Avec ses 14 participations aux 24 Heures du Mans, Patrice Goueslard fait partie des pilotes les plus capés en activité. Il n’y a que Christophe Bouchut et David Brabham qui comptent une participation de plus. Avant d’aborder sa 15ème édition qu’il disputera sur une Corvette C6.R du Team Luc Alphand Aventures en compagnie de Luc Alphand et Stephan Grégoire, le Caennais revient avec nous sur son amour du Mans, ses joies, ses peurs, avec en prime quelques anecdotes et le tout sans langue de bois.
Laurent Mercier : Patrice, quel est ton meilleur souvenir à ce jour ?
Patrice Goueslard : « 1997 avec la Porsche 911 GT1 du Team Allemand Shübel Engeniring. Avec Pedro Lamy et Armin Ahne, nous avons fini cinquième au général. Nous étions même troisièmes au général à un moment, mais à deux heures de l’arrivée, le moteur a surchauffé et nous avons dû nous arrêter pour vidanger eau, huile et refroidir les radiateurs avec des glaçons. La voiture a fini à l’agonie, a passé la ligne d’arrivée et le moteur a rendu l’âme dix mètres après. Nous finissons 3ème GT1 et première Porsche à l’arrivée devant les usines. La Porsche 911 GT1 tournait en 3.40 minutes au tour en 1997. Une vraie « GT de Guerre » ! Figure également dans ma mémoire le podium avec Lucho en 2006 sur la Corvette. S’intercaler entre les voitures usines et battre les équipes privés de référence, ce fut un réel exploit du team Alphand pour sa première participation avec la Corvette. »
Quelques anecdotes à raconter sur tes participations ?
« Il y en aurait beaucoup, mais je retiens 2001 ou il a plu 16 heures sur 24 et moins d’une heure après le départ, Sébastien Dumez est tombé malade et j’ai dû faire les 24 heures tout seul avec Jean-luc Chereau, véritable gentlemen driver. Je ne me souviens plus combien de temps j’ai roulé mais je me souviens que je pilotais trois heures d’affilée à chaque fois, donc deux relais d’une heure et demie ».
Qu’est ce qui a selon toi le plus changé sur le circuit ou autour depuis tes débuts ?
« La convivialité, ça c’est sûr ! A mes débuts, il n’y avait pas de vigils pour contrôler les billets. L’arrivée des constructeurs (Audi, Toyota, Peugeot, etc… ) a fait monter la pression de trois crans ! De 1994, date de mes premières 24 Heures, à l’arrivée d’Audi en 1999, un team privé pouvait gagner les 24 Heures. Aujourd’hui ce n’est plus possible. »
Tu es arrivé au Mans peu de temps après l’instauration des chicanes ? Aurais-tu aimé piloter sans ces deux chicanes ?
« Étant fan de vitesse, bien sur, mais je dois reconnaître que pour la sécurité, les deux chicanes sont primordiales et, puis d’un point de vue pilotage, elles sont intéressantes. »
Avant de participer en tant que pilote, étais-tu déjà venu en tant que spectateur ? Si oui, quel sentiment la première fois ?
« La première fois que je suis venu aux 24 heures du Mans, c’était en 1994 pour ma première participation avec le team suisse Haberthur sur une Porsche 911 RSR ».
Quand tu as débuté en compétition, est-ce que tu t’ai dit « je veux faire Le Mans un jour » ?
« Non ! Après le Karting, la Formule Renault et la Porsche Carrera Cup, j’ai intégré le team Nourry Compétition puis le team Larbre Compétition et ce sont Michel Nourry et Jack Leconte qui m’ont donné envie. D’ailleurs, au sujet de la non-sélection cette année de la Saleen Larbre Compétition, je trouve que l’ACO se prive d’un constructeur GT et d’un team professionnel qui participe depuis 1994 à toutes les éditions. Je trouve cela injuste. Depuis deux équipes ont déclaré forfait et nous nous retrouvons à six en GT1. Larbre n’aurait pas déclaré forfait. »
Quelle GT t’a laissé le meilleur souvenir ?
« La Porsche 911 GT1 pour sa vitesse de pointe (335km/h), ses appuis aérodynamique, son freinage carbone très efficace, son look, sa finition et puis c’est une Porsche ! J’étais un inconditionnel de Porsche à mes débuts”.
Ta partie du circuit préférée ?
« J’aime l’adrénaline de la haute vitesse et le freinage qui suit : les deux chicanes, Mulsane et Indianapolis. Et les « S » Porsche quand un prototype ne vient pas te faire un freinage de dernière minute. »
Ton moment préféré de la course ?
« J’aime la partie soirée 20h-23h qui signifie que l’on rentre réellement dans la course des 24 heures ainsi que la matinée 8h-10h où c’est le moment idéal de faire des chronos. Et puis l’arrivée où généralement, si la voiture passe la ligne, les larmes de joie nous envahissent tous. »
Que représentent les 24 Heures du Mans pour toi ?
« La course de l’année et la course presque à domicile (habitant en Normandie) mais avant tout une course reconnue dans le monde entier, le défi de toute une équipe et un effort physique et mental hors du commun pour un sportif. »
Comment vois-tu l’avenir de l’Endurance ?
« Sereinement d’autant que si la F1 continue de se fourvoyer dans d’interminables duels politico sportifs, les constructeurs se tourneront vers l’Endurance. Mais l’Endurance vit aussi très bien sans les constructeurs. Ce qui me gêne le plus aux 24 Heures, c’est que les constructeurs monopolisent les médias et vous allez avoir que sur une heure de reportage, 50 minutes seront conscarés sur le duel Audi Peugeot, 5 minutes sur Pescarolo, Aston martin et Oreca et 5 minutes sur les 80% du plateau restant. Les passionnés nous le disent : On ne vous voit quasiment jamais (hormis un podium) Mais les 80% du plateau n’ont pas les moyens d’inviter les journalistes, de les restaurer, de leur prêter une voiture de fonction, etc…. Afin de les amener à valoriser le team. »
Est-ce un regret de ne pas avoir piloté en prototype ?
« Non pas du tout ! J’ai quitté tôt la monoplace, je n’ai d’ailleurs jamais piloté une F3, encore moins une F3000, une GP2 ou une WSR… Je suis vraiment attiré par le GT car j’aime ces autos d’un point de vue ésthétique et je pense que le spectateur d’ailleurs ne s’y trompe pas. Cela dit, la Peugeot 908 HDi FAP a un toit et deux portes ».
Un bon feeling avec un pilote en particulier durant les 14 éditions ?
« Je m’entends vraiment très bien avec Luc Alphand. Avec Luc et Jérôme Policand, nous avons formé en 2006 un équipage vraiment rapide, homogène et sans histoire. Il faut croire que quand on a passé 40 ans tout devient plus simple. On l’a vu en 2008, Audi à gagné avec des pilotes expérimentés et quarantenaires… Au contraire de Peugeot qui a perdu avec des jeunes sortis de la Formule 1. »
Quel serait selon toi le trio idéal au Mans ?
« Ickx-Kristensen-Goueslard et sur une Audi… Avec un toit et des portes (rires). »
As-tu déjà eu quelques grosses frayeurs aux 24 Heures ?
« Oui, en 2000. J’ai percuté une voiture à 200 Km/h qui a tapé le rail et qui est revenue sur la piste au moment où j’arrivais et je n’ai pu l’éviter. Je suis parti aussi en aquaplanage à 200 Km/h dans les Hunaudiéres de nuit sous la pluie et sans rien taper. J’ai aussi freiné à 300 Km/h de nuit sur une flaque d’huile non-signalée, et traversé le bac à gravier sans rien toucher, etc…. »
Quel est l’objectif cette année ?
« L’objectif avoué est de monter sur le podium de la catégorie GT1. La troisième place étant à notre portée, la seconde et la première également, en fonction de la bonne marche des « corvettes sœurs » du Corvette Racing. »
Avec l’arrêt des GT1 actuelles, regardes-tu du côté du nouveau championnat du Monde GT1 ou plutôt vers le GT2 ?
« Cela dépendra des budgets, des commanditaires, des projets du Team Luc Alphand et des forces en présence dans les deux catégories. Je ferais une analyse perso en fin d’année afin de déterminer mon programme sportif. Aujourd’hui, je dirais plutôt GT2 en Le Mans Series avec une belle auto compétitive. Mais j’ai aussi en tête (je voulais le faire cette année) de faire l’impasse sur les 24 heures du Mans 2010 afin de concentrer tout le budget de mes partenaires sur le Championnat du Monde FIA-GT. Quand je vois le calendrier officieux du nouveau championnat du monde GT1 2010, j’avoue que je suis aussi enthousiaste… Affaire à suivre ! »
Quelque chose à rajouter ?
« Déja 15 participations !… Je n’ai pas vu le temps passé. Et puis, sur 165 pilotes, quand les journalistes me disent que je suis dans le top 5 des pilotes (encore en activité) les plus expérimentés, je n’ose y croire ! J’ai enfilé les années de présence aux 24 heures sans me rendre compte de rien. A ce titre, je voudrais remercier mon annonceur, le Groupe TFN, fidèle partenaire de mes débuts, sans qui je n’aurais pu être présents depuis 1994 sans interruption à l’exception de 1995. Merci à eux. J’ai vu 11 fois la ligne d’arrivée sur 14 participations. »
Propos recueillis par Laurent Mercier