Asian Le Mans Series

Sepang : La chronique de Rémy Brouard, part 4

Brasdefer
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« Le Bras de fer »:

Dès samedi avec le «PAB» et l’ami «Merlin», nous avions listé pèle mêle les éléments qui nous semblaient incontournables pour remporter la course et le titre ce dimanche à Sepang:

 1 Pluie ou pas pluie ?

 2. Que David Cheng remporte son match dans le match contre James Winslow lors de la 1ère heure de course, au pire qu’il reste dans son sillage avant de rendre son « tablier de sapeur » à Ho Pin.

 3. La résistance physique des deux pilotes de pointe qui vraisemblablement s’affronteront durant  2 h15 lors « d’un vrai bras de fer » (plus long qu’un GP de F1) sur un circuit réputé pour ses exigences physiques et surtout sa chaleur. Je parle bien-sûr du « Chinois » Ho Pin contre le « Japonais »  Matsuda. Deux cultures et deux histoires foncièrement différentes vont s’affronter (nous sommes en Asian LMS mais au-delà aussi sur ce coup là).

 4. enfin ; Notre capacité à nous adapter aux événements de la course.

 Je ne sais pas pourquoi mais nous étions confiants sur ce dernier point. L’expérience de plusieurs saisons et d’un triple engagement sur la saison FIA WEC et aux 24 Heures doit nous permettre de répondre à pratiquement toutes les situations. Pour être les plus efficaces et surtout les plus rapides dans les décisions, Merlin prendra la parole sur la stratégie durant toute la course.

 Je me souviens très bien de mon dernier mail à Sébastien Philippe en début de semaine dernière lorsque nous avions appris la nomination de Matsuda sur la Morgan du KCMG.  Matsuda était son ex-coéquipier en GT500 durant plusieurs années.

 Ma question: « quels sont ses points faibles ?? » Et surtout de sa Réponse : « je crois qu’il n’y en a pas beaucoup ! »

Je n’avais pas de doute sur les qualités physiques du pilote Japonais de Nismo. Surement affuté avec les courses du SUPER GT. Mais je connaissais bien l’hygiène de vie irréprochable de Ho-Pin. J’avais observé également avec Merlin au bureauses datas tour par tour lors des 24 Heures du Mans. Un modèle de régularité quelque que soit l’heure ou l’état de la piste un modèle du genre. Une courbe droite du 1er tour au dernier (comme dans le feuilleton Urgences un encéphalogramme plat mais sans le bip du gars qui respire plus quand même à la fin de la scène). Même lors des multiples relais là où les courbes de la majorité des pilotes P1 et P2 remontaient (les temps au tour au fur et à mesure de l’épreuve). Ce gars était  donc  en béton armé.

OAK34 14H22 : Les grid-girls de l’Asian LMS sont déjà en rangs d’oignons  derrière les stands  à attendre leur entrée sur scène, pancartes à la main. Nos nombreux  invités sont dans notre stand prêt à bondir pour le fameux grid walk. La chaleur est importante, bientôt suffocante en combinaison ignifugée. Pour la 1ere fois de la semaine, il n’a pas plu depuis ce matin. PAB et Damien se chargent de préparer et de contrôler les gourdes des pilotes. Ho-Pin a demandé d’en préparer plusieurs, pour chaque arrêt.

 14H30 : David part pour la pré-grille et monte les rapports du Judd en sortant de la zone des stands, pas de « zizi panpanpan » On ne repassera pas par les stands. La Morgan noire et rouge à parements gris #24 se range directement sur son emplacement, la 1er ligne à gauche.

 14H40 : l’équipe OAK Racing Total, mobilisée  comme jamais, fait une pose photo devant la voiture. Tout le monde y croit, les sourires sont de mise. Les dés vont être jetés dans quelques minutes. Nos partenaires TOTAL Malaysia sont tous là, Daniel Poissenot passe nous saluer, « Mr Météo » me confirme que pour le moment il n’y a pas de pluie à l’horizon sur les radars. Les nuages restent côté mer ! Précieuse indication pour Merlin. Daniel en dehors d’être un pilote d’avion et aussi désormais un marin émérite qui traverse les océans. Vous comprenez pourquoi j’ai  toujours écouté Daniel lorsqu’il me parlait de météo.

OAK31 14H55 : tout le monde quitte le pont, seul Leo, reste prêt de son pilote comme Steve McQueen dans Joss Randal (version noire et blanc de 1967), chargeur de batterie «à portée de main » au cas où. La grille démarre. « Fini de jouer aux billes !  ».

 Dès le tour de chauffe on sent bien que David est « chaud comme la braise » et il est prêt à en découdre. Nous en avions parlé la vielle. « Reste derrière lui, et si tu peux, dépasse-le, poussons les dans leurs derniers retranchements. Push David !. La clé numéro 1 est là. Mais ce n’est pas la seule du trousseau et puis…Fort Boyard attendra.

 15H00 : David se porte immédiatement aux côtés de James Winslow, qui semble étonnamment hésiter à s’élancer à l’extinction des feux sous la ligne ? Résultat, il Passe en tête au 1er virage devant l’ORECA-Craft de Bradley et James Winslow un peu plus en retrait. Nos invités exultent, sauf Merlin et PAB qui donnent l’ordre immédiatement par radio à David de laisser passer les 2 autres LMP2 dès le virage suivant. En effet, Nous avions un doute sur l’ordre au passage de la ligne. Bradley comme prévu s’envole sur l’Oreca-Craft. David est en chasse derrière Winslow. Le combat commence. David est beaucoup plus agressif que d’habitude, il tente de le passer, feinte et pousse le Britannique dans ses derniers retranchements.  Déjà 25 mn  de course, David le passe pratiquement, Winslow ferme la porte et reprend son bien dans la courbe suivante, les voitures se touchent, pas de bobo. Mais c’est chaud-chaud-bouillant. Habitué aux finales depuis Bahrain la semaine précédente en FIA WEC, l’équipe a laissé volontairement dans les stands un capot avant et arrière. Ça sent le KO dans l’air un « Carlos Monzon-Jean Claude Bouttier» des années 80 (Ah, tu ne connais pas ? demande à ton père !)

 15H29 : Soudain David a un petit coup de mou. Il perd pas mal de dixièmes par tour, le  retour sur lesGTC n’explique pas tout. L’écart grandi 2, 4, 5 , 7 , 9s , « pas la mer de sable à boire »  mais Winslow semble parti pour remporter la 1er bataille, mais pas la guerre. Le physique est surement mis à rude épreuve. David fait un tête à queue à 3 tours de rentrer (le 1er de l’année au moment où il nous faudrait pas !), l’écart passe à 33 secondes, un gouffre au moment du ravitaillement que nous anticipons d’un tour par rapport à KCMG. Essence, changement de pilotes et nous voilà ressorti. Bradley a aussi cédé le volant de son ORECA au jeune Irlandais Polley sans changer ses pneus non plus. Winslow rentre au moment de la sortie de Ho-Pin de son stand, « just in time » !  Matsuda et KCMG change les 4 pneus ! Résultat, nous reprenons prêt de 50 secondes à la Morgan Blanche et Bleu, nous voilà 2e à 1mn de Craft et avec 35 secondes d’avance sur notre meilleur ennemi. Fin du 1er acte il est 16H00. Balle au centre.

OAK36 Matsuda « soude » il ne mettra qu’une dizaine de tours pour revenir sur notre Morgan dont les pneus commencent à souffrir. Il roule ainsi 2 bonnes secondes plus vite que tout le monde. Polley voit quant à lui les deux Morgan au combat à l’arme blanche lui revenir comme un seul homme sur les épaules ! Matsuda est dans les échappements de Ho-Pin Tung à qui  nous demandons de rester devant le plus longtemps possible… Et surtout encore quelques minutes stratégiques. En effet, Merlin réadapte la tactique : pas de pluie à l’horizon, nous anticipons à mi relais le fameux  « spash » des 30 dernières minutes de course. Matsuda trouve enfin l’ouverture et le dépasse au bout des stands, Ho-Pin rentre immédiatement au tour suivant, pneus, re-essence (un demi réservoir seulement à remplir)  et gourde fraiche pour Ho-Pin qui repart « comme en 14 » . Fin de l’acte 2. Le fusil est chargé.

16H20 : Équipé de  quatre balles neuves, nous voilà à 1mn15 de KCMG  mais avec plus aucun « splash » à faire en fin de course, juste un arrêt de routine dans environ 50 mn. Nous passons de chassé à chasseur de gallinettes cendrées du Japon. Matsuda est en tête certes, Polley lâche prise, nous revenons aussi sur lui. Mais surtout Ho-Pin bat record du tour sur record et reprend plus de 2S au tour sur le Japonais de KCMG. L’écart tombe à 50s , 48s , 43s moins de 40s

16H50 : Matsuda rentre, fait le plein mais ne monte pas de pneus neufs puisque déjà fait au 1er relais. Il repart derrière nous avec ses pneus toujours usés aux pieds … Ho-Pin continue de frapper entre 1.59 et 2mn 00, ses pneus sont toujours frais et il s’en sert depuis 30mn comme un beau diable. L’écart monte à 21  secondes d’avance, de 1 à 2 secondes par tour. L’ORECA-Craft pilotée par le jeune pilote chinois J.Pu perd du terrain et se retrouve vite à 1 tour. Le match va donc se finir à deux. La Belle affiche.

OAK3217H23 : Notre avance est suffisante pour réadapter  de nouveau la tactique (le coup du chapeau du père Merlin). Ho-Pin rentre, plein d’essence et montage de seulement deux pneus neufs à gauche. On ressort à 58 secondes derrière KCMG  mais nous restons sur des chronos de grandes factures ainsi et toujours plus vite que Matsuda, suffisant pour revenir sur eux comme des fusées éclairantes dans le ciel de Sepang …58, 55 ,52 secondes.. KCMG s’apprête à faire son dernier arrêt et splash.

Comme l’arrivée du printemps, je vois le visage des mécaniciens OAK s’ensoleiller. Il ne reste que 28 mn au compteur. Arrêt du Japonais. Essence et … quatre pneus neufs !! la messe est-elle dite ? Reste à la réciter encore tour par tour pendant 37 mn.

Nous repassons en tête mais pour de bon cette fois avec exactement 37 secondes d’avance !  Plus aucun arrêt en vue pour les deux protagonistes !  « Il faut tenir ! » les mots de Jacques par SMS, qui, comme nous ne doit plus avoir de salive ni d’ongles à ronger….

OAK37Encore 15mn, +35 secondes, tout le monde fait les 100 pas dans notre stand « studio cabine » la chaleur ajoute du stress, les « Guests TOTAL » restés avec nous depuis 3H, Patrice Devemy en tête, vit la course de l’intérieur derrière Merlin et Steven et sans un mot. On n’en mène pas large tous les deux dans un dernier regard. SMS de Jacques qui compatit « J’aimerai être avec vous ».

Moins 2 mn, KCMG, suspension en délicatesse baisse la cadence, le gap monte à plus d’une minute. Aucun signe de joie. Seul David croit que c’est gagné. Le règlement de l’Asian différent de l’ALMS aux USA, demande à la voiture leader de passer la ligne pour gagner ! J’en informe David. Nous devons attendre le drapeau à damier pour exulter.

Drapeau à damier, les hommes en noir et rose sont tous debout sur le mur, la Morgan N°24 passe, Ho-Pin passe bras levées façon Vettel, il est au volant et à fond depuis 2H14 mn, une performance incroyable! Comme si toute la Chine le regardait.

 Les images de la délivrance passent alors au ralenti dans nos yeux embués, scènes de joie pour tous ces gamins, on danse, on chante, Damien a concocté un panneau OAK RACING TOTAL « CHAMPION » que Rémy Longobardi porte haut jusqu’au podium ! Tout le monde s’embrasse même notre british Steven, imaginé 1er titre aussi pour Judd en P2. Merlin est un génie, il rapportera une nouvelle casquette « Champion » à son père en 2 semaines. Il montera sur le podium accompagné les pilotes, mille cent fois mérité. Du haut de ses 1m80, PAB, le Team Manager, me chope dans ses gros bras comme un paquet de linge. Une joie indescriptible est partagée .

David Cheng, le 1er Champion Asian LMS, est fou de joie et rejoint son compatriote Ho-Pin Tung encore casqué. Un équipage 100% Chinois l’emporte. Une première en sport mécanique. Contre tous les pronostics, contre toutes les attentes aussi…sauf la nôtre. On ne peut rien contre une équipe mobilisée ! Et seul le management des hommes peut vous procurer de telles joies.

OAK30Jacques est au téléphone pour partager sa fierté avec SES « gamins », il y a toujours cru. Merci Jacques de ta confiance. Je n’ai pas encore raccroché quand les pilotes et Merlin apparaissent sur le podium. J’ai dû lui exploser les tympans en braillant comme un vulgaire supporter dans le téléphone au même moment !

Le circuit oublie d’envoyer les hymnes sur le podium, qu’importe, comme à  Twickenham nous lançons tous ensemble a Capela une marseillaise des grands jours (toutefois « plus fraiche » que celle de Zhuhai à 4H du mat) cette équipe OAK Racing s’adaptera jusqu’au bout aux Aléas.

OAK35Bravo aussi au hommes de KCMG pour ce beau combat durant toute la saison, deux victoires partout entre les deux Morgan,  mais les pole ont fait la différence et bienvenue à la ORECA 03 de Craft.

À OAKY le mot de la fin (avec la voix de Droopy) «  comme dans la Pub « Plizz »  me dit-il  « j’ferais pas ça tous les jours ! »

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