Nouveau venu cette année en LM P1, Porsche doit faire face au même dilemme que ses deux adversaires directs, Audi et Toyota : Aller le plus vite possible en consommant le moins possible. Sauf que là on ne parle pas de passer au point mort dans les descentes pour réduire la consommation. On parle bien d’une technologie avancée, poussée et inédite. Chez Toyota, la TS040 HYBRID est une LM P1 équipée d’un V8 essence où l’on a ajouté un moteur/générateur sur l’essieu avant, combiné à une unité à l’arrière, soit un système hybride qui fournit désormais de la puissance aux quatre roues. La nouvelle arme développée par TMG est certes plus conventionnelle que ses concurrentes. Le camp Audi fait à nouveau confiance au V6 TDI sur sa R18 e-tron quattro, celui-ci étant accouplé à un volant d’inertie branché sur l’essieu avant. Le deuxième système hybride permettra de récupérer l’énergie au niveau des turbos à l’accélération.
Si la réglementation LM P1 2014 est de taille pour Audi et Toyota, c’est encore plus compliqué chez Porsche qui ne peut pas bénéficier de l’expérience d’une ancienne auto dans la catégorie. Porsche a opté pour un moteur thermique 4 cylindres de 2 litres suralimenté à injection directe où la géométrie des chambres de combustion s’inspire de la 918 Spyder. Le moteur thermique est épaulé par deux systèmes de récupération d’énergie. Un moteur/générateur électrique, monté sur l’essieu avant, récupère l’énergie au freinage tout en délivrant sa puissance en accélération. L’énergie produite par les différents systèmes est stockée dans une batterie lithium-ion refroidie par liquide.
Efficience maximale, tel est le leitmotiv des bureaux d’études où il s’agit de trouver le meilleur compromis entre caractéristiques aérodynamiques et prise au vent. Porsche pense avoir trouvé la meilleure solution, Audi et Toyota aussi. Le résultat se fera sur la piste, mais qui aura l’avantage ? On a bien des informations qui nous sont revenues des premiers essais des trois constructeurs mais rien d’officiel. Il n’est pas encore question pour le moment de tourner 24 heures sans problème car les différentes parties ont besoin d’appréhender cette nouvelle réglementation.
Chacun a de sérieux atouts dans son jeu mais le temps est compté. La Formule 1 a du mal avec sa nouvelle réglementation, le SUPER GT prend ses marques avec ses nouvelles GT500, et la catégorie reine de l’Endurance fait face à un sacré challenge technologique. Les sous-traitants travaillent à pleine charge, ce qui n’est pas sans poser problème car les mêmes travaillent à la fois pour la F1 et pour l’Endurance. Chez Porsche, on ne vient pas en FIA WEC et au Mans pour une seule saison et pour les débuts de la 919 Hybrid, les objectifs sont bien de terminer les courses et d’accumuler de l’expérience en vue du futur. Le constructeur a toujours confié que la charge de travail était ardue et que les objectifs devaient être réalistes pour cette première année. Les essais réalisés cette semaine à Sebring avec une auto bien différente de celle que l’on a pu voir au début n’ont pas servi de confrontation directe avec Audi, également présent en Floride. Pour cela, il faudra attendre Silverstone.
On ne sait pas grand-chose du look de la Toyota TS040 HYBRID puisque l’auto ne sera présentée que le 27 mars. Et si la meilleure option était de faire rouler une auto plus conventionnelle comme va le faire Toyota sachant que la technologie hybride n’a plus de secret pour le constructeur japonais…
Ce qui est acquis, c’est que les trois constructeurs partent dans l’inconnu sur une course de 24 heures avec une telle technologie même si des essais de longue durée sont prévus avant Le Mans. Audi compte boucler un test de 30 heures et les deux autres ne seront pas en reste.
Au Mans, Audi aura l’avantage du nombre à trois contre deux. Il y aura deux courses préparatoires mais pour la troisième manche, il faudra tourner quatre fois plus longtemps pour espérer inscrire son nom sur les tablettes. Il se pose aussi la question de savoir où seront la ou les Rebellion R-One, seules LM P1-L confirmées parmi les usines. La nouvelle réglementation doit permettre de rapprocher les privés des constructeurs. Le team suisse va une nouvelle fois être bien esseulé dans une classe “Light” bien pauvre, qui plus est avec une toute nouvelle auto. Et si le Rebellion Racing alignait finalement une R-One et une grand-mère Lola-Toyota, dont la fiabilité est bien connue. Peut-être y a t-il un bon coup à jouer avec une auto qui n’a plus de secret pour l’équipe même si pour cela il faut savoir ce que le législateur autoriserait à cette bonne vieille B12/60.
On aura logiquement neuf LM P1 au Mans. Attention car en cas de problèmes a répétition dans les équipes de pointe, une escouade de LM P2 toutes aussi affûtées les unes que les autres seront prêtes à sortir les griffes. A ce jour, le meilleur résultat d’une LM P2 au Mans reste une 5ème place en 2010 (Strakka Racing), année où 18 LM P1 étaient en piste. L’an passé, la Morgan LM P2 victorieuse a terminé 7ème en concédant 19 tours à l’Audi des lauréats.
En politique, on connaissait : “le changement c’est maintenant”. Le slogan des 24 Heures du Mans 2014 est lui bien à la hauteur de l’évènement : “le futur entre en piste”.