Après une première participation en 2000, avec une Honda S2000, puis un nouveau départ en 2005, avec la sixième place à la clé, Vanina Ickx retrouve les 24 Heures du Nürburgring au volant de la Scirocco n°115 fonctionnant au gaz naturel. Après les qualifications, la pilote belge nous a accordé quelques (longues) minutes. Et ce qui est bien avec Vanina, c’est que l’interview sort parfois des sentiers battus.
Vanina, hier tu me disais que la Nordschleife est ton circuit préféré. Pourquoi ?
« Tout simplement parce que nul part ailleurs il y a un tracé aussi long et varié ! Aujourd’hui, les circuits sont de plus en plus aseptisés, avec des échappatoires ou des choses faites pour ralentir les voitures…. C’est bien pour la sécurité, mais ça enlève une partie du charme. »
Le fait d’avoir des échappatoires, comme dans le raidillon, ça change la donne ?
« Ça change tout ! A titre d’exemple, avant tu passais Blanchimont presque à fond. Maintenant, tu sais qu’il y a un échappatoire et que tu as une marge. Si tu sors dans un bac, tu ruines ta course. Si tu prends l’échappatoire, tu n’as perdu qu’une poignée de secondes. »
Et donc pour revenir à la Nordschleife, tu n’as pas cette perte d’adrénaline…
« Non : ici, tu as des sensations que tu as nul part. Les parties rapides, l’étroitesse du circuit ou encore les bosses : cela rajoute de l’adrénaline et parfois un pilote a besoin de ça pour se dépasser. Sans compter le trafic ! La Nordschleife, c’est une nouvelle histoire à chaque tour. Tu vois des trucs… Heureusement que la concentration qu’exige le circuit te force à oublier assez vite ces « trucs » !
« Chaque fois que je reviens ici, lors du premier tour je me dis que quelque chose ne va pas sur la voiture. C’est si spéciale… Et puis, il y a ce contraste avec la partie du circuit F1. Il faut reprendre ses marques avec une piste plus large : c’est vraiment difficile. »
Comment se sont passés les essais ?
« Très bien. Nous avons pu faire deux manches du VLN avant de venir ici et cela nous a permis de bien préparer la course. Du coup, les essais nous ont permis de régler les derniers détails, de faire quelques tours de vérifications. On économise la voiture… En plus, Peter (Terting) a fait un super chrono (40e au général) ! Notre voiture, qui fonctionne au gaz naturel, est plus lourde et moins puissance, mais il a devancé toutes les autres Scirocco ! »
Et la Nordschleife de nuit et sous la pluie, c’était comment hier ?
« (sourire)… J’ai roulé comme une grand-mère ! Je cherchais mes lunettes tellement on ne voyait rien (rire) ! Plus sérieusement, il s’agissait d’essais, donc je ne voulais pas prendre de risque. »
Tu sembles en tout cas ravie d’être ici…
« Oui car c’est un chouette projet qui m’a été proposé : il y a un sens derrière la course. Volkswagen veut montrer sa nouvelle technologie et comme elle peut contribuer à préserver un peu la planète, ça me plaît. Combiner le sport auto avec l’aspect environnemental, c’est bien. On est trop souvent montré du doigt. »
Que peux-tu nous dire sur cette Scirocco un peu spéciale ?
« En fait, la n°115, comme la n°114 d’ailleurs, est propulsée au gaz naturel. Entièrement au gaz. Cela coûte deux fois moins chère, avec beaucoup moins d’émission en CO2 et une consommation identique. Et du côté des performances, Peter a montré que la voiture est dans le coup. J’ai conduit la version « gaz naturel » et la version « essence » et au volant il n’y a aucune différence. »
Est-ce que la compétition automobile ne doit pas définitivement endosser le rôle de développeur de technologie ? Un rôle qu’il a eu tendance à perdre…
« C’est vrai que ce serait bien que le sport-auto puisse promouvoir cette idée de respecter l’environnement. Tout le monde est d’accord pour prendre des mesures, mais personne ne le fait vraiment. La manière dont les choses sont présentées est trop souvent ennuyeuse. Si on peut le faire en mêlant cela au plaisir et au défi sportif, ce serait top ! »
Quelle serait la solution ? Gaz naturel, hybride-électrique…
« Il n’y a pas qu’une solution. Il y en a plein ! Chacune a ses avantages… et ses inconvénients. L’électrique peut entraîner une augmentation du nucléaire, le bio-éthanol causer des problèmes au niveau de la culture… Mais tout ce qui peut être fait dans le bon sens, c’est positif. »
On te sent très concernée. C’est une facette de toi que l’on ne connaît pas forcément…
« C’est à dire qu’avec le sport auto, c’est une facette qui peut paraître contradictoire ! En fait, la biologie était la matière qui m’intéressait le plus à l’école. J’ai fait quatre ans d’études pour avoir une licence dans ce domaine. Je trouvais cela plus essentiel que l’économie… (rire) »
Pour revenir à l’aspect sportif pur, comment une pilote se motive-t-elle pour une épreuve de ce style ? Les Volkswagen sont grandes favorites et celles au gaz naturel sont dans une catégorie particulière…
« Il y a plusieurs défi. Il y a d’abord celui de rallier l’arrivée d’épreuve de 24 heures avec une nouvelle technologie. C’est très important, notamment pour Volkswagen. Ensuite, terminer une course d’une telle durée sans accroc, c’est toujours un challenge. Et c’est encore plus vrai sur ce circuit. Une fois ce contrat rempli, on peut regarder le classement. Nous espérons battre les Scirocco « Essence ». Nous sommes considérés comme une voiture destinée à un test grandeur nature, donc il y a des challenges pour tous et à tous les niveaux. »
Après les 24 Heures du Nürburgring, et les 12 Heures de Spa, tu disputeras Le Mans avec Creation. N’allez-vous pas avoir un rôle similaire à celui que tu avais avec Rollcentre l’an dernier ?
« Ça va être un peu le même style de défi, même s’il sera peut être encore plus difficile, avec trois Aston Martin, les ORECA et les Pescarolo. Nous allons certainement viser le Top 15 plutôt que le Top 10 ! D’un autre côté, Creation a fait beaucoup de développement sur la voiture. Sur le papier, nous avons un bon package. Il faut que la mayonnaise prenne. »
Souvent les pilotes se disent plus intéressés par le fait de viser la victoire en GT que par rouler dans une LMP1. Or, on ne ressent pas cela chez toi…
« Mon moteur, ce n’est pas de gagner. Ce que j’aime vraiment, c’est la beauté du geste, la beauté de faire un tour vite. Disons, de faire un bon relais pour une équipe, d’être le maillon d’une chêne qui peut s’imposer. Je peux l’avoir aussi en GT, mais le LMP1 procure de telles sensations… Je préfère mille fois cela ! C’est là où se situe mon challenge. »
Après Le Mans, quel est ton programme ?
« Après 60 heures de course en quatre semaines, ça va être assez calme. J’aurais pu faire un championnat complet, mais j’ai préféré me concentrer sur trois épreuves : Le Mans parce que c’est ma course préféré, en LMP1 parce que c’est mon type de voiture préféré, le Nürbrugring parce que la Nordschleife est mon circuit préféré et les 12 Heures de Spa parce que c’est chez moi. Bien évidemment, j’aimerai faire les 24 Heures de Spa que je n’ai pas disputé depuis un petit moment, mais tout est une question de budget. »
Propos recueillis par Anthony Megevand


