Un beau plateau en GT1, mais…
Malgré un plateau quasi identique à l’an passé, la catégorie GT1 actuelle devrait vivre sa dernière année avec les autos actuelles. Avec un plateau constitué de Saleen, Corvette et Maserati, il ne manque guère que quelques Aston Martin DBR9 et une Lamborghini Murcielago pour que la fête soit totale. Le principal changement hivernal est intervenu du côté de Karl Wendlinger et Ryan Sharp qui sont passés de la DBR9 à une Saleen S7-R nettement moins aboutie que les modèles développés par ORECA. Avec une auto « d’un autre âge », le K plus K Motorsport a réussi son entrée dans le grand bain du GT, après un galop d’essai l’an passé à Brno en GT2, déjà sanctionné par un podium. Dominatrice tout le week-end, l’équipe tchèque repart de Silverstone avec une victoire et une cinquième place, de quoi conforter Karel Kuba dans son envie de titre. Il est pourtant permis de se poser des questions sur une telle vélocité des deux S7-R. Un grand aileron et des brides avantageuses peuvent en partie expliquer cette supériorité, sachant aussi que la paire Wendlinger/Sharp n’est pas le premier équipage venu. Soutenu par une boisson énergétique bien connue, Karl Wendlinger s’est senti pousser des ailes (tel le slogan de son sponsor) durant le meeting avec une domination à faire rentrer chez eux leurs adversaires.
Il suffit de reprendre les propos de Michael Bartels à l’issue de la course qui déclarait : « Terminer second derrière la Saleen est synonyme de victoire pour nous. Il est impossible d’aller la chercher car cette auto n’est actuellement pas une GT1, tant elle est rapide en ligne droite. La saison sera dure pour nous et nous ne pourrons pas faire mieux ». On peut comprendre les propos du pilote allemand, sachant qu’il ne faut pas oublier non plus que la seconde S7-R du team pilotée par les rookies Lacko/Dominguez a également toujours été dans le peloton de tête. Avec des modèles quasiment identiques, le Full Speed Racing navigue au milieu du peloton, la meilleure d’entre elles terminant neuvième avec l’équipage Hines/Lémeret. Précisons que cette dernière possède un aileron plus petit puisqu’elle est plus récente. Bien entendu, Wendlinger/Sharp sont un cran au-dessus au niveau pilotage, mais les autres équipages ne peuvent que constater la supériorité de la n°14 en course.
Les autres équipes n’ont pourtant pas déméritées avec des Maserati du Vitaphone Racing toujours dans le coup, comme l’a montré le bon début de course des deux MC12, même si Miguel Ramos a rapidement abandonné dès son entrée en piste. Alex Müller prouve pour sa part sa rapide adaptation à la GT italienne après avoir fait de beaux coups d’éclats la saison passée sur une Aston Martin DBR9 du Jetalliance Racing. Sur l’auto de pointe, Bartels/Bertolini ont tenu leur rang, échouant à 5.5s de la victoire. Dans le clan Corvette, on a assuré avec les quatre C6.R à l’arrivée, toutes dans le top 7. La meilleure prestation est à mettre à l’actif du Team Luc Alphand Aventures et la troisième place de Moreau/Maassen. Avec une année d’expérience dans la série, Xavier Maassen a montré sa belle pointe de vitesse, tout comme Guillaume Moreau, très habile dans le trafic et ravi de disputer ce championnat. Malgré l’absence à Silverstone de Philippe Poincloux aux commandes du team sarthois, l’équipe de l’ancien skieur a su adopter la bonne stratégie et monter sur la dernière marche du podium. On peut juste regretter que la seconde C6.R du LAA ne soit pas engagée dans la série.
En parfait connaisseur du championnat FIA-GT et de la Corvette C6.R, le PK Carsport avait de quoi espérer un bon résultat en terre britannique. Au final, Hezemans/Kumpen échouent au pied du podium. Très rapide en essais, Mike Hezemans s’est rapidement fait déborder par Guillaume Moreau en début de course. Il faudra toutefois se méfier du PK Carsport lors des prochaines courses, surtout que sur le tourniquet d’Adria, le team néerlandais n’embarquera aucun kilo supplémentaire. Pour sa seconde saison en FIA-GT, le Selleslagh Racing Team s’est doté d’un nouvel équipage avec le duo Longin/Ruffier. Si Bert Longin connaît bien l’auto, James Ruffier faisait pour sa part ses grands débuts en GT1. Le champion FIA-GT3 en titre continue son apprentissage de la GT1 et devrait monter en puissance au fil des courses. Le duo franco-belge termine au sixième rang, dans le même tour que la Saleen de tête. Quant au DKR Engineering, il termine septième avec un équipage composé de Jos Menten et Markus Palttala. Souhaitons que l’équipe luxembourgeoise vienne sur un maximum de manches cette saison.
Et les GT1 Spec-2010 me direz-vous ? Au nombre de trois, les futures GT1 ont navigué à l’arrière du peloton GT1 où deux d’entre elles ont vu l’arrivée, la meilleure terminant septième à un tour. Avec un programme débuté tardivement, les Ford GT ont fait preuve d’une belle fiabilité pour leur première course. Avec un moteur identique à celui qui équipent les Ford GT Spec-GT3, la version GT1 ne peut espérer rivaliser avec les ténors de la catégorie. Pour ses premiers tours de roues au volant de la GT américaine du Matech GT Racing, Thomas Biagi a joué son rôle de capitaine de route. N’oublions pas que Thomas Mutsch est parti du fond de grille suite à un changement de moteur. Belle prestation également de la Ford GT du Marc VDS Racing Team de Kuppens/Leinders qui termine dans le top ten. Quant à la Nissan GT-R de Krumm/Turner, elle n’a pas vu l’arrivée, suite à un problème mécanique. En qualification, la GT nippone rendait cinq secondes à la meilleure des GT1 actuelle. Une chose est sûre, l’engagement est bien japonais avec une escouade de techniciens Nismo dans le box. Le but de cette saison n’est pas de gagner, mais d’emmagasiner de l’expérience en vue de 2010.
Porsche reprend l’avantage en GT2…
On aurait pu croire à une nouvelle suprématie des Ferrari F430, tant elles sont nombreuses. Au final, c’est Porsche qui rafle la victoire avec la 997 GT3-RSR de Collard/Westbrook. Avec le sixième chrono en essais dans la même seconde que le poleman, le Prospeed Competition a su rétablir la situation en course avec un modèle 2008 équipé de quelques évolutions 2009. Parti de la pole, Gimmi Bruni a dominé le début course, la F430 AF Corse n°50 montrant une fois de plus sa supériorité. Malheureusement, l’Italien plantait sa GT dans le bac pour ne plus en sortir. L’histoire se répète pour le team d’Amato Ferrari à Silverstone après la même mésaventure survenue à Jaime Melo il y a deux ans. Attention à ne pas perdre trop de points pour la paire championne en titre, tant la concurrence est affûtée en GT2. Après une année d’apprentissage, le Pecom Racing poursuit sa marche en avant, avec la seconde place de Russo/Companc. L’équipage argentin fait maintenant partie des favoris. Le CRS Racing est également dans le coup, avec la troisième place de Bell/Kirkaldy. Avec un passage en pneus Michelin, la BMS Scuderia Italia échoue au pied du podium, Malucelli/Ruberti devançant la seconde F430 AF Corse des débutants Barba/Cadei. N’oublions pas cet équipage qui a réalisé de belles choses pour sa première course. Quant à la jeune garde des pilotes Porsche, elle a su se montrer, que ce soit Marco Holzer ou Martin Ragginger avec une mention spéciale pour l’Autrichien du Brixia Racing qui a montré une belle rapidité en début de course, dans le tempo des hommes de tête, avec une auto toutefois plus légère que celle de Collard/Westbrook. Que retenir de la prestation de l’Aston Martin V8 Vantage, si ce n’est qu’elle a réalisé le second temps de la qualification avant d’être reléguée en fond de grille suite à un problème règlement. En début de course, Stefan Mücke a cravaché pour remonter, la Vantage terminant finalement 7ème. Notons les beaux débuts de Frédéric Makowiecki, qui prouve une fois de plus sa belle pointe de vitesse, que ce soit au volant d’une Vantage, d’une Saleen ou d’une DBRS9.
L’édition 2009 est donc lancée et tout ce beau petit monde se retrouvera dans moins de deux semaines sur le tourniquet italien d’Adria où ce sera une autre affaire sur un tracé de 2.7 km. Il y a fort à parier que le poids sera une nouvelle fois un élément prépondérant dans la course à la victoire. Wendlinger/Sharp embarqueront 40 kg, Bertolini/Bartels 30 kg et Moreau/Maassen 20 kg. En GT2, Collard/Westbrook auront droit à une surcharge de 20 kg, Russo/Perez-Companc 15 kg et Bell/Kirkaldy 10 kg. Cela devient un peu compliqué de s’y retrouver, entre ceux qui ont droit à des kilos supplémentaires pour une auto non réglementaire, ceux qui ont un équipage professionnel et qui sont lestés, ceux qui terminent dans les trois premiers et qui sont également chargés. Sans oublier les ailerons des Maserati MC12 digne d’une planche de wake-board et ceux des Saleen digne d’une planche de surf. Quant aux brides, c’est encore un autre sujet… Mais ne boudons pas notre plaisir de voir autant de belles GT en piste en ces temps de crise économique. Rendez-vous à Adria pour un second round pour une course disputée en semi-nocturne.
Laurent Mercier