Après la réaction de Henri Pescarolo au sujet du règlement 2010, nous avons souhaité connaître l’avis d’un des concurrents équipés de la technologie Diesel. Nous avons donc pris la température du côté de Peugeot, dernier vainqueur des 24 Heures du Mans. Bruno Famin, le Directeur Technique a bien voulu répondre à nos questions.
Bruno, que pensez-vous de la nouvelle équivalence proposée par l’ACO ?
« L’équivalence tend vers celle de 2011, qui est déjà connue et acceptée par tous. C’est une bonne chose. Après, tout le monde voit midi à sa porte. Que l’on retire de la puissance aux moteurs Diesel, cela semble assez logique : on sait que l’ACO veut réduire les performances. En revanche, on augmente la puissance des protos à moteur Essence, dont certains étaient déjà bien en dessous des 3min30. Il y a donc du bon et du moins bon, et personne n’est complètement satisfait.
« Pour 2010, on connaît les principaux protagonistes, et ce qui m’interpelle c’est le niveau de performance potentiel d’Aston Martin. Ils étaient aussi vite que nous en vitesse de pointe cette année. Or, leurs brides vont être plus larges. Si il y a, mettons, 7km/h en leur faveur l’an prochain, ce sera un vrai problème. Même si on garde un potentiel supérieur au temps au tour, si on est derrière les Aston Martin à Mulsanne, on ne va pas leur faire l’extérieur dans les virages Porsche ! »
Vous séparez Aston Martin des autres concurrents à moteur Essence. Il y a donc trois catégories de moteur et si on vous comprend bien, AMR est favorisé ?
« C’est évident ! »
Mais les Diesels le sont aussi…
« Oui en puissance pure, pour compenser les tares de la technologie Diesel – centrage des masses vers l’arrière, traînée – mais il faut raisonner en terme de package. Regarder les Audi R10 au Nürburgring : elles étaient bien en vitesse maxi, mais elles ont été dominées par les autres au temps au tour. C’est le package global qui compte. »
Parmi les tares du Diesel, il y a le poids. Et l’ACO a augmenté le poids à 930kg. Est-ce logique ?
« Non, ça ne l’est pas, notamment au niveau de l’économie d’énergie. Cela étant, cette mesure me semble moins défavorable que celle prise avant Spa. Nous avions un lest de 30kg ajouté à notre poids mini. Cette fois, nous allons pouvoir gérer la masse plus intelligemment. Mais de manière générale, on se rapproche d’une gestion type FIA-GT. »
Un autre point important, celui qui concerne les modifications sur la partie arrière des voitures. Quel est votre avis ?
« Les modifications sur la carrosserie, c’est un problème pour nous et pour tout le monde. 2010 est la dernière année avant le nouveau règlement : nous espérions donc dépenser moins, en argent et en énergie, et si possible reconduire autant que faire ce peu la configuration 2009. De ces deux modifications, seule la suppression des grilles nous concerne, mais ce n’est pas sans conséquence. Cela nécessite du travail et de l’argent, pour une mesure qui n’était peut être pas si urgente que cela. »
Cela va-t-il nécessité une nouvelle étude aéro ?
« Pratique pas car cela ne concerne que les flux arrières internes. Mais c’est surtout synonyme de modifications au niveau des capots, des sabots, de l’emplacement des feux… On ne va pas simplement mettre un panneau riveté ! Mais j’espère qu’on ne va pas non plus avoir à refaire neuf capots pour Le Mans 2010. »
N’êtes-vous pas surpris de ne pas avoir eu les précisions sur l’interprétation aérodynamique de la face avant des LMP1 ?
« Si, assez surpris. Depuis le temps que ce sujet est évoqué, nous attendions une décision. On décale une interprétation dont l’origine date de la présentation de l’Audi R15. Il va être temps de se prononcer. »
Sauf erreur, Oliver Quesnel s’est déclaré plutôt satisfait chez certains de nos confrères. Pourtant on voit que vous n’êtes pas spécialement content concernant plusieurs points…
« Il y a eu une vraie concertation et, comme tout le monde, nous avons fait valoir nos arguments. Ils n’ont pas tous été retenus mais il n’y a rien de catastrophique. Après, en tant que technicien, j’émets des réserves… »
Ce règlement 2010 incite-t-il Peugeot à confirmer sa présence en Endurance ?
« Peugeot n’a jamais caché sa volonté de s’inscrire sur le long terme. Nous ne sommes pas là pour dire que nous nous retirons à chaque fois qu’un point est remis en question. Nous sommes là pour faire avancer les choses, tous ensemble et de manière pragmatique. »
Propos recueillis par Anthony Megevand