Décidément Christophe Bouchut a dû emmener dans ses bagages bien malgré lui un chat noir à Austin puis à Fuji. Sur le Circuit des Amériques, le Bourguignon a été à deux doigts de se faire percuter violemment par une Porsche 919 Hybrid alors que sa CLM P1/01 était en fâcheuse posture dans des conditions météorologiques dantesques. A Fuji, l’incendie de sa LM P1-L à l’entrée de la voie des stands a semé la panique au sein du paddock FIA WEC. Passé tout près de la catastrophe à deux reprises en très peu de temps, Christophe Bouchut ne tient pas à tester l’expression « jamais deux sans trois ». C’est pourquoi son aventure avec Lotus s’arrête là pour cette année, mais ce n’est pas pour autant que le vainqueur des 24 Heures du Mans 1993 va mettre un terme à sa carrière. Rouler, oui, mais pas pour se faire des frayeurs sur chaque meeting. Entretien avec un pilote qui a bien conscience d’être passé très près de la correctionnelle… (In English)
Tout d’abord, aucune séquelle après l’incendie de Fuji ?
« Non, tout va bien ! Durant plusieurs jours, j’ai eu des douleurs à l’œil gauche car j’ai été exposé à une grosse chaleur. Je suis passé tout près d’une situation catastrophique. Mes sourcils ont partiellement brûlé. J’ai passé des examens concernant la cornée pour vérifier que tout allait bien. Cela ne m’empêche en rien de piloter. »
Austin avait déjà été compliqué sur le plan émotionnel… (la vidéo est à voir ici)
« Là aussi on est passé près d’un drame. J’étais perpendiculaire à la piste avec un moteur qui ne voulait pas redémarrer. Etant assis du côté droit dans la voiture, j’ai commencé à me détacher pour sortir car si une voiture arrivait en perdition, j’étais mal en point. Puis, je me suis ravisé en me disant que je pouvais me faire percuter en quittant la voiture. J’ai tenté la manœuvre de la dernière chance en faisant reculer mécaniquement l’auto. Par chance, cela a fonctionné. Dans le cas contraire, je ne sais pas ce qui serait arrivé avec une Porsche LM P1 qui est sortie à haute vitesse exactement au même endroit où j’étais arrêté. Il s’est passé environ deux tours avant le drapeau rouge ne soit sorti. Il y a de quoi être remonté contre la direction de course. C’était le chaos en bout de ligne droite. J’ai 28 ans de course automobile à haut niveau derrière moi et jamais je n’ai eu l’impression d’être passé aussi près du couperet. »
« Je sais qu’un pilote automobile prend des risques mais le jamais deux sans trois n’est pas pour moi. Cependant, je vois cela comme un hasard. Je préfère donc mettre un terme à ma saison avec Lotus. J’apprécie beaucoup l’équipe et j’ai aussi conscience que c’est bien pour eux de faire rentrer un pilote qui amène un budget car l’incendie engendre de gros frais. J’ai toujours suivi mon feeling. Quand on ne le sent pas, on ne le sent pas. »
Quelle est l’origine de l’incendie ?
« Un dérèglement de la pompe à essence. Une durit d’essence a lâché et cette durit était orientée vers le turbo et elle a renvoyé de l’essence sous pression dans l’habitacle. Quand j’ai arrêté l’auto, il y avait le feu dans le cockpit. Tout l’intérieur était en flamme. Mon gant gauche est brûlé comme si il avait été jeté dans une cheminée. Je suis resté entre dix et quinze secondes dans les flammes. On ne peut que remercier les normes de sécurité concernant l’équipement du pilote. Psychologiquement, ce n’est pas quelque chose de facile à vivre. Je tiens à exprimer tous mes remerciements à l’équipe Rebellion Racing qui s’est précipitée pour éteindre l’incendie. Sans eux, l’auto aurait certainement brûlé intégralement. Ce sont nos concurrents sur la piste, mais je remercie chaque personne pour son esprit sportif. C’est extrêmement valeureux et sportif. »
Il y a des améliorations à apporter sur la sécurité ?
« J’en ai parlé récemment à Jean Todt, Président de la FIA. Je considère que le drapeau rouge a été sorti trop tard à Austin. J’en ai également discuté avec Alexander Wurz et d’autres pilotes. Tous sont unanimes sur le sujet. Selon la direction de course, il n’y a pas de problème. Ce qui n’est pas mon avis, loin de là… A Fuji, j’aurais pu arrêter l’auto à un autre endroit. J’ai préféré tout faire pour la mettre en toute sécurité et ne pas aller jusque dans la voie des stands. Là aussi on est passé tout près d’un accident car des commissaires venant éteindre l’incendie ont bien failli se faire percuter par une Audi qui ravitaillait. L’ensemble du paddock est d’accord avec moi sur ce sujet, au nom de la sécurité. Il faut trouver des solutions pour que ce genre de situation ne se reproduise pas. Par deux fois, j’ai été au cœur du problème. »
« Je reste ouvert à toute proposition. Je souhaite recréer quelque chose avec un gentleman ou une équipe. J’y travaille. J’ai bien conscience qu’aujourd’hui je reste un privilégié au regard des années passées. Beaucoup apportent du budget. Il y a de moins de moins de pilotes qui ne paient pas pour rouler. Poursuivre l’aventure avec Lotus fait partie des possibilités avec un planning à la carte. Le sport automobile coûte beaucoup d’argent. Au-delà de 50 ans, il devient compliqué de trouver un contrat professionnel. »
Selon toi, la CLM P1/01 sera à Shanghai ?
« Le plus gros problème reste le câblage électrique et le manque de pièces. Cependant, l’équipe est motivée et compétente. A Austin, l’auto était prête une heure seulement avant le départ car il a fallu réparer la boîte de vitesses. A Fuji, nous avons perdu du temps suite à un capot avant endommagé. La CLM P1/01 est neuve et les courses de fin de saison sont lointaines. »

