Pescarolo Sport est historiquement un des principaux acteurs des 24 Heures du Mans. Mais avec une Peugeot 908 HDi FAP et une Pescarolo LMP1, les Verts le sont encore plus en 2009. Ils ont assumé leur statut lors des qualifications, la 908 s’immisçant entre les voitures Usines, tandis que la LMP1 est en embuscade derrière les Aston Martin. C’est donc tout logiquement que nous avons fait le point avec Henri Pescarolo.
Henri, comment se sont passés les essais pour vos deux voitures ? Tout d’abord pour la Peugeot 908 ?
« Comme vous le savez, notre but est d’aider Peugeot à battre Audi. Peugeot a fait l’effort de mettre à disposition d’une équipe privée une 908 et ils l’ont fait au mieux avec une excellente voiture. Avant les essais, notre incertitude concernait l’inexpérience du fonctionnement de l’auto et son montage. Peugeot a bien fait les choses ; d’une part en déléguant Jean-Marc Schmidt et trois de ses électroniciens. Le système, aussi complexe que génial, est donc pris en charge par eux. Aucune équipe ne pourrait gérer cela ; d’autre part en nous permettant d’envoyer trois mécaniciens pour conditionner la 908, d’un châssis d’essais à un de course. Claude Galopin devait ensuite découvrir le fonctionnement de la Peugeot et il a prouvé en peu de temps qu’il était comme chez lui avec cette auto. Enfin, en offrant aux pilotes du temps de roulage : Simon (Pagenaud) a participé à une séance et aux 1000km de Spa, tandis que Jean-Christophe (Boullion) a roulé au cours d’un test d’endurance. Benoît (Tréluyer) est celui qui a le moins de roulage avec la 908, seulement Magny-Cours, mais il a suffisamment d’expérience pour s’adapter rapidement. Compte tenu de cette préparation, nous devions concrétiser. »
Et cela a été le cas avec le quatrième temps !
« C’est vrai que nous n’avons pas mis longtemps à être dans le coup puisque nous nous situons au milieu des Peugeot, avec la deuxième ligne. Cela prouve le potentiel du team, à la fois sur le plan technique et humain. Nous avons été capables de bien utiliser l’auto, mais le plus dur reste à faire ! On a déjà prouvé quelque chose, et on a retrouvé le goût de se battre pour les premières lignes. Ça change une équipe puisque le règlement nous a contraint à jouer le rôle de figurant avec notre propre voiture. C’est démotivant et frustrant. »
Vous évoquez la Pescarolo LMP1 : là aussi, le bilan est positif ?
« Nous tenions à démontrer le potentiel de notre « bébé ». Nous ne sommes pas loin des Aston Martin. Si Christophe (Tinseau) n’avait pas eu de trafic, je pense qu’il aurait pu être encore plus proche, voire devant. Cela étant, comme nous avions eu un petit accident la veille, j’ai décidé de calmer les ardeurs. Quoi qu’il en soit, nous avions le potentiel pour faire comme à Barcelone et Spa, c’est à dire être le premier des Essence. »
Avez-vous été surpris par la performance de la Ginetta-Zytek ?
« Non car nous savons qu’il s’agit d’une très bonne voiture. Elle n’a pas fait la pole pour rien la pole à Barcelone. Mais Le Mans, c’est aussi une question de chance de le trafic. En revanche, j’ai été déçu par l’attitude de l’ACO envers Aston Martin. C’est l’exemple de ce que donne le règlement des moteurs GT1 en LMP1. A la base, ce devait être un moteur de GT1 : logiquement, il devait être moins performant, donc profiter d’une bride plus grande. Puis il a été modifié et aujourd’hui il reçoit l’injection directe. Pourquoi a-t-il encore cet avantage de bride ? Cela fait partie des injustices actuelles… »
« (après un instant, Henri reprend…) Cela étant, j’ai décidé de faire confiance à la nouvelle équipe de l’ACO. J’espère que je ne serai pas déçu carma patience à des limites. Cela fait trois ans que les décisions concernant l’équivalence auraient dû être prises. La première année, je peux comprendre. Mais dès la deuxième saison, c’est impardonnable. A l’époque, j’avais déjà expliqué la situation dans ma lettre, avec des preuves à l’appui. Sans Peugeot, je devrais encore me battre pour la huitième place. »
Cette semaine, nous avons entendu un certain nombre de personnes dire que leur passion, leur motivation pour les 24 Heures du Mans s’éteint. Est-ce le cas chez vous ?
« Il règne une injustice totale et je ne devrais plus être là. Si je meurs depuis quelques saisons, je ne vois pas d’autre raison que le règlement pour l’expliquer. Chaque dimanche, Pescarolo Sport montre qu’elle est l’une des meilleures équipes, que la LMP1 est l’une des meilleures voitures plateau, mais que nous sommes contraints au rôle de figurant. Comment garde-t-on la motivation dans ces conditions ? Comment garde-t-on la passion si on est délibérément sacrifié ? Il faut 43 ans de présence, 43 ans d’amour. Mais je dois dire qu’avec la Peugeot, je retrouve la passion après avoir vécu la frustration ! »
Pour conclure sur un aspect « piste », l’objectif demain est d’aider Peugeot à gagner et de terminer premier des « Essence » avec la Pescarolo LMP1 ?
« Oui ce sont les ambitions affichées. Pour la LMP1, nous voulons vraiment montré que tout le travail fait cet hiver porte ses fruits. Ce sera très bien si nous gagnons cette catégorie fictive, même si cela sera toujours synonyme de figuration. Nous sommes en tête des Le Mans Series et cette participation s’inscrit dans la continuité. La preuve que nous n’avons pas perdu notre motivation, nous allons repasser en soufflerie au mois de juillet ! »
Gageons que l’emploi du temps de Pescarolo Sport sera bien rempli avec la suite du programme en Le Mans Series, mais également la conception de la « Pescarolo Le Mans », future voiture-école. Le premier roulage de cette auto sera réalisé en novembre, avec un moteur GM. Le bureau d’études a toutefois dessiné ce proto de façon à accueillir différentes motorisations.
Propos recueillis par Anthony Megevand