La saison 2014 du Challenge d’Endurance GT/Tourisme a été extrêmement disputée, avec son épilogue lors de la dernière course seulement, sur le circuit portugais d’Estoril.
Si la Porsche 911 GT3-R n°17 du Ruffier Racing, pilotée par Patrice Lafargue et Paul Lafargue, le père et le fils, a été finalement couronnée, ce n’a pas été au terme d’une promenade santé, mais après une lutte au coude avec la Ferrari 458 GT2 du team Visiom et après que d’autres voitures et équipages se soient mis en valeur au cours de la saison. Il suffit de regarder les statistiques de la saison :
Pole positions : 4 pour la Ginetta G5 GT3 n°55 Team LNT (Barcelone, Paul-Ricard, Motorland Aragon, Estoril) ; 2 pour la Porsche 911 GT3-R n°17 du Ruffier Racing (Le Mans, Magny-Cours) ; 1 pour la Ferrari 458 GT2 n°2 du team Visiom (Dijon)
Meilleurs chronos en qualification : 2 pour la Ferrari 458 GT3 n°60 Ombra Racing (Andrea Montermini au Paul-Ricard et à Estoril), 1 pour l’Audi R8 LMS Ultra n°4 du team WRT(Julien Jousse à Barcelone), 1 pour la Ferrari 458 GT3 AF Corse n°51 (Rui Aguas au Mans), 1 pour la Ferrari 458 GT2 n°2 du team Visiom (Jean-Bernard Bouvet à Dijon), 1 pour la Ginetta G5 GT3 n°55 du team LNT (Mike Simpson à Motorland Aragon) et 1 pour la Porsche 911 GT3-R n°17 du Ruffier Racing (Paul Lafargue à Magny-Cours)
Meilleurs temps en course : 3 pour la Ginetta G55 GT3 LNT (Mike Simpson au Mans, à Magny-Cours et à Estoril), 1 pour la Porsche 911 GT3-R n°44 du team Nourry Compétition (David Loger à Barcelone),1 pour la Ferrari 458 GT3 Ombra Racing (Andrea Montermini au Paul-Ricard),1 pour l’Audi R8 LMS AB Sport Auto (Maxime Jousse à Dijon) et 1 pour la Ferrari 458 GT3 AF Corse n°51 (Rui Aguas à Motorland Aragon)
Victoires : 2 pour la Porsche 911 GT3-R n°17 du Ruffier Racing (Le Mans et Paul Ricard, 2 pour la Ferrari 458 GT2 n°2 du team Visiom (Jean-Paul Pagny/Thierry Perrier/Jean-Bernard Bouvet) à Barcelone et Motorland Aragon), 1 pour la Ginetta GT3 55 n°55 du team LNT (Lawrence Tomlinson/Tom Sharp à Dijon), 1 pour la Porsche 911 GT3-R n°44 de Nourry Compétition (David Loger/Eric Mouez/Franck Morel à Andrea Montermini/Mario Cordoni/Marco Zanuttini à Magny-Cours) et 1 pour la Ferrari 458 GT3 n°60 de l’Ombra Racing (Estoril).
Ces statistiques suffisent à montrer la compétitivité du plateau des GT, les Silhouettes engagées cette année n’ayant souvent fait que de la figuration, et cela ne fait que rehausser les mérites des vainqueurs 2014 du Challenge, Patrice Lafargue, le père, et Paul Lafargue, le fils.
Patrice et Paul Lafargue (Porsche 911 GT3-R Ruffier Racing n°17)
Le père et le fils ont fait une saison exceptionnelle. Ils ont constitué un équipage très homogène, même si Paul, sans respect de l’âge, a été plus rapide que son père. N’étant pas considéré comme pilote Elite (ce qu’il aurait peut-être dû être, si on considère son meilleur chrono en qualifications à Magny-Cours, devant tous les pilotes Elite), seul le meilleur chrono de l’équipage de la Porsche n°17 était pris en compte pour la grille de départ –contrairement aux équipages comprenant au moins un pilote Elite, où le chrono retenu était la moyenne des deux meilleurs temps de l’équipage- , et comme les chronos de Paul étaient excellents, la Porsche s’est trouvée régulièrement bien placée sur la grille de départ (6ème place à Barcelone, 1ère place au Mans, 2ème au Paul Ricard, 7ème à Dijon où Patrice avait été plus rapide que son fils, 5ème à Motorland Aragon, 1er à Magny-Cours et 7ème à Estoril). Si leur place sur la grille avait été déterminée à la moyenne, ces places auraient respectivement 9ème, 4ème, 5ème, 7ème, 8ème, 3ème et 7ème etla Porsche peut-être davantage prise par le trafic. De plus, Paul n’était pas concerné par le temps limite à bord imposé aux pilotes Elite et lui et son père avaient donc plus de latitude quant à la stratégie de leurs relais.
Ceci étant, la règlementation était connue de tous et ces considérations n’enlèvent rien à la qualité de la saison de Lafargue père et fils. Après une belle deuxième place à Barcelone pour l’ouverture de la saison, ils ont pris la tête du classement dès la manche suivante à la suite de leur succès sur le circuit Bugatti au Mans. La suite de la saison a été de la même veine : deuxième victoire au Paul-Ricard, troisièmes à Dijon, deuxièmes à Motorland Aragon et à Magny-Cours…Ils arrivaient à Estoril pour la finale du Challenge forts de deux victoires, trois deuxièmes places et une troisième, six podiums, le tout en six courses ! Ceci leur donnait un joli matelas de sécurité sur la Ferrari 458 GT2 du team Visiom, 36,5 points exactement. La situation était des plus favorables pour les pilotes du Ruffier Racing, car seule une victoire de la Ferrari pouvait donner le titre à Jean-Paul Pagny, Thierry Perrier et Jean-Bernard Bouvet, et encore à condition que Patrice et Paul Lafargue ne fassent pas mieux que cinquièmes…
Pourtant, ils ont failli tout perdre au Portugal. Tout commençait de la plus mauvaise des façons le vendredi lors d’essais privés. Patrice Lafargue s’accrochait avec une Lamborghini et la Porsche n°17 était très endommagée, au point qu’elle ne pouvait être remise en état pour la suite du week-end. Heureusement, le Ruffier Racing avait été prévoyant et avait amené au Portugal une deuxième Porsche 911 GT3-R, un modèle 2012, qui pouvait permettre à Patrice et Paul Lafargue de participer à la course. Celle-ci semblait se dérouler pour le mieux, la Porsche n°17 pointant en fin de course à la troisième place –ce qui aurait fait sept podiums en sept courses !- , ce qui lui assurait le titre même en cas de victoire de la Ferrari Visiom. Cependant, ce scénario idyllique aurait pu se transformer en cauchemar. Paul n’ayant pas respecté les soixante minutes de repos règlementaires entre chaque relais, la Porsche était lourdement pénalisée –huit tours- et retombait à la onzième place de la course. Il aurait suffi que la Ferrari n°2 remporte la course pour s’attribuer le Challenge. Heureusement pour la famille Lafargue, la Ferrari GT3 du Ombra Racing est restée en tête jusqu’au bout et les pilotes Visiom ont dû se contenter de la deuxième place de la course et de la deuxième du Challenge GT/Tourisme, à 6,5 points seulement de Patrice et Paul Lafargue. N’empêche, rétrospectivement, ces deux derniers ont dû avoir quelques frissons…Il aurait été cruel de perdre le titre dans ces conditions !
Jean-Paul Pagny, Thierry Perrier et Jean-Bernard Bouvet (Ferrari 458 GT2 Team Visiom n°2)
Pourtant, ce sont les pilotes de la Ferrari Visiom qui peuvent avoir le plus de regrets après cette dernière manche d’Estoril. Le contrat était simple avant la manche portugaise : gagner en espérant que la Porsche Ruffier ne fasse pas mieux que cinquième. Si, en course, la Ferrari n°2 ne put rien face à la Ferrari GT3 Ombra Racing pilotée par un Andrea Montermini des grands jours, peut-être revanchard à la suite de la perte de son titre en GT Open la semaine précédente à Barcelone, la pénalité infligée à Paul Lafargue après la course pouvait laisser un goût amer aux pilotes Visiom. Perdre le titre à cause d’un concurrent ne faisant que quelques apparitions périodiques dans le Challenge, et qui plus est une Ferrari, de quoi pester…
La saison avait pourtant bien commencé, avec une victoire pour le trio à Barcelone. Au Mans, tout semblait se dérouler pour le mieux après une belle joute avec la Ferrari GT3 AF Corse de Rui Aguas et la Ginetta LNT, mais la mécanique de la Ferrari fit des siennes. Score vierge pour la n°2 qui abandonne la tête du classement du Challenge. Nouvelle désillusion au Paul Ricard où cette fois c’est la boîte de vitesses qui casse…Nouveau score vierge et un gros retard au championnat. Heureusement, la suite de la saison fut tout autre, avec un finish en trombe : deuxième place à Dijon derrière la Ginetta, victoire à Motorland Aragon, troisième place à Magny-Cours, derrière la Porsche Nourry Compétition et la Porsche Ruffier, et deuxième à Estoril. En fait, c’est peut-être à Magny-Cours que le titre s’est joué, pour 34 petites secondes, l’écart séparant à l’arrivée la Porsche n°17 de la Ferrari n°2. 34 secondes après une saison riche de 27 heures de course, c’est peu certes mais c’est suffisant pour un titre. Depuis son titre de 2008 avec la Ferrari 430, le team Visiom flirte chaque année avec le titre mais à la fin c’est toujours une Porsche qui gagne. 2015 pour vaincre le signe indien ?
La Porsche Ruffier et la Ferrari Visiom ont dominé le classement du Challenge, totalisant à elle deux onze podiums sur vingt-et un possibles. Les deux équipes étaient très bien structurées et ont été à la hauteur de leur réputation. Pour autant, l’année 2014 ne se résume pas uniquement à ce duel car les animateurs du Challenge ont été nombreux.
Même si elle n’occupe pas la troisième place sur le podium, il est difficile de ne pas faire la part belle à la Ginetta G55 GT3 du team LNT. L’équipe britannique a délaissé cette année le British GT –où elle n’a fait qu’une apparition en fin de saison- pour se consacrer pleinement à la VdeV Endurance Series, et Eric Van de Vyver et son staff ne vont pas s’en plaindre. D’une part, elle a apporté encore davantage de diversité au plateau et surtout elle s’est montrée fréquemment à son avantage comme en témoignent ses quatre pole positions, son meilleur chrono des qualifications à Motorland et ses trois meilleurs tours en course.
La fiabilité n’a par contre pas toujours été au rendez-vous et la Ginetta a souvent terminé hors des points ou a abandonné. Heureusement, la course de Dijon, par une météo très britannique, a donné sa première victoire à la belle anglaise –troisième marque donc à s’imposer en 2014 avec Porsche et Ferrari- qui a également pris la quatrième place à Magny-Cours. Mike Simpson était l’homme de base du team et le pilote-essayeur de Ginetta a été sans conteste l’un des pilotes de la saison du GT/Tourisme, faisant preuve d’un réel talent. Simpson n’était pourtant pas au volant lors du succès de Dijon, remplacé par le jeune Tom Sharp, et la victoire de la Ginetta en Bourgogne n’en prend que plus de relief. La Ginetta GT3 a toujours été bien conduite, que ce soit par Lawrence Tomlinson, le patron de Ginetta, par Tom Sharp,Charlie Robertson ou Tom Oliphant qu’on a vu également à son volant cette année.
La Ginetta a séduit cette année et on ne demande qu’à la revoir l’année prochaine. Ses performances auront peut-être séduit quelques amateurs, qui sait ?
C’est une Porsche qui complète le podium du Challenge, la 911 GT3-R de Nourry Compétition qui a été elle aussi toujours en vue au cours de la saison. La voiture est toujours aussi bien préparée par les hommes de Michel Nourry et David Loger et Eric Mouez, vainqueurs du Challenge 2009, ont obtenu de beaux résultats, avec une victoire à Magny-Cours, deux troisièmes places au Mans et à Motorland et une quatrième au Paul Ricard. David Loger a de nouveau prouvé qu’il était parmi les plus rapides de la catégorie.
La Ferrari 458 GT3 de l’équipe italienne Ombra Racing n’a fait que quelques apparitions cette année en VdeV Endurance Series, mais elle a été à chaque fois prétendante à la victoire. Le team est rompu aux joutes compétitives de l’International GT Open et elle pouvait sur une pilote de pointe avec un Andrea plus Montermaxi que Montermini…Comme on l’a vu, la Ferrari Ombra a joué un rôle capital pour le titre, son succès d’Estoril permettant à Patrice et Paul Lafargue de remporter le Challenge.
Le Porsche Lorient Racing disposait également d’une Porsche 911 GT3 R et à bord de la Porsche n°007, Gilles Blasco et Frédéric Ancel ont fait une belle saison, très régulière, Frédéric Ancel figurant régulièrement parmi les pilotes les plus rapides de la catégorie GTV1.
Une troisième Ferrari a été remarquée au cours de la saison, celle du team italien AF Corse, les duettistes Rui Aguas et Robert Kauffmann disputant quelques courses. On ne rappellera pas la qualité de l’équipe italienne, et le portugais Rui Aguas a démontré, notamment au Mans, qu’il était un des très bons pilotes GT. Nul doute qu’avec un coéquipier plus rapide la Ferrari n°51 aurait pu elle aussi jouer les trouble-fêtes.
La catégorie GTV2 aura été disputée jusqu’au bout, avec l’épilogue dans l’ultime manche à Estoril. Porsche n’a pu réaliser le triplé GTV1-GTV2-GTV3 puisque Franck Thybaud et son Audi R8 LMS n°45 de AB Sport Auto ont finalement décroché la timbale grâce à la quatrième place d’Estoril où Thybaud était épaulé par Thierry Proust et Michel Wegelin.
L’Audi a montré avec Julien Jousse et la R8 LMS WRT à Barcelone ou avec Maxime Jousse et la R8 LMS AB Sport Auto tout au long de la saison qu’elle était compétitive et qu’elle pouvait être une option face aux Porsche, Ferrari ou Ginetta.
La Porsche 997 Cup S Almeras a défendu ses chances jusqu’au bout et Gérard Tremblay a échoué d’un rien pour le titre de la catégorie. Pierre Martinet et Gérard Tremblay étaient bien entourés cette année avec pour troisièmes hommes Franck Perera ou Côme Ledogar, pas les moins rapides!!.
Les Mosler MT900 n’ont pas déparé le plateau avec une silhouette toujours aussi impressionnante. Oliver Campos a toujours signé des chronos intéressants et, avec une fiabilité un peu meilleure, les Mosler auraient très bien pu titiller l’Audi et la Porsche pour le titre.
La victoire en GTV3 ne s’est décidée également qu’à Estoril et c’est finalement Manuel Nicolaidis et la Porsche 997 Cup n°56 du Team RMS qui l’ont obtenue.
Le classement complet du Challenge 2014 est ici











