Oreca-Aim : A qui perd, gagne…
Le malheur des uns fait le bonheur des autres, c’est bien connu. Et bien la ORECA 01 a profité à fond des ennuis rencontrés par ses adversaires pour terminer à une improbable quatrième place ! La cinquième position acquise l’an dernier avait été le fruit d’une course parfaite réalisée par un équipage de tout premier place, Panis/Lapierre/Ayari. Les deux premiers étant passés sur la Peugeot, seul le dernier nommé avait été reconduit. Il était associé à Didier André, qui a découvert l’auto au Castellet, et Andy Meyrick, qui faisait ses premiers pas au Mans. Le rythme était donc logiquement moins soutenu que douze mois auparavant.
Hugues de Chaunac avait parlé de course sage, sans faute. On ne peut pas dire que le trio a suivi à la lettre la consigne ! Après moins de deux heures de course, la n°6 s’était déjà arrêtée une fois pour changer le capot avant, elle s’était accrochée avec une LMP2 et avait été touchée au niveau du ponton par une Lola-Aston Martin. 16e et dernière LMP1 en piste après deux heures de course. Si l’on ajoute un tout droit dans le mur de pneus à Arnage, la course de la ORECA 01 ne se présentait pas sous les meilleurs auspices. Et pourtant, grâce à un bon début de nuit, elle remontait dans la hiérarchie… jusqu’à être percutée par un autre proto à la mi-course. Près d’une demi-heure de perdue. Non vraiment, rééditer la 5e place de 2009 semblait un objectif bien illusoire.
Et pourtant, la persévérance de Ayari/André/Meyrick allait être récompensée : les trois hommes retrouvaient d’abord le Top Ten dans la dix-huitième heure, avant de connaître un dernier quart assez fou. Alors que l’équipe devait jouer du marteau pour réveiller un démarreur récalcitrant, les problèmes se multipliaient pour la concurrence. Si bien que le AIM-Team Oreca grimpait jusqu’au quatrième rang après l’abandon de la Peugeot du… Team Oreca et de la Lola-Aston Martin n°009. Faire mieux qu’en 2009 ? Qui l’aurait imaginé… Ce n’est toutefois pas le fruit du hasard. Rappelons que la ORECA 01 avait sensiblement évolué lors de la deuxième partie de saison dernière. Précisons aussi que Soheil Ayari avait réalisé une belle qualif, s’immisçant entre les Lola-Aston Martin. L’Aixois a par ailleurs amélioré son chrono en course. Preuve que les Dunlop peuvent aussi tenir la distance, le manufacturier pneumatique signant de belle manière son retour dans la catégorie reine.
Lola-Aston Martin : Si près du but…
Avec deux voitures officielles, contre trois l’an dernier, et des équipages un ton en dessous, Aston Martin avait clairement réduit la voilure. L’objectif de terminer premier Essence était toutefois loin d’être inatteignable. Les Lola-Aston Martin ont d’ailleurs longtemps occupé cette position, avant de vivre une fin d’épreuve particulièrement difficile.
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Sans surprise, la n°007 de Mucke/Fernandez/Primat s’affirmait dès les essais comme l’auto de pointe, devançant toutefois la n°009 de seulement un dixième. Les autres prototypes à moteur Essence étaient distancés, à près de trois secondes. La course confirmait cette hiérarchie, avec les deux Lola-Aston officielles qui ne pouvaient pas rivaliser avec les Peugeot 908 et Audi R15, mais qui ne semblaient pas être inquiétées par le reste de la meute. Il fallait alors effectuer une course parfaite pour rééditer la quatrième place de 2009. Un résultat à la portée des hommes de David Richards compte tenu des abandons à répétition des Peugeot. Jusqu’au dimanche matin, la n°007 vivait une course relativement calme, marquée par seulement un tout droit pour chaque pilote, un changement de capot arrière et une fixation du phare droit. 6e après la problème de transmission de la Peugeot/Oreca, puis 7e après la remontée de cette auto, Mucke/Fernandez/Primat voyaient leurs espoirs de bon résultat s’envoler au cours de la dix-septième heure. AMR devait en effet changer la boite, avec une bonne heure de perdue.
La n°009 prenait alors le relais. Certes moins rapides, Turner/Hancock/Barazi avaient adopté la même stratégie. Hormis plusieurs hors piste de Barazi, et un tête à queue de Hancock au petit matin, le trio y parvenait avec brio. Et la quatrième position lui tendait même les bras après le retrait de la quatrième Peugeot. Mais c’était sans compter sur une dernière heure décidemment difficile pour tout le monde : à 14h05, le V12 Aston Martin rendait l’âme… et la n°007 de reprendre le rôle de meilleur représentant du clan AMR, avec une sixième place finale.
Après une belle année en 2009, Aston Martin pensait pouvoir compter sur une auto parfaitement fiable, à défaut de pouvoir rivaliser avec Peugeot et Audi. Malheureusement pour le constructeur britannique, cela n’a pas été le cas et, au Mans plus qu’ailleurs, la fiabilité est capitale. C’est donc un coup d’épée dans l’eau pour la structure officielle, qui aura tout de même confirmé le potentiel de ses bolides en course, avec un 3.23.7 pour Turner et un 3.24.1 pour Mucke. Souhaitons désormais que AMR développera son propre prototype, et que les équipages seront à la hauteur du rendez-vous. Pour rivaliser avec les plus gros constructeurs, il faut aussi se donner le moyen de ses ambitions.
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Troisième Lola-Aston Martin présente, la n°008 alignée par le Team Signature-Plus avait une bonne carte à jouer. Comme prévu, l’équipe de Bourges tirait davantage son épingle du jeu qu’en Le Mans Series, tenant jusque dans les dernières minutes des qualifications la dixième place. C’est finalement de la onzième position que s’élanceront Mailleux/Ragues/Ickx, mais avec de bons espoirs pour la course. Espoirs nuancés par les conditions climatiques et un changement de réservoir au cours de l’ultime séance qualificative : deux événements qui ne permettaient pas au trio d’emmagasiner des informations précieuses sur le comportement des pneus Dunlop.
Après le bon départ de Franck Mailleux, Vanina Ickx et Pierre Ragues poursuivaient le travail entamé par leur coéquipier. Un changement de direction assistée ralentissait la marche en avant de la n°008, mais le temps parlait pour cette auto, dont la nuit allait être relativement calme. Malgré un problème d’embrayage au petit matin, et des Dunlop ne tiendront finalement jamais les triples ou quadruples relais espérés, Signature-Plus tenait le bon bout : le team était en effet revenu dans le Top Ten, pointant au huitième rang au milieu de la matinée. Malheureusement, Vanina Ickx se faisait surprendre à la première chicane au cours de la 19e heure. Et si la pilote belge parvenait à rejoindre les stands, la coque était touchée. Un abandon difficile à digérer pour les protégés de Philippe Sinault, qui devançaient à ce moment de la course la Oreca 01, future quatrième de la course. Dommage pour cette équipe qui poursuit de manière réfléchie son apprentissage de la discipline, et qui tentera de prendre sa revanche au cours de la deuxième partie des Le Mans. Car après s’être montée à plusieurs reprises à son avantage, elle doit désormais concrétiser.
Lola : Que de déceptions…
Outre les trois Lola-Aston Martin, quatre protos sortis des ateliers de Huntingdon étaient engagés en LMP1. Un seul à rallier l’arrivée, celui du Drayson Racing : et encore, il ne figure pas parmi les classés pour une distance couverte insuffisante. Ces quatre Lola, elles n’ont pas été épargnées par les ennuis mécaniques, leur course se transformant pour la majorité en véritable parcours du combattant.
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La B09/60 du Drayson Racing est donc la seule Lola présente dans la catégorie reine à être passée sous le drapeau à damiers. Et au vue de son double tour d’horloge, on peut presque parler d’exploit tant la n°11 a été contrariée par divers problèmes. Les qualifications avaient été relativement décevantes pour cette auto, seulement 14e, derrière les Audi du Team Kolles. De manière assez surprenante, c’est Jonny Cocker qui a réalisé ce chrono, Emanuele Pirro n’ayant pas roulé lors des qualifications du jeudi.
Pour sa deuxième apparition dans la Sarthe, sa première en LMP1, le Drayson Racing misait comme beaucoup sur une course sage. Cela n’a pas été le cas, et ce dès les premières heures. Le cauchemar a commencé dès la fin de la troisième heure, avec des problèmes de refroidissement. L’équipe a ensuite procédé à un changement de capot avant en fin de quatrième erreur, puis à la réparation d’une durite soixante minutes plus tard. La Lola de Lord Drayson allait perdre encore quinze minutes pour un changement d’amortisseurs avants peu avant la fin du premier quart de l’épreuve. Le début de la nuit n’allait pas être de tout repos : changement de suspension arrière, puis plus de trente-cinq minutes de perdues suite à un problème de boitier électrique et à un changement de roulement. Au petit matin, on changeait encore le capot, ainsi que l’aileron arrière. Et en fin de matinée, après un réglage du pédalier et un problème sur la roue avant gauche, c’est la transmission qui faisait des siennes ! C’est donc non classée que la Lola-Judd coupait la ligne d’arrivée, Emanuele Pirro ayant tout de même pu montrer le potentiel de la bête, avec un tour en 3.27.325. Il apparaît tout de même que, pour la voiture comme pour l’équipe, ces 24 Heures du Mans arrivaient certainement un peu tôt. Après des débuts tonitruants à Sebring, le Drayson Racing peine à confirmer, notamment sur la durée. Que ce soit dans la Sarthe, ou plus tôt dans la saison en ALMS, la fiabilité est trop rarement au rendez-vous pour espérer obtenir un bon résultat.
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De fiabilité, il en a également été question du côté du Rebellion Racing, dont les deux montures ont abandonné. Déjà, les qualifications avaient été plutôt difficiles pour l’équipe suisse. La Lola n°12 avait dû rester au box lors de la première session qualificative, suite à un problème au niveau du point d’ancrage de suspension. Quant à la n°13, elle allait être victime d’une sortie de piste le lendemain. Pas l’idéal pour préparer une épreuve comme Le Mans. Le début de course allait en revanche être plutôt positif : de leur 19e place sur la grille, Boullion/Belicchi/Smith remontaient dans le Top Ten dès la deuxième heure. Les trois hommes pointaient ensuite au neuvième rang, étant seulement devancés par les deux Lola-Aston Martin officielles parmi les protos à moteur Essence. En rythme de course, la Lola-Rebellion était donc bien dans le coup. Après une première alerte, en fin de cinquième heure, pour Belicchi, puis un nouveau tout droit de l’Italien dans la demi-heure suivante, la n°13 retombait aux portes du Top Ten. Rien de bien méchant, d’autant que la cadence imprimée était l’une des plus rapides des Essence. Un peu trop rapide peut être puisque Jean-Christophe Boullion sortait de la piste, relativement violemment, en fin de dixième heure. Boullion qui sort de la piste deux fois en quelques jours, voilà quelque chose auquel nous n’étions pas habitués…
La voiture sœur, elle, n’a même pas eu le temps d’avoir un quelconque espoir. Dès la fin de la quatrième heure, elle a plongé dans le classement après un changement de durite de freins. C’est ensuite une fuite d’huile puis des problèmes de refroidissements qui ont retardés Prost/Jani/Andretti. Au cours de la nuit, c’est la boite qui s’est montrée récalcitrante. Boite qui, après une première intervention à 23h20, a fini par lâcher peu après la mi-course.
En performance pure, les Lola-Rebellion n’avaient pas à rougir. Elles n’étaient pas non plus au dessus de la mêlée. On s’attendait à les voir plus proches des Lola-Aston Martin, on s’attendait aussi à la voir plus rapide qu’une Oreca-Aim qui n’a pas subit le même développement depuis le début de l’année. Cela n’a pas été le cas – la Lola-Judd du Drayson Racing se montrant même plus rapide sur un tour – alors que les équipages avaient pourtant fière allure. A propos d’équipages, il conviendra de préciser que Nicolas Prost a certainement été le seul avec Guy Smith à ne pas commettre de faute. Enfin, la fiabilité n’est toujours pas au rendez-vous. Décidemment, cette B09/60, dont on attendait tant, ne confirme pas son potentiel…
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Que dire de la dernière Lola présente au départ des 24 Heures du Mans ? Et bien l’aventure du Autocon Motorsports a pris fin dès le premier tour de l’épreuve, la Lola B06/10 abandonnant suite à une boite de vitesses cassée. L’équipe américaine n’aura donc pas fait mieux que JLOC l’an dernier. C’est dire si la prestation est de haute volée ! Déjà, lors des essais, le trio Lewis/Burgess/Willman était hors du coup. Il suffisait d’ailleurs de regarder l’état de cette Lola pour se convaincre que sa place n’était pas sur la grille. L’aide du Chamberlain Motorsport n’a rien changé. Le voyage en Sarthe semblait bien trop grand pour Autocon, qui avait déjà montré ses limites en ALMS, avec une auto rarement fiable, qui n’avait d’ailleurs pas pris le départ des 12 Heures de Sebring suite à un problème mécanique.
Team Kolles : Pas de miracle…
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(Nous avons placé le Team Kolles dans la partie Essence, majoritèrement consacrée aux équipes privées, ndlr) L’Audi R10 TDI a beau être solide, il lui faut un minimum de préparation pour venir à bout des 24 Heures du Mans. Et ce qui devait arriver, arriva : deux abandons pour le Team Kolles, qui n’a certainement pas fait honneur au mythe sarthois. Le jugement peut paraître sévère, mais les deux R10 TDI faisaient peine à voir dans la pitlane. Dans un état à la limite du correct, ces autos, trois fois victorieuses au Mans, méritaient sans aucun doute une meilleure retraite. Quoi qu’il en soit, avec les brides généreusement accordées par l’ACO, le Team Kolles réussissait des qualifications honorables, avec les 12e et 13 chronos. Pas si mal pour une voiture si âgée qui avait sorti son museau une seule fois depuis le début de l’année.
Pilotée par un trio relativement homogène, Jarvis/Bakkerud/Albers, la n°15 allait même faire une prestation intéressante. Les trois hommes, relativement constants et fiables, grimpaient dans la hiérarchie au fur et à mesure que les heures passaient. Preuve qu’au Mans, la sagesse paye… Cette course d’attente, entravée seulement par un tête à queue de Albers samedi en début de soirée, menait la n°15 jusqu’à la 7e position. Malheureusement, la belle histoire allait prendre fin en fin de matinée. Bakkerud passait d’abord par un bac à graviers au cours de la 21e heure. Trois tours de perdus et un changement de capot arrière, mais rien de dramatique. Dramatique, la 22e heure le sera : c’est en effet à 2h15 de l’arrivée que la n°15 devait abdiquer, boite de vitesses cassée.
La n°14 n’aura pas fait aussi bonne figure que sa jumelle. Certes, Christophe Bouchut avait pris un très bon départ et il emmenait d’ailleurs le peloton des voitures non-officielles. Une belle performance en soit. Malheureusement, cette R10 TDI allait rapidement rentrer dans le rang. Elle plongeait même dans le classement après un accrochage au début de la septième heure, suite à un contact sous safety car. Après un bon quart d’heure de perdu, la n°14 reprenait la piste avec un seul objectif : rallier l’arrivée. Las, l’abandon était inéluctable au milieu de la nuit, suite à une sortie de piste…
Ginetta-Zytek : L’aventure a tourné court…
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Après des 8 Heures du Castellet décevantes, le Beechdean-Mansell Motorsport avait décidé de faire l’impasse sur les 1000km de Spa. La Ginetta-Zytek devait en effet rouler en essais pour mettre au point un kit aéro 2010 qui ne répondait pas aux attentes. La famille Mansell n’a semble-t-il pas trouvé la bonne solution si l’on en croit les performances réalisées en essais, la n°5 se qualifiant derrière les deux meilleures LMP2… Pire, les premiers pas de Nigel Mansell ont viré au cauchemar avec une sortie de piste dès la fin du premier quart d’heure, suite à une crevaison lente. Le Champion du Monde F1 1992 est reparti en ambulance, victime d’une commotion cérébrale. Ces fils, Leo et Greg, n’ont donc pas pris le volant en course et il reste maintenant à savoir ce qu’il adviendra d’un projet qui s’inscrivait à l’origine sur la durée.
Anthony Megevand









