenu sa place aux côtés de Karim Ojjeh et de Tim Greaves, avec une cinquième place et une dixième au général. Gary est le mieux placé à l’arrivée des 43 rookies de l’édition 2010.
C comme Corvette – Passé en catégorie GT2 après une longue domination en GT1, le Corvette Racing était l’un des grands favoris de la catégorie GT2 cette année au Mans. Les performances étaient au rendez-vous, mais la fiabilité légendaire du moteur a été prise en défaut. Une première ligne cette année au Mans n’a certainement pas satisfait le staff. See you next year, guys…
D
D comme Départ – La procédure de départ a été modifiée, avec une simulation de départ en épi, les pilotes de l’autre côté de la piste, face aux voitures. Le dernier départ de ce type avait eu lieu en 1969. Le “faux départ” 2010 présentait néanmoins une variante : les trois pilotes de chaque voiture -165 donc- étaient côte à côte face à la voiture, seul celui chargé de prendre le volant le premier étant casqué et devant traverser la piste. Certains ont joué le jeu en traversant la piste en courant, d’autres enfin ont joué ostensiblement les Jacky Ickx, en clin d’oeil au fameux départ de 1969, d’autres se sont acquittés sans plus de cette procédure…
D comme Romain Dumas - Cette victoire au Mans sur l’Audi n°9 est la consécration pour le pilote cévenol. Pilote officiel Porsche depuis plusieurs années comme Timo Bernhard, avec qui il a partagé de nombreux succès tant en Europe qu’aux USA, Romain avait déjà goûté au podium au Mans en catégorie GT (trois fois) et au général (troisième en 2007 avec Pescarolo). Il avait déjà remporté trois fois les 24 Heures du Nürburgring, une fois les 24 Heures de Spa au général (en 2003), et avait été double champion LMP2 en ALMS, on en passe… Succès mérité pour notre chroniqueur à qui il ne manque plus qu’une victoire à Daytona… Romain est en outre le premier pilote français à remporter les 24 Heures du Mans au XXIème siècle, le dernier à avoir gagné dans la Sarthe étant Yannick Dalmas en 1999.
D comme Loïc Duval – Nos chroniqueurs ont été à l’honneur pour cette 78ème édition. Loïc n’avait pu piloter la 908 en course à Spa en raison de son abandon prématuré. Ceux qui émettaient des réserves à cause de son manque d’expérience de la Peugeot en ont été pour leurs frais. Déjà très convaincant lors des essais, Loïc Duval a effectué dimanche après-midi un dernier relais de feu, établissant avec la Peugeot 908 Oreca le meilleur tour en course de ces 24 Heures en 3’19″074, plus vite que le temps de Bourdais en qualifications, et ce après plus de vingt-deux heures de course. C’était peut-être le chant du cygne, mais le cygne chantait bien…Après son titre de Formula Nippon 2009 et ses succès en SUPER GT, on n’a pas fini de parler de Loïc Duval…
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E comme Tomas Enge – Le pilote tchèque a réussi sa sixième pole position en catégorie GT1 -en sept courses- Pour la dernière année de cette catégorie, la pole lui revenait pratiquement de droit! Respect! Enge a de plus réalisé le meilleur tour en course des GT1 en 3’53″450, près de deux secondes plus vite qu’en qualification…
E comme ESCRA – Le Prix de l’ESCRA (Ecole Supérieure de Commerce des Réseaux de l’Automobile), qui récompense l’équipe ayant assuré la meilleure assistance technique pendant la course a été attribué cette année au team WR (David Courvoisier, Thibault Dejardin, Jean-Christophe Souvestre, Julien Hervé).
Claude Foubert