L’activité est intense chez Onroak Automotive à une bonne semaine du deuxième rendez-vous du Championnat du Monde d’Endurance de la FIA. Entre la révision des deux Ligier JS P2 du G-Drive Racing, la #35 du OAK Racing, la construction de la Ligier #34 pour Le Mans et les deux JS P2 des Américains Tequila Patron ESM, les journées sont bien remplies. En parallèle, le bureau d’études planche toujours sur la Ligier JS P3 dont la présentation aura lieu dans le cadre des 24 Heures du Mans. Philippe Dumas et son équipe sont donc bien occupés mais le très actif team principal de G-Drive Racing et Onroak Automotive nous a accordé un entretien et une visite guidée des ateliers.
La construction des deux Ligier JS P2 de Tequila Patron ESM rajoute un peu de stress ?
« C’est un peu la course contre la montre mais un shakedown est prévu le 27 avant de se rendre à Spa. Ce nouveau challenge est pour nous une sacrée prouesse. ESM est une belle équipe avec une aventure basée sur le long terme. Nous aurons donc deux Ligier supplémentaires en FIA WEC à compter de Spa, qui plus est avec un moteur Honda, ce qui demande une adaptation au niveau de certaines pièces. Monter des autos « à la chaîne » est nouveau pour nous et nous sommes attendus au tournant. Il faut environ six semaines pour monter le tout. L’équipe y arrive car elle est compétente sur le sujet. Le gros avantage est d’avoir HP Composites en soutien même si beaucoup de pièces sont faites en interne. A ce jour, Onroak Automotive représente environ 60 personnes. Le bureau d’études se concentre principalement sur la Ligier JS P3 tout en restant attentif à la nouvelle réglementation LM P2 2017. »
Cela n’a pas posé de problème que Tequila Patron ESM vienne se battre contre G-Drive Racing ?
« La question a le mérite d’être posée mais nous avons bien aplani le sujet avec Scott Sharp. Nous sommes 100% transparents avec nos clients. G-Drive Racing n’a aucun avantage sur les autres équipes clientes. A titre d’exemple, nous avons un magasin pour les pièces. OAK et G-Drive sont des clients de Onroak Automotive. Il n’est pas question de se servir sans demander. C’est aussi quelque chose de nouveau pour nous. Toutes les données sont partagées avec chaque équipe cliente et nous nous y tenons. »
A quoi servent les deux châssis démontés ? (Une Ligier et une Morgan sont stockées dans une pièce dédiée)
« Cela permet de monter les pièces avant de les envoyer à nos clients. De fait, il suffit de les monter sans avoir à les ajuster. C’est un gain de temps précieux pour les équipes, notamment pour Michael Shank Racing dont la Ligier est stockée aux Etats-Unis (des caisses sont en partance pour Laguna Seca, ndlr). »
Krohn Racing a choisi le Technoparc pour sa base européenne. Un choix judicieux ?
« Ce n’est pas un secret que de dire que c’est compliqué pour une équipe américaine de disputer un championnat européen. L’équipe est basée dans un atelier face à Onroak Automotive. Pour ce qui est de la logistique, c’est un vrai avantage pour eux. Nous sommes ravis de les avoir à nos côtés. »
Vous préparez déjà 2017 ?
« Nous sommes dans l’attente de la réglementation mais la direction prise va dans le bon sens. Cependant, je suis partagé sur le fait d’avoir un moteur unique. Le système fonctionne plutôt bien et je ne vois pas tellement où va être la réduction des coûts. Je pense même qu’on pourrait assister à la fin de certains motoristes. Louer un moteur est la meilleure formule car cela permet un vrai suivi et d’avoir des discussions. Le bémol de la nouvelle réglementation est qu’elle pourrait mettre de côté des petits constructeurs. »
Le marché américain est aussi à suivre de très près…
« A double titre car il sera plus ouvert. Pour Onroak Automotive, la force de frappe est HP Composites qui sera capable de proposer un kit identifiable à une marque même si chacun pourra le faire de son côté. C’est justement le bon moment pour nous de développer Onroak Automotive en ayant un support client digne de ce nom. Il faut fidéliser et être prêt pour 2017, d’où la logique de ne plus avoir un team de course. En revanche, ce n’est pas illogique de mettre une auto aux Etats-Unis au sein d’un championnat professionnel. La catégorie P2 sur le continent américain est identique à ce que l’on trouve en P1 et ce sera encore plus le cas en 2017. Si on pouvait être le bras armé d’un constructeur, cela m’irait bien. Il y a aussi la possibilité de passer en LM P1 avec un vrai soutien d’un constructeur mais cela me semble plus réaliste d’aller aux Etats-Unis. Nous avons le châssis idéal et nous sommes reconnus. Un constructeur peut faire appel à nous, même en marque blanche. »
L’autre gros dossier du moment est la Ligier JS P3. Le programme avance dans les temps ?
« Pour le moment, la catégorie LM P3 est assez dure à positionner mais je pense qu’avec le temps, elle va devenir extraordinaire. Le prix d’achat et le coût de fonctionnement sont inférieurs de 50% à une GT3 actuelle. Nous tenons le délai prévu, c’est à dire de présenter l’auto la semaine des 24 Heures du Mans. Voir une Ligier JS P3 en compétition d’ici la fin de l’année est tout à fait réalisable. »
La saison FIA WEC se présente plutôt bien avec un doublé à Silverstone…
« La catégorie LM P2 franchit une nouvelle étape cette année, en termes d’autos, d’équipes et d’équipages. En 2014, tout le monde s’est un peu moqué mais la qualité était là. Sans faire injure à la concurrence, on devient la référence avec un vrai team spirit. La Ligier JS P2 est aussi une référence. Nos équipages sont très forts et l’osmose entre les pilotes est parfaite. La #26 de Julien (Canal), Sam (Bird) et Roman (Rusinov) est l’auto étalon. Pour ses débuts, Sam est juste remarquable. Quant à Julien et Roman, on connaît la valeur des deux. La #28 de Pipo (Derani), Ricardo (Gonzalez) et Gustavo (Yacaman) va en surprendre plus d’un. G-Drive Racing est bien armé en termes de pilotes. La Ligier plaît aussi bien aux professionnels qu’aux gentlemen. »
Depuis le départ d’Olivier (Pla) pour Nissan, qui fait office de pilote de développement ?
« Nous avons un tel panel de pilotes compétents qu’ils peuvent faire du développement sans problème lorsque le besoin s’en fera sentir. De plus, nous avons toujours une vraie affinité avec Olivier. »
Les 24 Heures du Mans représentent un sacré challenge vu le nombre de châssis Onroak Automotive au départ…
« C’est une grosse organisation entre les Ligier et les Morgan. Nous ferons rouler trois spécifications différentes avec Judd, Nissan et HPD. Il y aura d’ailleurs autant de HPD que de Nissan. C’était à l’origine un pari assez fou que de mettre un moteur HPD au Mans en 2014 sans avoir eu vraiment le temps de tester l’auto avec cette motorisation. Cette année, nous tentons le pari du HPD sur la #34 même si c’est un peu dur au niveau du poids. Nous avons maintenant de bonnes données sur cette motorisation qui je pense peut devenir une excellente voiture. »
Les photos des ateliers Onroak Automotive sont ici




