Le Mans

Romain Dumas et Alex Prémat, la french touch’ d’Audi

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Dans la belle structure Audi Sport tout en métal, nous avons pu faire le point avec Romain Dumas tout d’abord, puis avec Alex Prémat à l’issue de la première séance d’essais. Les deux “Französen” ne sont pas avares en paroles…

 

Romain, tu en es encore à la phase de découverte avec l’Audi R15 TDI. Quelles sont tes sensations ?

“Ce n’est pas si facile que cela. Il faut vraiment s’y adapter. Lorsque tu viens du LMP2 ou tu es obligé de piloter de manière très agressive, de changer de rapport à 200 tours du limiteur pour conserver de la puissance, ça te change beaucoup. Là, il faut au contraire changer le rapport très tôt sans entendre quoi que ce soit, sans que tu aies le moindre bruit, la moindre sensation. C’en est même dépaysant la nuit ! Et puis, tu n’as pas de frein moteur ou très peu alors que la voiture est plus lourde qu’une P2 donc elle te pousse et c’est vraiment difficile. C’est ce que j’ai trouvé de plus difficile au volant de l’Audi. D’entrée, j’ai été “vite” mais en même temps, je me demandais sans cesse, pourquoi je ne pouvais pas aller plus vite dans le serré. C’est vraiment pas si facile que ça. En plus, avant de venir ici, je n’avais pu rouler que 2 heures et demie avec l’auto.”

 

Aujourd’hui, tu ne te sens donc pas encore capable de sortir le maximum de cette voiture ?

“C’est évident, je pense que je peux encore aller plus vite, me sentir un peu plus en confiance. Attention, je ne vais pas me plaindre. Je dispose d’une super voiture pour la gagne. Mais mon programme personnel ne m’a pas toujours permis de participer aux séances d’essais. Celles-ci ont été perturbées par un accident. Lors de la dernière simulation, moi je disputais les 24 Heures du Nürburgring. La décision aussi de nous incorporer, Timo et moi, s’est faite tout de même assez tard même si ça fait longtemps qu’on en parle. Tout ça ne m’a pas permis de beaucoup rouler. Voilà, c’est ainsi.”

 

Et hier, tu as pu rouler sur le sec et le mouillé ?

“Non, on avait l’impression que les nuages me guettaient. Chaque fois que je prenais le volant, une averse se mettait à tomber… Je n’ai roulé que sous la pluie. Bon, ce n’est pas catastrophique mais c’est vrai que ça ne m’arrange pas non plus en vue de la course, j’aurai bien aimé rouler sur le sec. En même temps, maintenant, je connais très bien la voiture sous la pluie !”

 

Comment s’est passée ton intégration au sein d’une équipe de pilotes déjà formée de longue date et habituée à rouler ensemble ?

“Cela m’a presque surpris mais cela s’est très bien passé. Même avec un Allan McNish avec qui pourtant j’ai eu de grosses bagarres parfois très chaudes en ALMS. Ou Tom et Dindo. Dès que j’avais une question à leur poser sur la voiture, j’obtenais ma réponse. Ils sont vraiment là pour nous aider, vraiment très corrects. Etonnant, vraiment étonnant. Je crois qu’ils ont compris que je n’allais pas leur prendre leur volant, que je suis là pour une seule course et donc, ils n’ont pas de réticences particulières. Ils jouent le jeu de l’équipe et c’est vraiment la force d’Audi.”

 

Estimes-tu que la voiture est vraiment prête pour Le Mans ?

 

“Mon référentiel, c’est Penske. Et avec Roger, c’est un travail de forcenés. Avant Sebring, on en fait tellement qu’à la fin, on n’en peut plus de faire des simulations. Là, c’est sûr que l’on n’a pas pu en faire autant. Et moi, ayant peu roulé dans l’auto, je me pose forcément des questions. Mais ce qui est sûr, c’est que la dernière simulation au HTT s’est bien passée donc eux, ils sont confiants. De toute façon, une chose est sûre : vu le niveau de cette course, il va falloir rester en permanence dans le même tour et celui qui n’aura pas de problème va gagner. En tout cas, c’est mon approche. Je ne crois pas, avec notre manque d’expérience, que nous serons, nous sur la n°3, en mesure de rivaliser avec la n°1 par exemple. En tout cas, nous devons rester le plus près possible d’eux pour profiter du moindre problème.”

 

A cet instant précis de l’entretien, Alex Prémat nous rejoint et joue avec son appareil photo en nous mitraillant.

Et que penses-tu de faire équipage commun avec Alex ?

“Ca, c’est une catastrophe ! (Rires des deux coéquipiers, évidemment…) Non, pour moi, c’est forcément bien pour l’intégration puisqu’on parle la même langue. Même si par rapport à Porsche, je trouve qu’Audi est plus international dans son comportement. Tout le monde se force vraiment à parler anglais. Ils utilisent beaucoup moins l’allemand que Porsche.”

 

Et au niveau des réglages ou de l’installation dans le cockpit ?

“Pour l’instant, on a tellement peu roulé que les réglages nous vont très bien ! (Rires encore) Non, au Castellet, nous étions sur des réglages similaires, il n’y a pas de soucis. Quant à notre installation, on a tellement de temps maintenant pour faire le changement de pilotes vu la longueur du changement de pneus, que ça ne nous pose aucun problèmes pour faire les ajustements !”

 

En tant que pilote, ressentez-vous de la pression avec “l’affaire” Peugeot-Audi-ACO ?

Romain : “Personnellement, je n’y suis pas sensible. Je suis là pour une course donc je n’y prête pas attention. Maintenant, si je prends un peu de recul, je me demande pourquoi Peugeot a attendu si longtemps après Sebring pour porter cela devant la FIA. Là, ça va se jouer dans trois semaines à Paris avec des messieurs en costume-cravatte, c’est un peu dommage. Surtout sur une course unique dans l’année comme celle-ci. En F1, c’est un feuilleton donc ça passe mieux. Là, qu’est-ce que vous allez écrire si Audi gagne dimanche soir ?”

 

Alex : “L’ACO a encore envoyé un papier ce matin précisant que la voiture est conforme donc je n’ai vraiment aucun doute. Je pense que Peugeot essaie de nous mettre un peu de pression. Ils nous taquinent et c’est un jeu assez classique en sport automobile sauf que ce n’est pas la politique d’Audi. Ils pensent peut-être que sous la pression, Audi va commettre plus de petites erreurs qui peuvent décider du sort de la course. Mais Audi est allemand, pas français…”

 

Alex, tu as eu l’occasion de rouler à la fois dans la R10 et la R15 sur la même piste et dans les mêmes conditions, à la fois sèches et mouillées. La grande force de la R10 était sa polyvalence. Penses-tu que la R15 qui est une voiture probablement plus extrême pourrait éventuellement être moins à l’aise dans une course ou l’on annonce des conditions mixtes ? 

“Non, non. La R15 est au-dessus de la R10 dans toutes les conditions de piste : sèche, humide ou séchante. La voiture est beaucoup plus stable, elle est beaucoup plus facile à piloter notamment avec notre nouveau système de traction control, l’ASR. Donc je dirai qu’elle sera aussi à l’aise que la R10 mais avec un step de mieux à touts niveaux ! Par exemple, lors des phases de freinage, la voiture n’est pas du tout nerveuse du train arrière contrairement à la R10. Entrée de virage, milieu de virage, la voiture a beaucoup moins de sous-virage. On a une plus grande vitesse de passage sans avoir l’arrière qui se déleste comme l’an passé. Et en sortie, la voiture est vraiment très neutre. Après un tour, j’étais déjà très impressionné de ce que la R15 nous apportait par rapport à la R10. Cela va vraiment être beaucoup plus facile pour les pilotes. Nous nous mettrons beaucoup moins à la limite alors que c’est ce qu’il fallait faire avec la R10. Là, nous pourrons être à 90% de la voiture tout en étant rapides.
En plus, cela nous permettra de moins user les pneus car nous avons plus de charge aéro, nous solliciterons moins les gommes. Bon, ceci dit, il nous reste du travail ce soir car avec la météo d’hier soir, nous n’avons pas pu mener notre travail aéro ou celui sur les pneus à bien.”

 

Comment situes-tu la préparation Audi 2009 par rapport à celle de 2008 ?

“Nous avons un peu plus roulé car nous avons une voiture neuve donc nous avions énormément de choses à valider, développer en vue de la course. Malgré tout, nous sommes loin du kilométrage couvert par Peugeot. Je pense que c’est dû à la philosophie Audi. Tant que nos ingénieurs n’ont pas compris pourquoi une pièce a cassé, nous ne roulons pas. Nous résolvons le problème avant de rouler de nouveau. En plus, nous avons eu pas mal de pression après mon accident en test au HTTT ce qui a bousculé le planning. Par la suite, beaucoup de pièces sont arrivées et on a de nouveau roulé beaucoup pour les valider.”

 

Peux-tu nous expliquer ce qu’il s’est passé justement lors de cet accident ?

“En fait, nos appendices aéros se sont chargés en morceaux de gomme ramassés sur la piste. Et assez rapidement, cela a détruit l’équilibre de la voiture. Au début, nous ne comprenions pas. Et après analyse des données, nous nous sommes aperçus que l’équilibre est passé d’une répartition à 50% sur l’avant jusqu’à 82%, le tout en 10 tours, ce qui est énorme ! Lorsque je suis rentré dans Signes, j’ai fait comme d’habitude mais j’ai perdu la voiture.”

 

L’absence de la traditionnelle Journée Test est-elle un problème ?

“Je dirai oui pour ce qui concerne les pneumatiques. La preuve, c’est qu’hier soir, nous n’avons pas pu balayer tout ce que nous souhaitions faire. Mais sinon pour la voiture elle-même, en 15 jours, nous ne faisons jamais de modifications. Nous n’utilisions que ce qui avait été validé à 100% en tests.”

 

Eprouvez-vous quelques craintes concernant la fiabilité de l’auto ?

“Non, franchement non. Aucune en particulier. Notre endurance de 30 heures s’est vraiment très bien passée. Alors évidemment, une course, c’est toujours différent, tout peut se produire. Mais a priori, nous n’éprouvons aucune crainte…”

 

La stratégie au sein de votre équipage est déjà définie ?

“En théorie, je prends le départ.”

 

Et pour les qualifs ?

“Personne n’est désigné pour cela. Nous ne jouerons pas le jeu des qualifs. Comme je vous l’ai dit, nous avons encore du travail de mise au point donc ce soir, aucune des trois voitures ne doit aller jouer avec les chronos.”

 

Propos recueillis par Laurent Chauveau

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