Après trois participations en GT2, Timo Bernhard fait son retour aux 24 Heures du Mans. Mais cette fois, le pilote allemand sera dans la plus grande des catégories, le LMP1. Pour ses premiers pas en protos sur le tracé sarthois, le pilote allemand évoluera au volant d’une des Audi R15. De quoi afficher des ambitions…
Timo, j’imagine que tu es ravi de revenir au Mans ?
« Je n’étais plus revenu depuis 2005 donc je suis très heureux d’être de nouveau là. J’ai vraiment que des bons souvenirs des 24 Heures du Mans. Dès ma première participation, j’avais décroché la victoire en N-GT, avec Kevin Buckler et Racer’s Group ! Le Mans, c’est vraiment autre chose. J’ai gagné deux autres épreuves de 24 heures, Daytona et le Nürburgring, mais rien n’est comme ici. Tout est différent : c’est énorme ! Je crois que c’est tout simplement l’un des trois plus grands événements mondiaux en sport auto. »
Cet hiver, lors d’une interview, nous avions parlé du fait que tu n’avais jamais eu la chance de rouler en prototype au Mans. C’est désormais chose faite…
« Oui et c’est vrai que je suis très content. A l’époque, je n’étais pas encore au courant de cette opportunité. Dès ma première visite ici, un de mes objectifs était de courir un jour dans la plus grande catégorie. C’est arrivé plus tôt que prévu. Et en plus, c’est avec une Usine et avec la possibilité de me battre pour la victoire dès la première fois ! »
N’as-tu pas été surpris qu’Audi fasse appel à toi et Romain Dumas ?
« Oui et non. D’un côté, je pense que Romain et moi avons montré de quoi nous sommes capables en remportant de nombreux succès en ALMS, grâce à Porsche et Penske qui nous ont donné les moyens pour le faire. Ça fait plaisir de voir que ces performances ne sont pas passées inaperçues. D’un autre côté, j’ai été surpris bien évidemment, mais surtout heureux. Porsche et Audi nous permettent de saisir cette opportunité et je trouve cela très bien. Je pense que c’est bénéfique pour les deux parties d’ailleurs. »
Mais n’est-ce pas bizarre de rouler pour une équipe que vous avez battu à plusieurs reprises ?
« (sourire)… C’est vrai que nous avons eu de chaudes batailles avec Audi, mais elles ont toujours été fair-play. Je dois avouer qu’au début je me demandais comment nous allions être accueillis. Et dès le début, j’ai senti un réel plaisir de la part d’Audi de nous avoir dans ses rangs. L’ambiance lors de mes deux tests était vraiment très bonne. »
Comment se sont passés ces deux tests, tes deux premiers roulage en Diesel ?
« Très bien même si le pilotage d’un Diesel est très différent. Le son, bien moins élevé nous oblige à trouver d’autres repères. A contrario, sur le long terme cela peut rendre la conduite plus confortable car moins bruyante. Il y a aussi le fait d’avoir une boîte à cinq vitesses. Quoi qu’on a pu découvrir ça en Grand-Am (rire !). On ressent aussi la différence de poids, mais la R15 TDI reste très agile et terriblement efficace dans les virages rapides ! »
Deux séances pour découvrir une voiture, est-ce suffisant avant Le Mans ?
« Je pense que dans notre métier il faut savoir s’adapter rapidement. C’est vrai que les autres équipages ont plus d’expérience avec la R15, mais je ne veux pas me comparer à eux. Je pense simplement que nous pouvons bien faire notre travail. Nous sommes un peu dans la peau du challenger et avec Alexandre (Prémat), nous avons un pilote qui connaît bien l’auto. »
Quel peut être votre objectif ?
« C’est une vaste question ! Ici, on ne peut jamais savoir ce qui va arriver. La meilleure voiture peut ne pas gagner… et une auto qui n’est pas forcément la plus rapide peut s’imposer. Quoi qu’il en soit, il va falloir attaquer. Comme au Nürburgring il y a quinze jours, nous ne pourrons pas nous relâcher une seule seconde. Je pense que nous pouvons viser le podium. Après, il faut savoir quelle marche ! »
Tu évoques les 24 Heures du Nürburgring. Tu dois être très heureux d’avoir décroché un quatrième succès consécutive…
« Oui très. C’est incroyable ! En Allemagne, cette course a vraiment une grande importance, particulièrement pour un pilote allemand. C’est un peu comme Le Mans pour un pilote français. Pour moi, c’est d’autant plus important que depuis quelques années j’ai l’habitude de courir aux USA. De plus, la lutte avec Audi a été serrée et je crois que cette victoire est la plus difficile des quatre. »
Et concernant le Grand-Am, n’est-ce pas frustrant d’être bridé par le règlement ?
« En partie oui car nous voulons gagner. Mais on fait notre job en donnant le maximum. L’équipe est comme toujours extraordinaire. Terminer 3e à Watkins, compte tenu du règlement c’est comme une victoire. Il y a trois semaines, on me disait que le titre était fini pour nous, mais je n’étais pas d’accord. Désormais, nous sommes revenus dans la course. Il faut être régulier dans ce championnat. Ça va être dur. Nous avons une petite chance… mais nous avons une chance donc il faut y croire ! »
Propos recueillis par Anthony Megevand