La CLM P1/01 prend part ce week-end sa deuxième course après celle disputée il y a trois semaines à Austin. Christophe Bouchut, Pierre Kaffer et James Rossiter se partagent le baquet de la nouvelle LM P1-L qui porte maintenant le nom de CLM et non Lotus. Présent avec le team allemand dirigé par Colin Kolles l’an passé avec la Lotus T128, Christophe Bouchut poursuit donc l’aventure avec la structure qui bat désormais pavillon roumain. Le potentiel de la LM P1-L semble bien là avec de bons débuts malgré quelques difficultés rencontrées sur le Circuit des Amériques. La boîte de vitesses a d’abord cédé durant les essais avant que l’ancien vainqueur des 24 Heures du Mans se fasse une belle frayeur sous l’eau. Entretien avec Christophe Bouchut qui fait son retour au Japon ce week-end après plus de 20 ans d’absence…
Que retenir des débuts en compétition de la CLM P1/01 ?
« Avant d’envoyer l’auto aux Etats-Unis, nous n’avions disputé que six journées d’essais où aucun souci n’est venu troubler le roulage. A Austin, on peut dire que ça a été tout le contraire, notamment à cause de la température extérieure. L’auto était très survireuse. Nous avons effectué des modifications de réglages sans prendre part à des essais. Il y a eu également un problème de boîte de vitesses, ce qui nous a fait perdre du temps de roulage. J’ai pris le départ sous la pluie avant de me faire une belle frayeur. »
« J’avais un problème de radio qui ne fonctionnait plus, ce qui fait qu’il était compliqué de recevoir les infos. J’ai perdu le contrôle de l’auto sur une piste rendue très glissante par la pluie. La voiture n’a pas redémarré alors qu’elle était perpendiculaire à la piste en plein milieu de la trajectoire. J’ai tout fait pour la reculer avec l’aide du démarreur, ce que je suis parvenu à faire. J’étais vraiment dans une mauvaise posture. J’ai vécu les cinq minutes les pires de ma vie. En très peu de temps, plusieurs autos sont sorties au même endroit. Une dizaine de secondes après que j’ai réussi à me sortir de ce faux pas, une Porsche LM P1 est sortie exactement au même endroit. S’il y avait eu contact entre les deux, les dégâts auraient été importants pour les deux LM P1. Selon moi, la direction de course a attendu trop longtemps avant de sortir le drapeau rouge. C’était inconduisible. Nous étions déjà partis de la voie des stands compte tenu de notre absence lors des qualifications. Partir en fond de grille rajoute du danger à tout le monde, notamment avec les GT. »
« Elle est au moins l’équivalente de la Rebellion R-One. Nous étions plus rapides qu’eux sous la pluie. On peut comparer leur course à Spa à la notre à Austin. Le résultat final nous a ravi. Il faut accepter que l’auto est complètement neuve. A Austin, nous avions l’une des meilleures vitesses de pointe. Cependant, l’objectif n’est pas de terminer troisième à chaque course. »
L’idée est de prendre cette seconde partie de saison comme des séances d’essais grandeur nature ?
« Pour le moment, nous sommes dans l’optique de prendre de l’expérience même on sait que l’on décrocher de bons résultats dès cette année. Lors de nos essais au Lausitzring, l’auto était très performante. Si on parvient à reproduire cette performance, alors on sera devant Rebellion Racing. »
Se rapprocher des constructeurs LM P1-H est du domaine du possible ?
« Le challenge est perdu d’avance. Henri Pescarolo a essayé de le faire. C’est du temps perdu que de penser cela. On ne peut pas se battre contre des constructeurs qui dépensent dix fois plus que les équipes privées. Il faut juste que l’équilibre soit correct. La course est comme cela. Est-ce que les équipes de fond de grille en Formule 1 peuvent l’emporter ? Ce sont des batailles d’argent et de développement. La première étape est de se rapprocher. La FIA et l’ACO ont mis en place une belle catégorie LM P1-L avec des autos très proches. Il faut aider les petites équipes. La BOP a toujours plus ou moins existée en GT, mais pas en LMP. Lorsque j’ai remporté les 24 Heures du Mans en 1993, on suivait un règlement technique sans se soucier du reste. »
Fuji est un tracé qui te plait ?
« Je suis venu ici il y a 22 ans en Formule 3 à une époque où rien n’était acquis dans ma vie de pilote. Je n’étais jamais revenu depuis. Vingt-deux ans plus tard, ma carrière est faite. C’est pour moi un sentiment de satisfaction. A ce moment-là, j’avais encore des envies de Formule 1. Depuis, j’ai roulé dans beaucoup de championnats avec un certain succès. Le programme Lotus s’est finalisé assez tardivement. Aujourd’hui, je suis occupé à plusieurs choses et je ne cherche plus à rouler comme avant. Je ne respire plus le même air de compétition que lorsque j’étais plus jeune. Toutefois, je prends encore beaucoup de plaisir à rouler et je compte bien poursuivre l’aventure avec Lotus. Le FIA WEC demande beaucoup d’investissement personnel. Malgré tout, la course est dans mes veines. »
Pour faire le parallèle avec les autos plus anciennes, le pilotage est plus facile de nos jours, notamment sous la pluie ?
« C’est plus facile par les temps qui courent. Au Mans, il n’y avait pas de paddle shift, pas de traction control, des pneus 1,5 fois plus larges, le tout pour une puissance supérieure. Aujourd’hui, les pilotes roulent beaucoup sur simulateur en perdant la notion du risque. Les autos actuelles sont bien plus faciles à piloter. Avant, si tu étais moyen, c’était visible de suite. Il n’y avait pas toutes les acquisitions de données. Maintenant, chaque pilote repart chaque soir avec toutes les données. Pour ma part, je pilote encore au feeling plutôt que de regarder un écran d’ordinateur. Les pneus ont beaucoup progressé, tout comme l’aéro. »