Avoir des informations sur un meeting SUPER GT n’est pas forcément facile, non pas parce que les Japonais ne veulent pas parler, bien au contraire, mais tout simplement pour la barrière de la langue. Ils sont encore peu nombreux à parler la langue de Shakespeare, si bien qu’il faut s’appuyer sur les personnes présentes sur place qui connaissent les deux langues. Tetsuya Tsuzuki fait partie de ceux-là. Son nom ne vous est certainement pas inconnu puisqu’on le retrouve chaque année aux 24 Heures du Mans. Notre ami japonais nous a bien facilité les choses à Suzuka et Motegi pour avoir un entretien avec Masaaki Bandoh, responsable du championnat. Entretien avec celui qui fait le lien entre l’Europe et le Japon…
Tu fais partie des personnes incontournables en SUPER GT. A quand remonte tes débuts dans la série ?
« Je suis présent sur le championnat depuis le début, c’est-à-dire depuis 1994. J’ai vu quasiment toutes les courses exception faite de quelques manches à Sepang et d’une à Tokachi en 2004. J’écris les communiqués de presse du championnat et j’ai rejoint le secrétariat de GTA en 2005. Cependant, j’ai un contrat d’indépendant qui est renouvelé à la fin de chaque année. J’ai le rôle de consultant pour les relations publiques. A un moment, GTA a eu besoin de distribuer les communiqués en Anglais. Au début, il n’y avait pas d’intérêt mais la venue de pilotes européens a changé la donne. J’avais de toute façon une relation avec la presse française car j’étais déjà correspondant pour Auto Hebdo. »
Tu as appris la langue française directement en France ?
« Au Japon même si j’ai étudié à Montpellier. Mon métier principal reste la traduction et la rédaction d’articles. Je me rends aux 24 Heures du Mans depuis 1992, ce qui fait que j’ai une relation avec la France depuis un bon moment. »
Comment en es-tu arrivé à travailler en collaboration avec l’ACO ?
« Tout a débuté en 1990 avec une manche du WSPC à Suzuka où je faisais office d’interprète en salle de presse. C’est la première fois que je travaillais sur un circuit. Pour l’anecdote, je lisais Sport Auto dans le train et un européen m’a approché en voyant que je lisais une revue française. C’était le coordinateur de Courage Compétition. On s’était trompé de train tous les deux et cela a créé des liens (rires). C’est lui qui m’a suggéré d’envoyer un courrier à Jean-Marc Desnues à l’ACO qui a trouvé ma proposition intéressante. J’ai commencé à travailler au Mans comme traducteur à partir de 1992. »
Tu es un passionné de sport automobile depuis longtemps ?
« Depuis mon enfance ! Les Japonais aiment beaucoup les courses d’endurance et j’ai lu des tas de magazines. Travailler dans ce milieu est un rêve qui est devenu réalité. C’est un peu comme un acteur qui rêve de devenir une star à Hollywood. Le dimanche soir à l’issue de mes premières 24 Heures du Mans, je suis allé faire un tour dans le centre-ville du Mans, et c’est là que j’ai compris que j’avais réalisé mon rêve. Mon seul souci était de savoir si j’allais pouvoir revenir l’année suivante. Finalement je suis revenu chaque année à l’exception de 2013. Je sers de relation entre les Japonais et l’ACO. Pierre Tigagawa, qui est un ami, est venu Mans, et je l’ai recommandé comme speaker en langue japonaise. Bruno Vandestick m’avait demandé si Pierre pouvait remplacer le speaker habituel et une nouvelle aventure s’est lancée. »
Les Français ont toujours été bien présents en SUPER GT. Il y a une raison à cela ?
« Je ne sais pas quelle en est la raison principale si ce n’est que les Français ont toujours joui d’une belle réputation au Japon. J’ai encore en mémoire une photo de groupe prise pour Auto Hebdo à Motegi avec cinq français en course : Comas, Tréluyer, Dufour, Dumas, Philippe. Malheureusement pour eux, aucun n’avait fait un bon résultat cette journée-là. Erik Comas a été le premier pilote étranger à parler japonais. Lorsque le speaker d’une course lui a posé une question en Anglais, lui a répondu en Japonais, ce qui a bluffé tout le monde. Erik est toujours très apprécié au Japon sans compter qu’il était très rapide. Erik a créé Comas Racing Management avec Mamiko (ndlr : Mamiko Hosoda est incontournable en SUPER GT), ce qui a renforcé ses liens avec le Japon. »
Le championnat tient à avoir systématiquement un pilote japonais dans chaque équipage. Il y a une raison à cela ?
« Les trois constructeurs présents ont souhaité mettre en place cette règle. Je pense même qu’à l’avenir on pourrait avoir de moins en moins de pilotes étrangers du fait d’un programme de détection de jeunes pilotes chez les constructeurs. En revanche, il n’est pas interdit de voir une équipe étrangère rouler en GT300, et pourquoi pas en GT500 même si dans ce cas il faudrait trouver le budget qui reste conséquent. Les Européens préfèrent les séries badgées Le Mans. Le rapprochement avec le DTM pourrait changer les choses compte tenu d’un règlement commun. Le SUPER GT a évolué dans le bon sens avec deux catégories bien distinctes, cinq manufacturiers pneumatiques différents et toujours autant de concurrents. Les GT500 ne sont pas de vraies GT comme on peut les connaître en Europe, mais plutôt des prototypes déguisés en GT. »