La catégorie GT2 représentait à elle seule près du tiers du plateau des engagés -comme les LMP1- de ces 24 Heures 2010. Et avec les duellistes habituels que sont Ferrari, tenant du titre, et Porsche, l’arrivée en GT2 de Corvette et de BMW, deux engagements officiels, plus la présence obstinée de Spyker, une Aston Martin Vantage et le retour de Jaguar au Mans avec la XKR, l’affrontement s’annonçait royal. Et il le fut, avec son lot d’abandons ou d’incidents de course : la catégorie a perdu au cours de ces 24 Heures 50% de son effectif ! Même s’il faut reconnaître que cette fantastique bagarre s’est quelque peu passée dans l’ombre du duel entre Audi et Peugeot pour la victoire à la distance. C’est dommage, il reste à espérer qu’en 2011 l’unification des GT place davantage sous les feux de la rampe une catégorie qui le mérite amplement. Avec Porsche et Ferrari toujours présents, des Corvette à la fiabilité retrouvées, des BMW aguerries, des Aston Martin en pleine forme et, peut-être des Ford GT2 et, espérons-le, des Jaguar au niveau, on salive d’avance.
Avant la semaine mancelle, on envisageait au vu des résultats en Le Mans Series qu’une GT2 puisse devancer les GT1 au terme des 24 Heures. Si, lors des essais, cinq GT1 avaient été plus rapides que la meilleure GT2, en course deux GT2 on terminé devant la Saleen de Larbre Compétition victorieuse en GT1, c’est dire si le niveau de la “petite” catégorie était élevé. Corvette et Ferrari ont tenu le devant de la scène samedi et livré un spectacle fantastique, à un rythme très soutenu (trop?). Cimanche, c’est Porsche qui a tiré les marrons du feu grâce à la voiture de pointe du team Felbermayr-Proton, la n°77 de Marc Lieb/Richard Lietz/Wolf Henzler, qui s’est toujours maintenue aux avant-postes.
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C’est la Corvette n°64 de Oliver Gavin qui était en tête au terme de la première heure de course (la voiture, on le sait, avait hérité de la pole position après le déclassement de la Ferrari Risi n°82), devant Marc Lieb sur la Porsche Felbermayr n°77 et Patrick Long, troisième avec la Porsche IMSA Performance Matmut n°76. Le rythme était déjà très soutenu puisque, en dépit de la neutralisation venant à la suite de la sortie de piste de Nigel Mansell, le meilleur chrono de la Corvette de Gavin était déjà de 4’00″321, à moins d’une seconde de son temps de qualifications! Le ton était déjà donné….Jaime Melo avait taillé sa route dans le peloton et avait ramené la Ferrari du Risi Competizione au huitième rang. La Jaguar RSR fermait la marche, n’ayant pu boucler que quatre tours, dont le meilleur en 4’12″836, proche de son temps de qualification.
La lutte entre la Ferrari Risi et les Corvette s’engagea ensuite. Melo avait pris provisoirement la tête de la catégorie pour ne pas avoir changé de pneus, avant que Long ne le défasse de cette position avant de céder le volant à Patrick Pilet. Les deux Corvette reprenaient ensuite les choses en main, suivies de la Ferrari n°82. L’explication allait se prolonger longtemps, avec les Porsche Felbermayr (la 77) et IMSA, les Ferrari AF Corse et Hankook-Farnbacher tout près..Emmanuel Collard sur la Corvette n°64 et Pierre Kaffer sur la Ferrari Risi se battaient à coup de dixièmes, la Ferrari prenant l’avantage à l’accélération et Manu semblant meilleur au freinage. Jaime Melo et Oliver Gavin qui les relayèrent ont continué le combat, tournant régulièrement sous les quatre minutes. Dantesque! On pouvait craindre qu’à ce rythme, il puisse y a voir quelques pertes, et c’est la Ferrari Risi qui craqua la première, avec des problèmes de boîte. Dès lors, les Corvette étaient en tête et pouvaient envisager une traversée sereine vers un premier succès en GT2. En fait, ce fut uniquement une traversée de la nuit sarthoise, puisqu’au petit matin, la Corvette n°63 était à son tour hors course, moteur out. Un peu plus tard, Manu Collard, gêné sans doute par un dépassement de la Peugeot de Davidson, allait dans les pneus au virage Porsche, et la Corvette predait de longues minutes au stand avant de devoir abandonner un peu plus trad, elle aussi sur panne de moteur, une panne rarissime pour le Corvette Racing! Dès lors, la voie du succès était ouverte pour Porsche dont la meilleure, la 77 Felbermayr-Proton de Lieb/Lietz/Henzler, s’était tenue à distance du duel Ferrari/Corvette, mais suffisament près pour reprendre les commandes à la moindre défaillance. Porsche refaisait ainsi mainmise sur une catégorie que Ferrari, grâce au Risi Competizione, s’était accaparée depuis 2008. Place maintenant à une rapide revue des effectifs…
Team Felbermayr-Proton
Porsche 997 RSR n°77, 1ère en en GT2 et 11ème au scratch /
Porsche 997 RSR n°88, 8ème en GT2 et 24ème au scratch
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On n’arrête plus la Porsche n°77, pas plus que Marc Lieb et Richard Lietz. Les champions Le Mans Series 2009 se sont imposés cette saison au Paul-Ricard et à Spa, et ils enchaînent donc sur une troisième succès consécutif au Mans. Lieb et Lietz récoltent ainsi leur deuxiième victoire de catégorie aux 24 Heures, honneur que Wolf Henzler, qui les a assistés avec talent, connaît pour la première fois. Un peu en retrait aux essais par rapport aux voitures de pointe sans être pour autant distancée, la Porsche 77 a toujours été bien placée pendant la course, sans adopter pour autant une cadence infernale, tournant cependant plus vite que pendant les essais. Aucun des trois pilotes n’a fait de faute, le team a fait preuve de son sérieux habituel, une victoire typiquement Porsche.
La seconde voiture n’a jamais été en mesure de se mêler à la lutte pour les premières places. Horst Felbermayr Sr avait fait une sortie de route mercredi soir qui a contraint les mécaniciens à une rude séance de travail pour que la Porsche puisse prendre le départ. Elle a pu rallier l’arrivée, permettant aux deux Porsche bleues de boucler les derniers tours de conserve, ce qui donnait encore plus de relief à la victoire du team.
Hankook-Team Farnbacher
Ferrari 430 GT n°89 – 2ème en GT2 et 12ème au scratch
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On n’attendait probablement pas cette Ferrari, engagée par une équipe allemande et en pneus Hankook, aussi haut dans le classement. Dans le milieu du peloton de la catégorie après les qualifications, Allan Simonsen, Dominik Farnbacher et Leh Keen ont joué la carte de la régularité et de la sécurité en course, tout en adoptant une allure suffisamment rapide pour ne pas être trop loin de la tête. Cette stratégie a payé, car la Ferrari ne termine qu’à deux tours des vainqueurs de la catégorie, une référence. Les pneus ont parfaitement bien tenu la distance tout en étant performants. Ce fut une prestation qui, si elle ne fut pas brillantissime, a néanmoins été très convaincante.
BMS Scuderia Italia
Porsche 997 RSR n°97 – 3ème en GT2 et 14ème au scratch
Une Ferrari “allemande” deuxième, une Porsche “italienne” troisième, c’est une des curiosités de la catégorie. La BMS Scuderia Italia avait tout changé pour ces 24 Heures : le Team Manager, la voiture, les pilotes, les pneus (Michelin remplaçant Pirelli). Les pilotes étaient tous des rookies, la voiture n’avait pas encore couru de la saison On aurait pu dire “que diable vont-ils faire dans cette galère?” En fait de galère, c’est la troisième marche du podium qui a accueilli Timo Scheider, double champion DTM, Richard Westbrook et Marco Holzer, tous pilotes de classe il est vrai Timo Scheider a ainsi fait ses gammes au Mans avant, qui sait, de passer prochainement à la catégorie supérieure. C’est le troisième podium consécutif au Mans pour l’équipe italienne, le premier avec Porsche.
AF Corse
Ferrari 430 GT n°95 – 4ème en GT2 et 16ème au scratch
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Nous l’avons déjà dit, l’équipage de cette Ferrari a peut-être été le vainqueur à l’applaudimètre de cette semaine mancelle, avec ses deux stars, Jean Alesi et Giancarlo Fisichella. Alesi, pris dans l’ambiance, ne se souvenait même plus qu’il avait disputé l’épreuve en 1989! Avec l’appoint précieux de Toni Vilander, tout paraissait envisageable et pourtant la Ferrari est restée au pied du podium. Elle était dans le coup en qualifications, avec un cinquième chrono se transformant en quatrième après la disqualification de la Ferrari Risi, elle était toujours dans l’allure en début de course, perdit un peu de temps après la mi-course suite à une crevaison d’Alesi et compromit gravement ses chances de podium après la sortie de route de Fisichella en prise avec des problèmes de frein. La Ferrari AF Corse parvint à regagner une place en fin de course, mais elle échoue au pied du podium, à quatre tours cependant de la Porsche de la Scuderia Italia. Le team AF Corse avait, rappelons-le, perdu une unité après la sortie de route de l’argentin Mattias Russo pendant les essais.
IMSA Performance MATMUT
5ème en GT2 et 17ème au scratch
Après les éditions 2008 et 2009 où la voiture du team normand n’avait pas vu le drapeau à damiers, la Porsche n°76 a cette fois terminé la course, et en cinquième position qui plus est. Le team de Raymond Narac et de Franck Rava espérait peut-être mieux, mais la concurrence était très rude. La Porsche de Raymond Narac, Patrick Long et Patrick Pilet soutenait la comparaison avec les meilleurs, mais le podium s’est éloigné au petit matin avec les ennuis d’embrayage de la Porsche blanche. Bonne course tout de même.
BMW Motorsport
BMW M3 n°78 – 6ème en GT2 et 19ème au scratch
BMW M3 n°79 – abandon 8ème heure, panne de carburant
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Les BMW M3 n’ont joué aucun rôle pour la victoire cette année. Les 24 Heures 2010 arrivaient probablement trop tôt pour elles, qui n’étaient pas suffisamment préparées pour prétendre au titre. Ni en qualifications ni en course les M3 ne pouvaient rivaliser avec les Porsche, les Ferrari ou les Corvette. L’une d’entre elles figure cependant à l’arrivée, ce qui est déjà une performance dans ces conditions. On attend mieux des voitures allemandes avec une préparation adéquate. La n°79 a subi l’affront de tomber en panne d’essence, ce qui sied mal à la rigueur allemande. Cette BMW “Art Car” avait fait le bonheur des media à cause de la décoration magnifique de Jeff Koons, en course elle provoqua l’ire du Dr Ullrich qui s’en alla dire son fait au clan BMW après que Andy Priaulx, rentrant au stand au ralenti, ait amené Tom Kristensen à se retrouver dans le bac à gravier. L’année prochaine, peut-être….
Prospeed Competition
Porsche 997 RSR n°75 – 7ème en GT2 et 21ème au scratch
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Les ambitions de la Porsche n°75 étaient limitées au départ, avec un équipage composé de gentlemen drivers. Partie en fond de grille, la Porsche remonta petit à petit dans le classement au gré des abandons, en faisant une course à sa main. Les trois pilotes ont eu la satisfaction de voir le drapeau à damiers.
Spyker Squadron
Spyker C8 Laviolette n°85 – 9ème en GT2 et 27ème au général
On savait que la GT2 néerlandaise s’attaquait à une concurrence redoutable, mais ses résultats de la saison 2009 laissaient entrevoir quelques espoirs d’une bonne place dans ce plateau de folie. Les essais qualificatifs ont contredit ces espoirs et la course de la Spyker s’est fait dans un anonymat au niveau des performances. La Spyker contribua malgré elle à l’abandon de la Norma en la percutant à l’arrière. La C8 Laviolette ayant néanmoins bouclé 70% de la distance du vainqueur, elle termine loin derrière, mais figurera néanmoins au palmarès de l’épreuve, en 27ème et dernière position.
Corvette Racing
Corvette C6.R ZR1 n°64 – Abandon 19ème heure
Corvette C6.R ZR1 n°63 – Abandon 17ème heure
Les deux Corvette pour leur première course GT2 au Mans occupaient la première ligne de la catégorie après le déclassement de la Ferrari Risi et elles affichaient des performances qui, compte tenu de la fiabilité habituelle des voitures du Corvette Racing, pouvaient laisser envisager au team US une issue heureuse. Le début de course confirma sa tendance avec une cadence infernale des deux ZR1 qui tenaient la dragée haute à la Ferrari du trio Melo/Kaffer/Bruni, en tournant dans les temps de la qualification. Après la disparition de la Ferrari n°82, la voie semblait libre pour les Corvette mais, comme pour Peugeot, les moteurs en ont décidé autrement….La matinée allait s’avérer catastrophique. La n°63 tout d’abord devait se retirer, V8 out. Un malheur n’arrivant souvent jamais seul, Manu Collard allait percuter les rails en se faisant dépasser dans les virages Porsche par la 908 de Davidson. Touché, pas touché? Il semble que non, mais la conduite de Davidson au cours du week-end a été jugée dure, y compris par les media britanniques. Malgré les dégâts importants, la Corvette était renvoyée assez rapidement en piste, mais le moteur rendait l’âme à son tour un peu plus tard. Résultat décevant donc, mais le potentiel est immense….
Risi Competizione
Ferrari 430 GT n°83 – Abandon 16ème heure
Ferrari 430 GT n°82 – Abandon 11ème heure
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Les rêves de hat-trick de Giuseppe Risi se sont envolés et la fantastique série de victoires en endurance de la Ferrari rouge s’est achevée. Ce n’était pas la semaine de Risi. Tout avait commencé pendant les qualifications. Gianmaria Bruni avait réussi une pole position en 3’59″435, pulvérisant de plus de trois secondes la pole 2009; mais après les vérifications techniques, le temps de la Ferrari était annulé à cause d’un gurneyplacé un poil trop bas et la n°82 reléguée à l’arrière de la grille de départ. Jaime Melo prenait un départ remarquable et ramenait rapidement la Ferrari dans le peloton de tête. La suite, ce fut la belle bataille avec les Corvette, les pilotes assurant le spectacle, et en fin de soirée de samedi on aurait même pu croire à un sprint pour la victoire finale alors qu’on venait à peine de passer le cap des six premières heures de course! Le mano à mano se prolongea longtemps, mais la Ferrari fut la première à capituler, boîte de vitesses cassée. La Ferrari n°83 Risi/Krohn n’a pas été épargnée non plus et n’a pu faire un troisième podium au Mans. Durant les essais qualificatifs de jeudi, des problèmes électriques l’empêchèrent d’améliorer ses chronos du mercredi. En course, Tracy Krohn eut d’abord un contact avec un proto, ce qui amena la Ferrari au stand pendant un long moment pour les réparations. La Ferrari connut ensuite une nuit relativement tranquille, mais au petit matin, alors que Nic Jönsson était au volant, le moteur de la Ferrari céda. Game over…
JWW Motorsports
Aston Martin Vantage n°92 – Abandon 7ème heure
On aurait pu penser que la Vantage pouvait jouer un rôle dans ces 24 Heures. Dès les qualifications pourtant, les choses furent mal engagées. Un changement de moteur et de boîte de vitesses empêchèrent la voiture de tourner dans la première séance qualif du jeudi. La Vantage partait presque en fond de grille. Un bon premier relais de Rob Bell permit à la Vantage de reprendre un peu de terrain, mais la course fut décevante, même si la voiture a tourné plus vite en course qu’en essais, et se termina prématurément peu après 21 heures après une sortie de route de Bryce Miller.
Flying Lizard Motorsports
Porsche 997 RSR n°80 – Abandon 7ème heure
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Alors que le team californien brille outre-Atlantique, il décline en Europe. Après une première prestation convaincante en 2005, soldée par un podium, les Lizards butent depuis sur l’obstacle manceau de manière assez incompréhensible. Après de nombreux problèmes lors des essais de mercredi, Jörg Bergmeister ne décrocha que le dixième chrono des GT2 le jeudi, temps en décalage avec la valeur du pilote et de l’équipe, qui disposait pourtant d’un châssis neuf. En course, ce fut pire. Bergmeister avait pris un bon départ, mais suite à un contact le team dut procéder à quelques réparations, dont le radiateur. La Porsche pouvait reprendre la piste mais un tour plus tard elle rentrait au stand et n’allait plus en repartir. C’était l’abandon sur panne mécanique. Une année à oublier au plus vite.
JaguarRSR
Jaguar XKR n°81 – Abandon troisième heure
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Quatre petits tours et puis s’en vont….Seule la Lola-AER Autocon a fait pire! Le retour d’une Jaguar au Mans s’est effectué dans le plus complet anonymat. Dès les essais, le team JaguarRSR a buté sur des problèmes électriques qu’il n’a jamais pu régler, bien qu’ayant changé les faisceaux électriques. La Jaguar, qu’on avait rarement vu en piste, avait le plus mauvais temps des 55 voitures. En course, ce ne fut pas mieux puisque la XKR ne boucla que quatre tours, aussi vite d’ailleurs que le temps de qualif, avant d’abandonner, toujours sur problème électrique. Jaguar nous doit une revanche. Paul Gentilozzi parlait au pesage d’un engagement sur cinq qans, avec un soutien total de l’usine. Celui-ci semble se préciser et acceptons-en l’augure, mais la marche est encore haute pour atteindre le niveau de la concurrence….
Claude Foubert












