Depuis les 24 Heures du Mans, Allan McNish ronge son frein. Il n’a en effet pas eu l’occasion de retrouver la compétition depuis le 14 juin dernier. Ce sera chose faite à l’occasion du Petit Le Mans et il est peu dire que l’Ecossais a une faim de Lion. Avec sa franchise habituelle, Allan nous libre ses sentiments avant le début des essais…
Allan, comment ça va depuis Le Mans ?
« Hum… Je m’ennuie (rire) ! Cela fait trois mois que je n’ai pas disputé une course. D’un autre côté, j’ai été très occupé : cette année, il y beaucoup d’événements marketing organisés pour les 100 ans d’Audi et le lancement de la R10 de série. J’ai beaucoup voyagé : je me suis rendu sur plusieurs continents, un peu comme lorsque je pilote. La différence, c’est que j’ai peu roulé ! »
Est-ce que tu as fait des tests avec l’Audi R15 ?
« Personnellement un, et il y en a eu d’autres. L’un des objectifs étaient de comprendre les problèmes que nous avons rencontré au Mans, notamment sur le plan technique. L’autre but était de travailler sur le set-up dans l’optique du Petit Le Mans. »
A propos des 24 Heures, quel est ton sentiment plusieurs mois après cette troisième place ?
« J’ai à peu près la même sensation qu’une heure après l’arrivée ! Nous n’avons pas pu tirer le meilleur de la voiture, car nous avons raté le set-up. Il faut reconnaître que Peugeot a fait un excellent travail et que nous n’avions pas la voiture pour gagner. C’était clair et net. Et c’est une déception. »
Cette défaite, elle s’explique par la jeunesse de la R15 ?
« Je crois que ce n’est pas une seule chose. Tout d’abord, il y a le fait que nous roulions avec une nouvelle voiture, mais aussi que la Journée Test a été annulée, qu’il y a de la pluie le premier jour… Le jeudi, pour les qualifications, nous devions travailler sur les pneus, mais du coup nous n’avons pas eu beaucoup de temps à consacrer au set-up. Avec plus de temps, nous aurions été mieux préparer, mais il ne faut pas se chercher des excuses. Je pense aussi qu’il y a deux ans une telle prestation nous aurait suffit pour gagner. Quelque part, c’est un point positif : cela veut dire que la compétition est plus relevée qu’elle ne l’était ! »
Mais vous aviez pourtant gagné à Sebring…
« Oui, mais tout est différent. Le circuit est différent, le règlement dans les stands, la durée des relais etc. A titre d’exemple, à Sebring nous pouvions faire des simples relais car le changement de pneus coûtait bien moins de temps. C’est une autre course, un autre monde en fait. Et je pense que si Petit Le Mans est plus proche de ce monde là que de celui du Mans, ce n’est pas tout à fait pareil qu’à Sebring. »
Tu espères donc gagner Petit Le Mans ?
« Mais j’espérais aussi remporter les 24 Heures ! Trois mois sans courir, c’est long. Et même si j’ai déjà connu pareille situation, avec Toyota notamment, je sens l’adrénaline monter… Comme toujours, l’objectif sera de gagner. »
Seulement gagner, ou préparer 2010 ?
« Tout le monde dit vouloir préparer 2010. Alors bien sûr, il y a une raison technique à un engagement ici à Petit Le Mans, mais notre job, c’est de gagner. Nous sommes payés pour cela. Quand Peugeot arrive à Sebring en disant qu’ils ne viennent pas pour s’imposer, quand ils disent qu’ils viennent ici pour préparer l’an prochain, je ne les crois pas. On sait tous que c’est dans les grandes courses que l’on apprend le plus, mais on veut d’abord monter sur la première marche du podium. »
Pour poursuivre sur le sujet Peugeot, ils vous annoncent favoris dans leur communiqué de presse…
« Peugeot dit beaucoup de choses dans ses communiqués (rire)… Je sais juste qu’ils ont terminé à moins de cinq secondes de nous l’an dernier. Alors qu’ils roulaient pour la première fois ici ! »
Mais Audi a sorti la R15 depuis. Vous avez donc une meilleure voiture ?
« Oui la R15 est meilleure, mais il faudra bien l’adapter au circuit. De part sa configuration, Road Atlanta est également le tracé qui convenait probablement le plus à la R10. »
Penses-tu que Acura ou Oreca pourront vous menacer ?
« Sincèrement, je ne sais pas, mais je ne vois pas pourquoi on n’intégrerait pas les Essence à la course pour la victoire. Hormis Sebring, je n’ai pas vu les Acura courir. Je ne les ai suivi que par le Live Timing. Je pense simplement qu’ils n’ont pas le meilleur moteur Essence. Quant à Oreca, je les connais pour avoir déjà roulé chez eux. Ils ont fait des bons progrès grâce à leur nouveau kit aéro et ils ont gagné à Silverstone. Je ne connais pas le V10 AIM, mais on ne gagne pas à Silverstone sans moteur. C’est un circuit qui se rapproche de Road Atlanta et c’est ce qui me fait dire que Oreca sera compétitif. Je pense qu’ils seront particulièrement performants en fin de course. Et comme on peut rester dans le tour du leader avec les neutralisations… »
Petit Le Mans, c’est aussi un rendez-vous un peu particulier pour toi. L’an dernier, tu avais fait un festival… et rendu triste Peugeot.
« Pourquoi ne l’aurais-je pas fait ? Plus sérieusement, j’adore cette course et ce tracé. C’est un circuit d’homme, où il faut attaquer fort, et je prends toujours beaucoup de plaisir lorsque je viens ici. Depuis que j’ai découvert l’épreuve, en 1998 avec Porsche, j’ai la même envie. Qui plus est, il y a toujours des belles bagarres. Ces dernières années, les écarts étaient très réduits. »
Dernière question, quel est ton souhait pour 2010 ? Courir plus et si oui dans un championnat intercontinentale plutôt que dans une seule série Le Mans ?
« Courir plus, c’est vrai que c’est un souhait et je pense que le Dr Ullrich le partage. Si il n’y a pas eu d’ALMS et de Le Mans Series cette année, c’est compte tenu du contexte économique. Quel sera le programme en 2010, je ne sais pas. Je sais que j’ai eu la chance de courir dans des championnats très différents durant ma carrière et que si je peux tenter de gagner un championnat mondial, je le ferai ! »
Propos recueillis par Anthony Megevand